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Lors d’un entretien télévisé donné en décembre 1965 et demeuré célèbre, le Général de Gaulle comparait Lecanuet à „un cabri sautant sur sa chaise, disant: Europe, Europe!”. Bon...., c’était il y a plus de cinquante ans et depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Notre Général qui serait pour le moins surpris, s’il redescendait aujourd’hui parmi nous (ce que je ne lui souhaite guère...), de tomber sur cette usine à gaz quelque peu déglinguée que sont devenues les institutions de notre pauvre communauté. Une sorte de monstre difforme et boîteux, embarrassé de ses  27 petites et grosses pattes...      

Certes, nos bureaucrates de Bruxelles, qui se mêlent constamment de tout, ne sont pas exempts de critiques, voire des plus sévères. Critiques qui valent également pour l’ensemble d’un système devenu obsolète et pratiquement ingérable. Mais, de là à en faire  sa bête noire et lui tomber sans cesse dessus à bras racourcis? Telle cette campagne d’affiches et spots omniprésente dans le paysage hongrois: „Stop! Arrêtons Bruxelles!”. On en trouve partout, jusque dans les couloirs du métro...  Je veux bien, mais toute plaisanterie a ses limites. Surtout lorsque l’on sait que la Hongrie figure parmi les principaux bénéficiaires des fonds alloués par Bruxelles, avec environ 5,6 milliards d’euros (prériode 2014-2020), contre une contribution correspondant au sixième (950 millions, 0,9% du buget (1)). De quoi financer plus de 90% des investissements publics, doper la croissance et maintenir l’économie à flot.

Les murs de la ville en sont tapissés (inutile de traduire....)

Si l’on ajoute à cela les dernières mesures dictées par le gouvernement hongrois à ses députés, entre autres une loi visant à terme à faire fermer une université américaine, au demeurant prestigieuse, établie depuis 25 ans à Budapest (Central european university) et une autre loi visant de facto à placer les ONG et associations étrangères sous son contrôle, on comprendra que, pour beaucoup, la coupe est pleine. Tels les députés du Parlement européen qui viennent d’adopter une résolution prônant l’application de l’article 7 du traité de Lisbonne. Du jamais vu. Une véritable bombe, cet article 7, puisqu’il aboutirait à la suspension des droits liés à l’adhésion, dont le droit de vote et l’accès au marché unique. Une mesure qui ne sera bien sûr pas appliquée, ne serait-ce que par la longue procédure qu’elle implique, et qui se heurtera de toute façon à terme au véto des Polonais. Il n’en demeure pas moins. Le plus vexant pour Viktor Orbán étant que même ses alliés conservateurs du Parti populaire européen lui ont fait faux bond, 67 d’entre eux ayant voté la résolution et 40 s’étant abstenus. Bien évidemment, la réaction du gouvernement hongrois ne s’est pas fait attendre: encore un coup de Soros. Bref, un Soros qui aurait influencé (voire soudoyé?) les 393 eurodéputés ayant voté la résolution? Soyons sérieux!

Car une seconde bête noire, encore pire que Bruxelles, est figurée par ce machiavelique George Soros. Qui est-il? Un juif, milliardaire amércain d’origine hongroise, aujourd’hui âgé de 87 ans, qui finance un peu partout dans le monde une myriade d’associations et établissements. C’est lui qui avait créé en 1991 cette fameuse Université d’Europe centrale (CEU) visée par la loi, mais dont il ne contribue plus aujourd’hui que de façon limitée au financement. Sans oublier que c’est grâce à une bourse allouée sur ses fonds que le jeune Orbán, alors étudiant, put suivre autrefois un cusrus à l’université d’Oxford. Il est  vrai que, spéculateur habile et sans scrupule, Soros n’est pas un ange. Malgré tout, lui faire tirer toutes les ficelles, comme le rendre directement responsable en catimini du flot des migrants qui envahissent l’Europe?  Qui plus est, face aux manifestations de protestation qui se déroulent régulièrement dans les rues de la capitale, les proches de Viktor Orbán y voient systématiquement une manipulation de Soros. Le plus cocasse: lorsque 70 000 personnes - en majorité des jeunes - ont récemment défilé à Budapest, la réaction fut de dire que Soros les a fait venir par avions entiers de l’étranger.... No comment.

Courbette pékinoise...

 Parallèllement, la diplomatie hongroise se tourne de plus en plus ostensiblement vers l’Est, à savoir la Russie, la Chine et les pays de l’Asie centrale. Ce qui n’est pas un mal en soi. Déjà, le gouvernement socialiste avait lancé jadis une ouverture vers la Russie, ce qui lui avait valu au passage les foudres de l’opposant Orbán. Mais au plan commercial plus que politique et sans pour autant tourner le dos à l’Europe. Puisque nous l’avons évoqué, on se souvient que de Gaulle lui-même avait lancé ce type d’ouverture dans les années soixante, mais dans un contexte sensiblement différent. Or ici, c’est contre l’Occident que le Premier hongrois a entamé cette volte-face. Il ne s’en est pas caché lors d’une récente visite en Chine (dont il a vanté le régime) décriant, non sans lyrisme, la décadence d’un Occident arrogant face à un Orient novateur et prometteur.  Peut-être certains y verront-ils un fond de vérité, mais à ce point?

Qu’on le veuille ou non, la Hongrie et Budapest font bel et bien partie intégrante de l’Europe, ne serait-ce qu’au plan culturel. Et ce dès l’époque du roi Etienne, fondateur du royaume en l’An 1000. Pensons à tous ces artistes, écrivains, poètes, peintres qui séjournèrent à Paris, Vienne, Munich et Berlin. Une appartenance dont les Hongrois, en majorité favorables à l’Europe, sont bien conscients. C’est peut-être par là, avec cette violente campagne et cette orientation par trop ostensible vers l’Est, que Viktor Orbán finira par lasser ses partisans. Malgré tout, il peut dormir en paix. Quasiment certain, la loi électorale et sa politique anti-migratoire aidant, de remporter les prochaines législatives qui se tiendront au printemps 2018. Face à une opposition morcelée et divisée, incapable de lui opposer un front uni. Seul espoir, bien maigre, voire naïf et utopique: que ce soit à la longue au sein de sa propre coalition que naisse un petit début de fronde? Mais non, ne rêvons pas.   

PW – 23 mai 2017

(1): En tête des pays donneurs: Allemagne: 21%, France 16,5% du budget.

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