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De nombreux articles et commentaires ont été récemment publiés pour commémorer le soulèvement hongrois de 1956. Les commentateurs ont rappelé à cette occasion les méfaits du communisme, condamné en bloc.

Certes,  il serait bien difficile de défendre un système qui, avec le nazisme, a constitué l’un des deux grands fléaux du XXème siècle, responsable de millions de morts et des crimes les plus atroces qu’ait connus l’humanité. Malgré tout, il semble un peu hâtif de l’approcher  „en bloc”, sans nuance (1).

C’est ainsi que, pour nous en tenir l’exemple de 1956, il serait intéressant de dresser un parallèle entre les situations et évolutions de la Hongrie et de la Pologne. C’est, on a parfois tendance à l’oublier, de Pologne que partit le mouvement. Plus précisément de Poznań où, en soutien à une grève des ouvriers métallurgistes, une foule de 100 000 personnes manifesta le 28 juin dans les rues de la ville. Manifestation violemment réprimée par les chars de l’armée polonaise. Bilan: un peu moins d’une centaine de morts. Rien à voir avec l’ampleur de l’insurrection hongroise qui suivra quatre mois plus tard, mais ce fut l’étincelle qui mit le feu aux poudres. L’une des raisons pour lesquelles le mouvement fit long feu: la direction du Parti plaça à la tête du pays un homme qui sut apaiser les esprits par des promesses d’assouplissement et de conciliation: Władisław Gomułka. Grande différence avec le Hongrois Imre Nagy: Gomułka ne promit pas une sortie de la Pologne du Pacte de Varsovie. Les Polonais, même s’ils durent subir quelques procès, ne connurent pas la violente répression engagée par le nouveau régime de János Kádár entre 1956 et 1958 (pendaisons en masse). Mais ensuite ?

Le Hongrois János Kádár allait par la suite modérer sa politique pour proclamer une amnistie en 1966 (limitée aux réfugiés non fichés comme dangereux) et engager, sous l’appellation pudique de „Nouveau Mécanisme économique”, ses grandes réformes de 1968 qui bousculèrent considérablement les principes de l’économie socialiste. Face à cela, les Polonais connurent au contraire un durcissement de leur régime, Gomułka n’étant pas enclin à satisfaire les espoirs qu’il avait suscités, s’enfonçant bien au contraire dans une sorte de dictature. Un faux départ qui allait plus tard aboutir à de nouveaux affrontements entre le peuple et la direction du pays (grèves de Gdańsk en 1970 et 1980, naissance du mouvement Solidarność) , alors que, marquée par le slogan de Kádár „Qui n’est pas contre nous est avec nous”, (sous-entendu: je ne vous demande pas d’adhérer, mais laissez-moi mener à bien mes réformes), la Hongrie allait rapidement passer pour la „baraque la plus gaie du camp socialiste” (je dirais plutôt „la moins triste”).

Autre exemple éloquent et peu connu: sur les 195 000 Hongrois qui quittèrent le pays entre octobre 1956 et mars 1957, si la grande majorité (175 000) passa en Autriche, 20 000 trouvèrent refuge en Yougoslavie, autre pays se réclamant de l’idéologie socialiste! Encore une fois, je ne cite pas ce chiffre pour me faire l’avocat du communisme, mais reconnaissons qu’il est bien hâtif de juger en bloc sans faire de nuance.

Et aujourd’hui, qu’en est-il ?

Alors que le gouvernement du Hongrois de Viktor Orbán a pratiquement lancé une chasse aux étrangers en prônant un retour aux valeurs strictement nationales et en réservant l’exploitation des ressources naturelles aux seuls Hongrois (terres agricoles, eau, gaz, etc.), la Pologne, au contraire, s’ouvre au capital étranger. Une approche pragmatique qui se traduit par de bons résultats, alors que nous sommes en pleine crise (2). Face à cela, nous voyons aujourd’hui la Hongrie se traîner péniblement dans la queue du peloton des ex pays de l’Est. Cette Hongrie qui, voici 15 ans, caracolait brillamment en tête du groupe, attirant à elle seule la moitié du stock investi dans l’ensemble de la zone Peco.

A qui la faute? Bien évidemment, pas aux dirigeants actuels du pays, mais aux précédents gouvernements, à Bruxelles et autres démons. Sauf que le gouvernement de Gordon Bajnai, lorsqu’il passa en 2010 la main à Viktor Orbán, avait nettement redressé la barre et que, s’il est vrai que les gouvernements socialistes précédents avaient commis de lourdes erreurs, le mal a débuté dès 2001, sous le premier gouvernement Orbán.

Mais bon, laissons nos couteaux au vestiaire et reprenons un peu de recul par rapport à l’Histoire pour y porter un regard un peu plus affiné. Et rejeter ce manichéisme qui semble aujourd’hui de mise en Hongrie: ces affreux rouges bolcheviks vendus à l’étranger pour qui ose se déclarer tout simplement de gauche, voire libéral, contre les gentils conservateurs, rempart de la nation, garants de nos valeurs traditionnelles et de notre indépendance. Viktor Orbán a déclaré un jour que le grand mal du XXème siècle fut le communisme. Certes, ce fut un fléau. Mais le seul? Et le nazisme et le fascisme?  Au moment où l’on célèbre en Hongrie la mémoire de l’Amiral Horthy, voire d’un écrivain nazi comme József Nyírő, cela donne à réfléchir...    

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(1) voir dans Causeur, 3 septembre 2008 „Ne jugeons pas en bloc”  

(2) voir l’excellent reportage diffusé le 19 septembre dernier sur TV5 Monde dans la série „Un oeil sur la planète” sous le titre „La revanche du plombier polonais”

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