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A híres-neves kisdiák és barátai üde, derűs és olykor megindító történetében a zseniális humorista szerző, René Goscinny váratlanabbnál váratlanabb helyzetekbe repíti hőseit. A varázslatos világban a gyerekek éles szemmel, egy kicsit kajánul, de mindig szeretettel néznek a nagyokra, a felnőttek pedig éretlen módon intézik ügyes-bajos dolgaikat.

Ezzen a hangoskönyvvel a szöveget hallva és olvasva fejlesztheted szövegértési képességedet. A fejezeteket folyamatosan töltjük fel.

A kis Nicolas történetéből egy kiváló film is készült, az erről szóló cikkünket itt olvashatod el.

A fejezeteket az alábbi linkek segítségével érheted el:

01 - Un souvenir qu’on va chérir
02 - Les cow-boys
03 - Le Bouillon
04 - Le football
05 - On a eu l’inspecteur
06 - Rex
07 - Djodjo
08 - Le chouette bouquet
09 - Les camets
10 - Louisette


01 - Un souvenir qu’on va chérir

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Ce matin, nous sommes tous arrivés à l’école bien contents, parce qu’on va prendre une photo de la classe qui sera pour nous un souvenir que nous allons chérir toute notre vie, comme nous l’a dit la maîtresse. Elle nous a dit aussi de venir bien propres et bien coiffés.

C’est avec plein de brillantine sur la tête que je suis entré dans la cour de récréation. Tous les copains étaient déjà là et la maîtresse était en train de gronder Geoffroy qui était venu habillé en martien. Geoffroy a un papa très riche qui lui achète tous les jouets qu’il veut. Geoffroy disait à la maîtresse qu’il voulait absolument être photographié en martien et que sinon il s’en irait.

Le photographe était là, aussi, avec son appareil et la maîtresse lui a dit qu’il fallait faire vite, sinon, nous allions rater notre cours d’arithmétique. Agnan, qui est le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse, a dit que ce serait dommage de ne pas avoir arithmétique, parce qu’il aimait ça et qu’il avait bien fait tous ses problèmes. Eudes, un copain qui est très fort, voulait donner un coup de poing sur le nez d’Agnan, mais Agnan a des lunettes et on ne peut pas taper sur lui aussi souvent qu’on le voudrait. La maîtresse s’est mise à crier que nous étions insupportables et que si ça continuait il n’y aurait pas de photo et qu’on irait en classe. Le photographe, alors, a dit : «Allons, allons, allons, du calme, du calme. Je sais comment il faut parler aux enfants, tout va se passer très bien.»

Le photographe a décidé que nous devions nous mettre sur trois rangs; le premier rang assis par terre, le deuxième, debout autour de la maîtresse qui serait assise sur une chaise et le troisième, debout sur des caisses. Il a vraiment des bonnes idées, le photographe.

Les caisses, on est allés les chercher dans la cave de l’école. On a bien rigolé, parce qu’il n’y avait pas beaucoup de lumière dans la cave et Rufus s’était mis un vieux sac sur la tête et il criait «Hou! Je suis le fantôme.» Et puis, on a vu arriver la maîtresse. Elle n’avait pas l’air contente, alors nous sommes vite partis avec les caisses. Le seul qui est resté, c’est Rufus. Avec son sac, il ne voyait pas ce qui se passait et il a continué à crier «Hou! Je suis le fantôme», et c’est la maîtresse qui lui a enlevé le sac. Il a été drôlement étonné, Rufus.

De retour dans la cour, la maîtresse a lâché l’oreille de Rufus et elle s’est frappé le front avec la main. « Mais vous êtes tout noirs », elle a dit. C’était vrai, en faisant les guignols dans la cave, on s’était un peu salis. La maîtresse n’était pas contente, mais le photographe lui a dit que ce n’était pas grave, on avait le temps de se laver pendant que lui disposait les caisses et la chaise pour la photo. A part Agnan, le seul qui avait la figure propre, c’était Geoffroy, parce qu’il avait la tête dans son casque de martien, qui ressemble à un bocal. «Vous voyez, a dit Geoffroy à la maîtresse, s’ils étaient venus tous habillés comme moi, il n’y aurait pas d’histoires.» J’ai vu que la maîtresse avait bien envie de tirer les oreilles de Geoffroy, mais il n’y avait pas de prise sur le bocal. C’est une combine épatante, ce costume de martien!

Nous sommes revenus après nous être lavés et peignés. On était bien un peu mouillés, mais le photographe a dit que ça ne faisait rien, que sur la photo ça ne se verrait pas.

«Bon, nous a dit le photographe, vous voulez faire plaisir à votre maîtresse?» Nous avons répondu que oui, parce que nous l’aimons bien la maîtresse, elle est drôlement gentille quand nous ne la mettons pas en colère. «Alors, a dit le photographe, vous allez sagement prendre vos places pour la photo. Les plus grands sur les caisses, les moyens debout, les petits assis.» Nous on y est allés et le photographe était en train d’expliquer à la maîtresse qu’on obtenait tout des enfants quand on était patient, mais la maîtresse n’a pas pu l’écouter jusqu’au bout. Elle a dû nous séparer, parce que nous voulions être tous sur les caisses.
«Il y a un seul grand ici, c’est moi!» criait Eudes et il poussait ceux qui voulaient monter sur les caisses. Comme Geoffroy insistait, Eudes lui a donné un coup de poing sur le bocal et il s’est fait très mal. On a dû se mettre à plusieurs pour enlever le bocal de Geoffroy qui s’était coincé.

