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Avec son concerto pour piano en La majeur et son merveilleux quintette avec piano en Mi bémol majeur, la Quatrième symphonie de Robert Schumann constitue sans doute l’une des oeuvres majeures du compositeur. Par contre peu connue du public et peu jouée, La Première Nuit de Walpurgis constitue de même l’une des oeuvres maîtresses de Félix Mendelssohn.

Schumann-Mendelssohn, deux compositeurs liés par une profonde amitié. Il était donc bienvenu de les associer dans un même concert auquel étaient inscrites ces deux oeuvres. Un rapprochement qui avait déjà été réalisé lors d’un mémorable marathon dont nous avons ici rendu compte (1). Mendelssohn qui fut même parrain d’une des filles du couple Schumann. Une amitié malheureusement interrompue par la mort prématurée de Mendelssohn, à 36 ans. (Et oui, Mozart n’était pas le seul!)

   

La „Quatrième” de Schumann - qui fut en fait chronologiquement sa deuxième dans une première version (2) - n’est plus à présenter. A noter sa lente et majestueuse introduction, la charmante romance de son deuxième mouvement délicieusement introduite par la clarinette et, surtout, cette impressionnante transition en crescendo qui introduit le finale, probablement inspirée de la Cinquième de Beethoven. Comme pour la Cinquième, c’est précisément à ce passage que l’auditeur un tantinet vicieux que je suis attend les chefs au tournant. Gardant entre autres en mémoire un enregistrement de Furtwängler qui s’y montrait proprement génial (3).

Si la Philharmonie Nationale hongroise n’est pas la Philharmonie de Berlin, ni même son illustre voisine, l’Orchestre du Festival de Budapest d’Iván Fischer, elle nous a néanmoins offert par le passé de merveilleux concerts, dont, dans cette même salle, une intégrale des symphonies de Beethoven sous la baguette de son chef permanent Zoltán Kocsis, aujourd’hui disparu, que je ne suis pas prêt d’oublier (novembre 2009).

Peut-être est-ce à imputer au chef (Zsolt Hamar)? Ou est-ce de ma faute? Toujours est-il que je n’y ai pas retrouvé ce soir-là l’émotion autrefois ressentie sous la baguette de Zoltán Kocsis. Un orchestre particulièrement extraverti, notamment du côté des cors très „présents”, pour utiliser un euphémisme. (Peut-être, en cette dure période de grand froid hivernal, a-t’on un peu trop forcé sur les vitamines?)Et des cordes un peu sèches. Une exécution toute en brillance, certes, mais manquant à mon sens de cette finesse et de ces nuances qu’appelle une oeuvre toute en contrastes. Constamment tiraillée entre les deux natures du compositeur: le fougueux Florestan face au sage Eusebius. (C’est lui-même qui, le reconnaissant, les qualifiait ainsi.) De ce fait, l’effet de cette fameuse introduction du finale qui débute dans un long et troublant  pianissimo, presque susuré, pour éclater dans le brillant forte qui ouvre le dernier mouvement sur une note triomphante, me paraît avoir été manqué. Dommage.

Malgré tout, ne faisons pas la fine bouche, et reconnaissons au moins la grande précision du jeu sous la baguette d’un chef aux gestes plutôt sobres. Et puis, après tout, à chacun sa conception de l’oeuvre. Si ce n’était pas la mienne, toujours est-il que c’est toujours avec bonheur que nous la réécoutons. Probablement, avec la Quatrième de Brahms, l’un des sommets de la musique symphonique de l’époque romantique.            

C’est en 1830, alors qu’il n’était âgé que de 21 ans, que Félix Mendelssohn commença à travailler sur la composition de sa Première Nuit de Walpurgis  (Die erste Walpurgisnacht).Composition qu’il paracheva en 1842. Douze années de travail, donc, ce qui prouve l’attachement et le soin que portait le compositeur à son oeuvre. Créée à Leipig en 1843, l’oeuvre sucsita alors l’enthousiasme de Berlioz  Cantate avec choeur et quatre soli (alto, ténor, baryton, basse), elle est inspirée d’une ballade de Goethe et nous décrit les rites de druides pourchassés par des chrétiens déterminés à supprimer toute trace de leurs coutumes. D’aucuns y font un rapprochement avec la situation  personnelle du compositeur, juif converti au christianisme. Rapprochement à mon sens un peu rapide, mais bon... Voilà pour l’oeuvre. Et son interprétation?

Le problème, avec les amateurs de concerts est que, de nous jours, il sont pratiquement gâtés, pourris par la qualité des nombreux enregistrements disponibles sur le marché. Ce qui les rend d’autant plus exigeants. Tel est mon cas pour cette Première Nuit de Walpurgis avec un enregistrement quasiment parfait qu’en réalisa Kurt Masur avec Eda Moser dans la partie d’alto.  Comme pour la Quatrième de Schumann, j’attendais donc beaucoup de l’interprétation qui allait nous en être donnée, légèrement perplexe, je l’avoue.

Pour le coup, une oeuvre à laquelle la brillance de l’orchestre (et des choeurs) convient probablement mieux. Une oeuvre au climat diabolique. Au sens propre, d’ailleurs: conduits par leurs druides, les païens, pour écarter l’assaut des chrétiens, revêtent des déguisements de diables et poussent des cris effrayants qui finissent par chasser leurs assaillants pris de panique. De l’ambiance, comme on voit! Ici, par contre, les contrastes, partition oblige, furent nettement plus marqués. Sans constituer toutefois une interprétation exemplaire (mais, encore une fois, nous sommes trop gâtés..), elle suffit à nous faire ressentir ce petit frisson qui me saisit chaque fois que je l’entends. A noter l’excellente prestation des quatre solistes, parfaits (4).     

Une oeuvre, donc peu jouée et qui, pourtant, soutient largement la comparaison avec le célébrissime Songe d’une nuit d’été, tête du hit parade dans le genre. Soyons-en reconnaissant au chef et à son ensemble de l’avoir inscrite au programme de cette soirée.

Petite cerise sur le gâteau: cette si merveilleuse salle Art Nouveau de l’Académie de Musique (Zeneakadémia), récemment restaurée, dont je ne saurais me lasser. Une salle au dimensions malgré tout relativement limitées, très conviviale, qui se prêterait davantage aux récitals instrumentaux et aux formations de chambre. D’où peut-être aussi cette impression de bruit (pardon pour le mot!), d’autant que je me trouvais placé quasiment au-dessus de l’orchestre. Deux oeuvres qui auraient probablement différemment sonné avec l’acoustique d’un grand auditorium, tel, par exemple, celui du Palais des Arts (Műpa). 

Le Palais des Arts où cette même formatiom va précisément nous offrir prochainement, sous la direction d’un autre chef (János Kovács), la Quatrième de Brahms (Marathon Brahms). A suivre, donc...

 

PW- 18 janvier 2017

 

(1): „Budapest: Mendelssohn et Schumann réunis dans une Folle journée” (1er février 2016).

(2): composée en 1841 sous le titre initial de„Fantaisie symphonique” qui fut un fiasco, elle fut largement remaniée neuf ans plus tard.

(3): à la tête de la Philharmonie de Berlin, enregistrement que le chef lui-même déclarait figurer parmi ses plus réussis.

(4): Atala Schöck, alto, Szabolcs Brickner, ténor, Szabolcs Bognár, baryton, Domonkos Blazsó, basse.

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