La maîtresse a dit qu’elle nous donnait un dernier avertissement, après ce serait l’arithmétique, alors, on s’est dit qu’il fallait se tenir tranquilles et on a commencé à s’installer. Geoffroy s’est approché du photographe : «C’est quoi, votre appareil?» il a demandé. Le photographe a souri et il a dit : « C’est une boîte d’où va sortir un petit oiseau, bonhomme. Il est vieux votre engin, a dit Geoffroy, mon papa il m’en a donné un avec pare-soleil, objectif à courte focale, téléobjectif, et, bien sûr, des écrans... » Le photographe a paru surpris, il a cessé de sourire et il a dit à Geoffroy de retourner à sa place. «Est-ce que vous avez au moins une cellule photoélectrique? » a demandé Geoffroy. «Pour la dernière fois, retourne à ta place! » a crié le photographe qui, tout d’un coup, avait l’air très nerveux.

On s’est installés. Moi, j’étais assis par terre, a côté d’Alceste. Alceste, c’est mon copain qui est très gros et qui mange tout le temps. Il était en train de mordre dans une tartine de confiture et le photographe lui a dit de cesser de manger, mais Alceste a répondu qu’il fallait bien qu’il se nourrisse. «Lâche cette tartine! » a crié la maîtresse qui était assise juste derrière Alceste. Ça l’a tellement surpris, Alceste, qu’il a laissé tomber la tartine sur sa chemise. «C’est gagné », a dit Alceste, en essayant de racler la confiture avec son pain. La maîtresse a dit qu’il n’y avait plus qu’une chose à faire, c’était de mettre Alceste au dernier rang pour qu’on ne voie pas la tache sur sa chemise. «Eudes, a dit la maîtresse, laissez votre place à votre camarade. — Ce n’est pas mon camarade, a répondu Eudes, il n’aura pas ma place et il n’a qu’à se mettre de dos à la photo, comme ça on ne verra pas la tache, ni sa grosse figure. » La maîtresse s’est fâchée et elle a donné comme punition à Eudes la conjugaison du verbe : « Je ne dois pas refuser de céder ma place à un camarade qui a renversé sur sa chemise une tartine de confiture.» Eudes n’a rien dit, il est descendu de sa caisse et il est venu vers le premier rang, tandis qu’Alceste allait vers le dernier rang. Ça a fait un peu de désordre, surtout quand Eudes a croisé Alceste et lui a donné un coup de poing sur le nez. Alceste a voulu donner un coup de pied à Eudes, mais Eudes a esquivé, il est très agile, et c’est Agnan qui a reçu le pied, heureusement, là où il n’a pas de lunettes. Ça ne l’a pas empêché, Agnan, de se mettre à pleurer et à hurler qu’il ne voyait plus, que personne ne l’aimait et qu’il voulait mourir. La maîtresse l’a consolé, l’a mouché, l’a repeigné et a puni Alceste, il doit écrire cent fois:

«Je ne dois pas battre un camarade qui ne me cherche pas noise et qui porte des lunettes.» «C’est bien fait», a dit Agnan. Alors, la maîtresse lui a donné des lignes à faire, à lui aussi. Agnan, il a été tellement étonné qu’il n’a même pas pleuré. La maîtresse a commencé à les distribuer drôlement, les punitions, on avait tous des tas de lignes à faire et finalement, la maîtresse nous a dit : «Maintenant, vous allez vous décider à vous tenir tranquilles. Si vous êtes très gentils, je lèverai toutes les punitions. Alors, vous allez bien prendre la pose, faire un joli sourire et le monsieur va nous prendre une belle photographie!» Comme nous ne voulions pas faire de la peine à la maîtresse, on a obéi. Nous avons tous souri et on a pris la pose.

Mais, pour le souvenir que nous allions chérir toute notre vie, c’est raté, parce qu’on s’est aperçu que le photographe n’était plus là. Il était parti, sans rien dire.

02 - Les cow-boys

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J’ai invité les copains à venir à la maison cet après-midi pour jouer aux cow-boys. Ils sont arrivés avec toutes leurs affaires. Rufus avait mis la panoplie d’agent de police que lui avait offerte son papa avec le képi, les menottes, le revolver, le bâton blanc et le sifflet à roulette; Eudes portait le vieux chapeau boy-scout de son grand frère et un ceinturon avec des tas de cartouches en bois et deux étuis dans lesquels il y avait des revolvers terribles avec des crosses faites dans le même genre d’os que le poudrier que papa a acheté à maman après qu’ils se sont disputés à cause du rôti qui était trop cuit mais maman disait que c’était parce que papa était arrivé en retard. Alceste était en Indien, il avait une hache en bois et des plumes sur la tête, il ressemblait à un gros poulet; Geoffroy, qui aime bien se déguiser et qui a un papa très riche qui lui donne tout ce qu’il veut, était habillé complètement en cow-boy, avec un pantalon en mouton, un gilet en cuir, une chemise à carreaux, un grand chapeau, des revolvers à capsules et des éperons avec des pointes terribles. Moi, j’avais un masque noir qu’on m’avait donné pour Mardi-Gras, mon fusil à flèches et un mouchoir rouge autour du cou qui est un vieux foulard à ma maman. On était chouettes!

On était dans le jardin et maman nous avait dit qu’elle nous appellerait pour le goûter. «Bon, j’ai dit, alors voilà, moi je suis le jeune homme et j’ai un cheval blanc et vous, vous êtes les bandits, mais à la fin c’est moi qui gagne. » Les autres, ils n’étaient pas d’accord, c’est ça qui est embêtant, quand on joue tout seul, on ne s’amuse pas et quand on n’est pas tout seul, les autres font des tas de disputes. «Pourquoi est-ce que ce ne serait pas moi le jeune homme, a dit Eudes, et puis, pourquoi je n’aurais pas un cheval blanc, moi aussi? — Avec une tête comme la tienne, tu peux pas être le jeune homme», a dit Alceste. «Toi, l’Indien, tais-toi ou je te donne un coup de pied dans le croupion! » a dit Eudes qui est très fort et qui aime bien donner des coups de poing sur les nez des copains et le coup du croupion ça m’a étonné, mais c’est vrai qu’Alceste ressemblait à un gros poulet. «En tout cas, moi, a dit Rufus, je serai le shérif. — Le shérif? a dit Geoffroy. Où est-ce que tu as vu un shérif avec un képi, tu me fais rigoler!» Ça, ça n’a pas plu à Rufus, dont le papa est agent de police. «Mon papa, il a dit, il porte un képi et il ne fait rigoler personne! — Il ferait rigoler tout le monde s’il s’habillait comme ça au Texas », a dit Geoffroy et Rufus lui a donné une gifle, alors, Geoffroy a sorti un revolver de l’étui et il a dit : «Tu le regretteras, Joe» et Rufus lui a donné une autre gifle et Geoffroy est tombé assis par terre en faisant pan! avec son revolver; alors Rufus s’est appuyé les mains sur le ventre, et il fait des tas de grimaces et il est tombé en disant : «Tu m’as eu coyote, mais je serai vengé! »

Moi je galopais dans le jardin en me donnant des tapes dans la culotte pour avancer plus vite et Eudes s’est approché de moi. « Descends de ce cheval, il a dit. Le cheval blanc, c’est moi qui l’ai! —Non monsieur, je lui ai dit, ici je suis chez moi et le cheval blanc, c’est moi qui l’ai », et Eudes m’a donné un coup de poing sur le nez. Rufus a donné un grand coup de sifflet à roulette. «Tu es un voleur de chevaux, il a dit à Eudes, et à Kansas City, les voleurs de chevaux, on les pend! » Alors, Alceste est venu en courant et il a dit : « Minute! Tu peux pas le pendre, le shérif, c’est moi! — Depuis quand, volaille? » a demandé Rufus. Alceste, qui pourtant n’aime pas se battre, a pris sa hache en bois et avec le manche, toc! il a donné un coup sur la tête de Rufus qui ne s’y attendait pas. Heureusement que sur la tête de Rufus il y avait le képi. «Mon képi! Tu as cassé mon képi! » il a crié Rufus et il s’est mis à courir après Alceste, tandis que moi je galopais de nouveau autour du jardin.

«Eh, les gars, a dit Eudes, arrêtez! J’ai une idée. Nous on sera les bons et Alceste la tribu des Indiens et il essaie de nous capturer et puis il prend un prisonnier, mais nous on arrive et on délivre le prisonnier et puis Alceste est vaincu! » Nous on était tous pour cette idée qui était vraiment chouette, mais Alceste n’était pas d’accord. «Pourquoi est-ce que je ferais l’Indien?» il a dit Alceste. «Parce que tu as des plumes sur la tête, idiot! a répondu Geoffroy, et puis si ça ne te plaît pas, tu ne joues plus, c’est vrai ça, à la fin, tu nous embêtes! — Eh bien, puisque c’est comme ça, je ne joue plus», a dit Alceste et il est allé dans un coin bouder et manger un petit pain au chocolat qu’il avait dans sa poche. «Il faut qu’ il joue, a dit Eudes, c’est le seul indien que nous ayons d’ailleurs, s’il ne joue pas, je le plume! »Alceste a dit que bon, qu’il voulait bien, mais à condition d’être un bon Indien à la fin. «D’accord, d accord, a dit Geoffroy, ce que tu peux être contrariant, tout de même! — Et le prisonnier, ce sera qui? j’ai demandé — Ben, ça sera Geoffroy, a dit Eudes, on va l’attacher à l’arbre avec la corde à linge. — Ça va pas, non? a demandé Geoffroy, pourquoi moi? Je ne peux pas être le prisonnier, je suis le mieux habillé de tous! — Ben quoi? a répondu Eudes, ce n’est pas parce que j’ai un cheval blanc que je refuse de jouer! — Le cheval blanc c’est moi qui l’ai! » j’ai dit. Eudes s’est fâché, il a dit que le cheval blanc c’était lui et que si ça ne me plaisait pas il me donnerait un autre coup de poing sur le nez. «Essaie!» j’ai dit et il a réussi. «Bouge pas, Oklahoma Kid!» criait Geoffroy et il tirait des coups de revolver partout; Rufus, lui, donnait du sifflet à roulette et il disait : «Ouais, je suis le shérif, ouais, je vous arrête tous! » et Alceste lui a donné un coup de hache sur le képi en disant qu’il le faisait prisonnier et Rufus s’est fâché parce que son sifflet à roulette était tombé dans l’herbe, moi je pleurais et je disais à Eudes qu’ici j’étais chez moi et que je ne voulais plus le voir; tout le monde criait, c’était chouette, on rigolait bien, terrible.

Et puis, papa est sorti de la maison. L’air pas content. «Eh bien les enfants, qu’est-ce que c’est que ce vacarme, vous ne savez pas vous amuser gentiment? — C’est à cause de Geoffroy, monsieur, il ne veut pas être le prisonnier!» a dit Eudes. «Tu veux ma main sur la figure? » a demandé Geoffroy et ils ont recommencé à se battre, mais papa les a séparés. «Allons, les enfants, il a dit, je vais vous montrer comme il faut jouer. Le prisonnier ce sera moi!» Nous on était drôlement contents! Il est chouette mon papa! Nous avons attaché papa à l’arbre avec la corde à linge et à peine on avait fini, que nous avons vu monsieur Blédurt sauter par-dessus la haie du jardin.

Monsieur Blédurt, c’est notre voisin qui aime bien taquiner papa. «Moi aussi je veux jouer, je serai le peau-rouge Taureau Debout! — Sors d’ici Blédurt, on ne t’a pas sonné! » Monsieur Blédurt il était formidable, il s’est mis devant papa avec les bras croisés et il a dit: «Que le visage pâle retienne sa langue!» Papa faisait des drôles d’efforts pour se détacher de l’arbre et monsieur Blédurt s’est mis à danser autour de l’arbre en poussant des cris. Nous on aurait bien aimé rester voir papa et monsieur Blédurt s’amuser et faire les guignols, mais on n’a pas pu parce que maman nous a appelés pour le goûter et après on est allés dans ma chambre jouer au train électrique. Ce que je ne savais pas, c’est que papa aimait tellement jouer aux cow-boys. Quand on est descendus, le soir, monsieur Blédurt était parti depuis longtemps, mais papa était toujours attaché à l’arbre à crier et à faire des grimaces.

C’est chouette de savoir s’amuser tout seul, comme ça!

03 - Le Bouillon

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Aujourd’hui, à l’école, la maîtresse a manqué. Nous étions dans la cour, en rangs, pour entrer en classe, quand le surveillant nous a dit : «Votre maîtresse est malade, aujourd’hui.»

Et puis, monsieur Dubon, le surveillant, nous a conduits en classe. Le surveillant, on l’appelle le Bouillon, quand il n’est pas là, bien sûr. On l’appel­le comme ça, parce qu’il dit tout le temps : « Re­gardez-moi dans les yeux », et dans le bouillon il y a des yeux. Moi non plus je n’avais pas compris tout de suite, c’est des grands qui me l’ont expli­qué. Le Bouillon a une grosse moustache et il punit souvent, avec lui, il ne faut pas rigoler. C’est pour ça qu’on était embêtés qu’il vienne nous sur­veiller, mais, heureusement, en arrivant en classe, il nous a dit : « Je ne peux pas rester avec vous, je dois travailler avec monsieur le Directeur, alors, regardez-moi dans les yeux et promettez-moi d’être sages. » Tous nos tas d’yeux ont regardé dans les siens et on a promis. D’ailleurs, nous sommes toujours assez sages.

Mais il avait l’air de se méfier, le Bouillon, alors, il a demandé qui était le meilleur élève de la classe. «C’est moi monsieur! » a dit Agnan, tout fier. Et c’est vrai, Agnan c’est le premier de la classe, c’est aussi le chouchou de la maîtresse et nous on ne l’aime pas trop, mais on ne peut pas lui taper dessus aussi souvent qu’on le voudrait, à cause de ses lunettes. « Bon, a dit le Bouillon, tu vas venir t’asseoir à la place de la maîtresse et tu sur­veilleras tes camarades. Je reviendrai de temps en temps voir comment les choses se passent. Révisez vos leçons. » Agnan, tout content, est allé s’asseoir au bureau de la maîtresse et le Bouillon est parti.

«Bien, a dit Agnan, nous devions avoir arithmé­tique, prenez vos cahiers, nous allons faire un problème. — T’es pas un peu fou? » a demandé Clotaire. «Clotaire, taisez-vous! » a crié Agnan, qui avait vraiment l’air de se prendre pour la maîtresse. «Viens me le dire ici, si t’es un homme!» a dit Clotaire et la porte de la classe s’est ouverte et on a vu entrer le Bouillon tout content. « Ah! il a dit. J’étais resté derrière la porte pour écouter. VOUS, là-bas, regardez-moi dans les yeux! » Clotaire a regardé, mais ce qu’il a vu n’a pas eu l’air de lui faire tellement plaisir. «Vous allez me conjuguer le verbe: je ne dois pas être grossier envers un camarade qui est chargé de me surveiller et qui veut me faire faire des problèmes d’arithmétique.» Après avoir dit ça, le Bouillon est sorti, mais il nous a promis qu’il reviendrait.

Joachim s’est proposé pour guetter le surveillant à la porte, on a été tous d’accord, sauf Agnan qui criait : « Joachim, à votre place!» Joachim a tiré la langue à Agnan, il s’est assis devant la porte et il s’est mis à regarder par le trou de la serrure «Il n’y a personne, Joachim? » a demandé Clotaire. Joachim a répondu qu’il ne voyait rien. Alors, Clotaire s’est levé et il a dit qu’il allait faire manger son livre d’arithmétique à Agnan, ce qui était vraiment une drôle d’idée, mais ça n’a pas plu à Agnan qui a crié : «Non! J’ai des lunettes! Tu vas les manger aussi! » a dit Clotaire, qui voulait absolument qu’Agnan mange quelque chose. Mais Geoffroy a dit qu’il ne fallait pas perdre de temps avec des bêtises, qu’on ferait mieux de jouer à la balle. « Et les problèmes, alors? » a demandé Agnan, qui n’avait pas l’air content, mais nous, on n’a pas fait attention et on a commencé à se faire des passes et c’est drôlement chouette de jouer entre les bancs. Quand je serai grand, je m’achèterai une classe, rien que pour jouer dedans. Et puis, on a entendu un cri et on a vu Joachim assis pat terre et qui se tenait le nez avec les mains. C’était le Bouillon qui venait d’ouvrir la porte et Joachim n’avait pas dû le voir venir. «Qu’est-ce que tu as?» a demandé le Bouillon tout étonné, mais Joachim n’a pas répondu, il faisait ouille, ouille, et c’est tout, alors, le Bouillon l’a pris dans ses bras et l’a emmené dehors/ Nous, on a ramassé la balle et on est retournés à nos places. Quand le Bouillon est revenu avec Joachim qui avait le nez tout gonflé il nous a dit qu’il commençait à en avoir assez et que si ça continuait on verrait ce qu’on verrait. «Pourquoi ne prenez vous pas exemple sur votre camarade Agnan? il a demandé, il est sage, lui.» Et le Bouillon est parti. On a demandé à Joachim ce qu’il lui était arrivé et il nous a répondu qu’il s’était endormi à force de regarder par le trou de la serrure.

«Un fermier va à la foire, a dit Agnan dans un panier, il a vingt-huit oeufs à cinq cents francs la douzaine. C’est de ta faute, le coup du nez », a dit Joachim «Ouais! a dit Clotaire, on va lui faire manger son livre d’arithmétique, avec le fer­mier, les oeufs et les lunettes! » Agnan, alors, s’est mis à pleurer. Il nous a dit que nous étions des méchants et qu’il le dirait à ses parents et qu’ils nous feraient tous renvoyer et le Bouillon a ouvert la porte. On était tous assis à nos places et on ne disait rien et le Bouillon a regardé Agnan qui pleu­rait tout seul assis au bureau de la maîtresse. «Alors quoi, il a dit le Bouillon, c’est vous qui vous dissipez, maintenant? Vous allez me rendre fou! Chaque fois que je viens, il y en a un autre qui fait le pitre! Regardez-moi bien dans les yeux, tous! Si je reviens encore une fois et que je vois quelque chose d’anormal, je sévirai!» et il est parti de nouveau. Nous, on s’est dit que ce n’était plus le moment de faire les guignols, parce que le surveillant, quand il n’est pas content, il donne de drôles de punitions. On ne bougeait pas, on entendait seulement renifler Agnan et mâcher Alceste, un copain qui mange tout le temps. Et puis, on a entendu un petit bruit du côté de la porte. On a vu le bouton de porte qui tournait très doucement et puis la porte a commen­cé à s’ouvrir petit à petit, en grinçant. Tous, on regardait et on ne respirait pas souvent, même Alceste s’est arrêté de mâcher. Et, tout d’un coup, il y en a un qui a crié : « C’est le Bouillon! » La porte s’est ouverte et le Bouillon est entré, tout rouge. «Qui a dit ça?» il a demandé. «C’est Nicolas!» a dit Agnan. «C’est pas vrai, sale men­teur!» et c’était vrai que c’était pas vrai, celui qui avait dit ça, c’était Rufus.

«C’est toi! C’est toi! C’est toi!» a crié Agnan et il s’est mis à pleurer. «Tu seras en retenue! » m’a dit le Bouillon. Alors je me suis mis à pleurer, j’ai dit que ce n’était pas juste et que je quitterais l’école et qu’on me regret­terait bien. «C’est pas lui, m’sieu, c’est Agnan qui a dit le Bouillon!» a crié Rufus. «Ce n’est pas moi qui ai dit le Bouillon!» a crié Agnan. «Tu as dit le Bouillon, je t’ai entendu dire le Bouillon, parfaitement, le Bouillon! - Bon, ça va comme ça, a dit le Bouillon, vous serez tous en retenue!» « Pourquoi moi? a demandé Alceste. Je n’ai pas dit le Bouillon, moi! » « Je ne veux plus entendre ce sobriquet ridicule, vous avez compris?» a crié le Bouillon, qui avait l’air drôlement énervé. «Je ne viendrai pas en retenue!» a crié Agnan et il s’est roulé par terre en pleurant et il avait des hoquets et il est devenu tout rouge et puis tout bleu. En classe, à peu près tout le monde criait ou pleu­rait, j’ai cru que le Bouillon allait s’y mettre aussi, quand le Directeur est entré. « Que se passe-t-il, le Bouil... Monsieur Dubon? » il a demandé, le Directeur. «Je ne sais plus, monsieur le Directeur, a répondu le Bouillon, il y en a un qui se roule par terre, un autre qui saigne du nez quand j’ouvre la porte, le reste qui hurle, je n’ai jamais vu ça! Jamais» et le Bouillon se passait la main dans les cheveux et sa moustache bougeait dans tous les sens.

Le lendemain, la maîtresse est revenue, mais le Bouillon a manqué.

04 - Le football

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Alceste nous a donné rendez-vous, à un tas de copains de la classe, pour cet après-midi dans le terrain vague, pas loin de la maison. Alceste c’est mon ami, il est gros, il aime bien manger, et s’il nous a donné rendez-vous, c’est parce que son papa lui a offert un ballon de football tout neuf et nous allons faire une partie terrible. Il est chouette, Alceste.

Nous nous sommes retrouvés sur le terrain à trois heures de l’après-midi, nous étions dix-huit. Il a fallu décider comment former les équipes, pour qu’il y ait le même nombre de joueurs de chaque côté.

Pour l’arbitre, ça a été facile. Nous avons choisi Agnan. Agnan c’est le premier de la classe, on ne l’aime pas trop, mais comme il porte des lunettes on ne peut pas lui taper dessus, ce qui, pour un arbitre, est une bonne combine. Et puis, aucune équipe ne voulait d’Agnan, parce qu’il est pas très fort pour le sport et il pleure trop facilement. Là où on a discuté c’est quand Agnan a demandé qu’on lui donne un sifflet. Le seul qui en avait un, c’était Rufus, dont le papa est agent de police.

«Je ne peux pas le prêter, mon sifflet à roulette, a dit Rufus, c’est un souvenir de famille. » II n’y avait rien à faire. Finalement, on a décidé qu’Agnan préviendrait Rufus et Rufus sifflerait à la place d’Agnan.

« Alors? On joue ou quoi? Je commence à avoir faim, moi! » a crié Alceste.

Mais là où c’est devenu compliqué, c’est que si Agnan était arbitre, on n’était plus que dix-sept joueurs, ça en faisait un de trop pour le partage. Alors, on a trouvé le truc il y en a un qui serait arbitre de touche et qui agiterait un petit drapeau, chaque fois que la balle sortirait du terrain. C’est Maixent qui a été choisi. Un seul arbitre de touche, ce n’est pas beaucoup pour surveiller tout le terrain mais Maixent court très vite, il a des jambes très longues et toutes maigres, avec de gros genoux sales. Maixent, il ne voulait rien savoir, il voulait jouer au ballon, lui, et puis il nous a dit qu’il n’avait pas de drapeau. Il a tout de même accepté d’être arbitre de touche pour la première mi-temps. Pour le drapeau, il agiterait son mouchoir qui n’était pas propre, mais bien sûr, il ne savait pas en sortant de chez lui que son mouchoir allait servir de drapeau.

« Bon, on y va? » a crié Alceste.

Après, c’était plus facile, on n’était plus que seize joueurs.

Il fallait un capitaine pour chaque équipe. Mais tout le monde voulait être capitaine. Tout le monde sauf Alceste, qui voulait être goal, parce qu’il n’aime pas courir. Nous, on était d’accord, il est bien, Alceste, comme goal; il est très large et il couvre bien le but. Ça laissait tout de même quinze capitaines et ça en faisait plusieurs de trop.

« Je suis le plus fort, criait Eudes, je dois être capitaine et je donnerai un coup de poing sur le nez de celui qui n’est pas d’accord!

— Le capitaine c’est moi, je suis le mieux habil­lé! » a crié Geoffroy, et Eudes lui a donné un coup de poing sur le nez.

C’était vrai, que Geoffroy était bien habillé, son papa, qui est très riche, lui avait acheté un équipe­ment complet de joueur de football, avec une che­mise rouge, blanche et bleue.

« Si c’est pas moi le capitaine, a crié Rufus, j’appelle mon papa et il vous met tous en prison! »

Moi, j’ai eu l’idée de tirer au sort avec une pièce de monnaie. Avec deux pièces de monnaie, parce que la première s’est perdue dans l’herbe et on ne l’a jamais retrouvée. La pièce, c’était Joachim qui l’avait prêtée et il n’était pas content de l’avoir perdue; il s’est mis à la chercher, et pourtant Geoffroy lui avait promis que son papa lui enver­rait un chèque pour le rembourser. Finalement, les deux capitaines ont été choisis : Geoffroy et moi.

« Dites, j’ai pas envie d’être en retard pour le goûter, a crié Alceste. On joue? »

Après, il a fallu former les équipes. Pour tous, ça allait assez bien, sauf pour Eudes. Geoffroy et moi, on voulait Eudes, parce que, quand il court avec le ballon, personne ne l’arrête. Il ne joue pas très bien, mais il fait peur. Joachim était tout con­tent parce qu’il avait retrouvé sa pièce de monnaie, alors on la lui a demandée pour tirer Eudes au sort, et on a perdu la pièce de nouveau. Joachim s’est remis à la chercher, vraiment fâché, cette fois-ci, et c’est à la courte paille que Geoffroy a gagné Eudes. Geoffroy l’a désigné comme gardien de but, il s’est dit que personne n’oserait s’approcher de la cage et encore moins mettre le ballon dedans. Rudes se vexe facilement. Alceste mangeait des biscuits, assis entre les pierres qui marquaient son but. Il n’avait pas l’air content. « Alors, ça vient, oui? » il criait.

On s’est placés sur le terrain. Comme on n’était que sept de chaque côté, à part les gardiens de but, ça n’a pas été facile. Dans chaque équipe on a commencé à discuter. Il y en avait des tas qui voulaient être avants-centres. Joachim voulait être arrière-droit, mais c’était parce que la pièce de monnaie était tombée dans ce coin et il voulait continuer à la chercher tout en jouant.

Dans l’équipe de Geoffroy ça s’est arrangé très vite, parce que Eudes a donné des tas de coups de poing et les joueurs se sont mis à leur place sans protester et en se frottant le nez. C’est qu’il frappe dur, Eudes!
Dans mon équipe, on n’arrivait pas à se mettre d’accord, jusqu’au moment où Eudes a dit qu’il viendrait nous donner des coups de poing sur le nez à nous aussi : alors, on s’est placés.

Agnan a dit à Rufus : « Siffle! » et Rufus, qui jouait dans mon équipe, a sifflé le coup d’envoi. Geoffroy n’était pas content. Il a dit : « C’est malin! Nous avons le soleil dans les yeux! Il n’y a pas de raison que mon équipe joue du mauvais côté du terrain!»

Moi, je lui ai répondu que si le soleil ne lui plai­sait pas, il n’avait qu’à fermer les yeux, qu’il jouerait peut-être même mieux comme ça. Alors, nous nous sommes battus. Rufus s’est mis à souffler dans son sifflet à roulette.
« Je n’ai pas donné l’ordre de siffler, a crié Agnan, l’arbitre c’est moi! » Ça n’a pas plu à Rufus qui a dit qu’il n’avait pas besoin de la permission d’Agnan pour siffler, qu’il sifflerait quand il en aurait envie, non mais tout de même. Et il s’est mis à siffler comme un fou. «Tu es méchant, voilà ce que tu es! » a crié Agnan, qui a commencé à pleurer.

« Eh, les gars! » a dit Alceste, dans son but.

Mais personne ne l’écoutait. Moi, je continuais à me battre avec Geoffroy. je lui avais déchiré sa belle chemise rouge, blanche et bleue, et lui il disait : «Bah, bah, bah! Ça ne fait rien! Mon papa, il m’en achètera des tas d’autres! » Et il me don­nait des coups de pied, dans les chevilles. Rufus courait après Agnan qui criait : « J’ai des lunettes! J’ai des lunettes! » Joachim, il ne s’occupait de per­sonne, il cherchait sa monnaie, mais il ne la trou­vait toujours pas. Eudes, qui était resté tranquille­ment dans son but, en a eu assez et il a commencé à distribuer des coups de poing sur les nez qui se trouvaient le plus près de lui, c’est-à-dire sur ceux de son équipe. Tout le monde criait, courait. On s’amusait vraiment bien, c’était formidable!

« Arrêtez, les gars! » a crié Alceste de nouveau.

Alors Eudes s’est fâché. « Tu étais pressé de jouer, il a dit à Alceste, eh! bien, on joue. Si tu as quelque chose à dire, attends la mi-temps! »

« La mi-temps de quoi? a demandé Alceste. Je viens de m’apercevoir que nous n’avons pas de ballon, je l’ai oublié à la maison! »

05 - On a eu l’inspecteur

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La maîtresse est entrée en classe toute nerveuse. « M. l’Inspecteur est dans l’école, elle nous a dit, je compte sur vous pour être sages et faire une bonne impression. » Nous on a promis qu’on se tiendrait bien, d’ailleurs, la maîtresse a tort de s’in­quiéter, nous sommes presque toujours sages. « Je vous signale, a dit la maîtresse, que c’est un nouvel inspecteur, l’ancien était déjà habitué à vous, mais il a pris sa retraite... » Et puis, la maîtresse nous a fait des tas et des tas de recommandations, elle nous a défendu de parler sans être interrogés, de rire sans sa permission, elle nous a demandé de ne pas laisser tomber des billes comme la dernière fois que l’inspecteur est venu et qu’il s’est retrouvé par terre, elle a demandé à Alceste de cesser de manger quand l’inspecteur serait là et elle a dit à Clotaire, qui est le dernier de la classe, de ne pas se faire remarquer. Quelquefois je me demande si la maîtresse ne nous prend pas pour des guignols. Mais, comme on l’aime bien, la maîtresse, on lui a promis tout ce qu’elle a voulu. La maîtresse a regardé pour Voir si la classe et nous nous étions bien propres et elle a dit que la classe était plus propre que certains d’entre nous. Et puis, elle a demandé à Agnan, qui est le premier de la classe et le chouchou, de mettre de l’encre dans les encriers, au cas où l’inspecteur voudrait nous faire une dictée. Agnan a pris la grande bouteille d’encre et il allait commencer à verser dans les encriers du premier banc, là où sont assis Cyrille et Joachim, quand quelqu’un a crié « Voilà l’inspecteur! » Agnan a eu tellement peur qu’il a renversé de l’encre partout sur le banc. C’était une blague, l’inspecteur n’était pas là et la maîtresse était très fâchée. «Je vous ai vu, Clotaire, elle a dit. C’est vous l’auteur de cette plaisanterie stupide. Allez au piquet! » Clotaire s’est mis à pleurer, il a dit que s’il allait au piquet, il allait se faire remarquer et l’inspecteur allait lui poser des tas de questions et lui il ne savait rien et il allait se mettre à pleurer et que ce n’était pas une blague, qu’il avait vu l’inspecteur passer dans la cour avec le directeur et comme c’était vrai, la maîtresse a dit que bon, ça allait pour cette fois-ci. Ce qui était embêtant, c’est que le premier banc était tout plein d’encre, la maîtresse a dit alors qu’il fallait passer ce banc au dernier rang, là où on ne le verrait pas. On s’est mis au travail et ça a été une drôle d’affaire, parce qu’il fallait remuer tous les bancs et on s’amusait bien et l’inspecteur est entré avec le directeur.

On n’a pas eu à se lever, parce qu’on était tous debout, et tout le monde avait l’air bien étonné. « Ce sont les petits, ils.., ils sont un peu dissipés », a dit le directeur. « Je vois, a dit l’inspecteur, asseyez-vous, mes enfants. » On s’est tous assis, et, comme nous avions retourné leur banc pour le changer de place, Cyrille et Joachim tournaient le dos au tableau. L’inspecteur a regardé la maîtresse et il lui a demandé si ces deux élèves étaient toujours placés comme ça. La maîtresse, elle a fait la tête de Clotaire quand on l’interroge, mais elle n’a pas pleuré. « Un petit incident... » elle a dit. L’ins­pecteur n’avait pas l’air très content, il avait de gros sourcils, tout près des yeux. «Il faut avoir un peu d’autorité, il a dit. Allons, mes enfants, mettez ce banc à sa place. » On s’est tous levés et l’inspecteur s’est mis à crier « Pas tous à la fois vous deux seulement! » Cyrille et Joachim ont retourné le banc et se sont assis. L’inspecteur a fait un sourire et il a appuyé ses mains sur le banc. « Bien, il a dit, que faisiez-vous, avant que je n’arrive? — On changeait le banc de place », a répondu Cyrille. « Ne parlons plus de ce banc! a crié l’inspecteur, qui avait l’air d’être nerveux. Et d’abord, pourquoi changiez-vous ce banc de place?

— A cause de l’encre », a dit Joachim. «L’encre?» a demandé l’inspecteur et il a regardé ses mains qui étaient toutes bleues. L’inspecteur a fait un gros soupir et il a essuyé ses doigts avec un mou­choir.
Nous, on a vu que l’inspecteur, la maîtresse et le directeur n’avaient pas l’air de rigoler. On a décidé d’être drôlement sages.

«Vous avez, je vois, quelques ennuis avec la dis­cipline, a dit l’inspecteur à la maîtresse, il faut user d’un peu de psychologie élémentaire », et puis, il s’est tourné vers nous, avec un grand sourire et il a éloigné ses sourcils de ses yeux. « Mes enfants, je veux être votre ami. Il ne faut pas avoir peur de moi, je sais que vous aimez vous amuser, et moi aussi, j’aime bien rire. D’ailleurs, tenez, vous connais­sez l’histoire des deux sourds un sourd dit à l’autre: tu vas à la pêche? et l’autre dit : non, je vais à la pêche. Alors le premier dit : ah bon, je croyais que tu allais à la pêche. » C’est dommage que la maîtresse nous ait défendu de rire sans sa permission, parce qu’on a eu un mal fou à se rete­nir. Moi, je vais raconter l’histoire ce soir à papa, ça va le faire rigoler, je suis sûr qu’il ne la connaît pas. L’inspecteur, qui n’avait besoin de la permission de personne, a beaucoup ri, mais comme il a vu que personne ne disait rien dans la classe, il a remis ses sourcils en place, il a toussé et il a dit «Bon, assez ri, au travail. — Nous étions en train d’étudier les fables, a dit la maîtresse, Le Corbeau et le Renard. — Parfait, parfait, a dit l’inspecteur, eh bien, continuez. » La maîtresse a fait semblant de chercher au hasard dans la classe, et puis, elle a montré Agnan du doigt : «Vous, Agnan, récitez-nous la fable. » Mais l’inspecteur a levé la main. « Vous permettez? » il a dit à la maîtresse, et puis, il a montré Clotaire. «Vous, là-bas, dans le fond, récitez-moi cette fable. » Clotaire a ouvert la bou­che et il s’est mis à pleurer. « Mais, qu’est-ce qu’il a? » a demandé l’inspecteur. La maîtresse a dit qu’il fallait excuser Clotaire, qu’il était très timide, alors, c’est Rufus qui a été interrogé. Rufus c’est un copain, et son papa, il est agent de police. Rufus a dit qu’il ne connaissait pas la fable par coeur, mais qu’il savait à peu près de quoi il s’agissait et il a commencé à expliquer que c’était l’histoire d’un corbeau qui tenait dans son bec un roquefort.

« Un roquefort? » a demandé l’inspecteur, qui avait l’air de plus en plus étonné. «Mais non, a dit Alceste, c’était un camembert. — Pas du tout, a dit Rufus, le camembert, le corbeau il n’aurait pas pu le tenir dans son bec, ça coule et puis ça sent pas bon! — Ça sent pas bon, mais c’est chouette à manger, a répondu Alceste. Et puis, ça ne veut rien dire, le savon ça sent bon, mais c’est très mauvais à manger, j’ai essayé, une fois. —Bah! a dit Rufus, tu es bête et je vais dire à mon papa de donner des tas de contraventions à ton papa! » Et ils se sont battus.

Tout le monde était levé et criait, sauf Clotaire qui pleurait toujours dans son coin et Agnan qui était allé au tableau et qui récitait Le Corbeau et le Renard. La maîtresse, l’inspecteur et le directeur criaient « Assez! ». On a tous bien rigolé.

Quand ça s’est arrêté et que tout le monde s’est assis, l’inspecteur a sorti son mouchoir et il s’est essuyé la figure, il s’est mis de l’encre partout et c’est dommage qu’on n’ait pas le droit de rire, parce qu’il faudra se retenir jusqu’à la récréation et ça ne va pas être facile.

L’inspecteur s’est approché de la maîtresse et il lui a serré la main. « Vous avez toute ma sympa­thie, Mademoiselle. Jamais, comme aujourd’hui, je ne me suis aperçu à quel point notre métier est un sacerdoce. Continuez! Courage! Bravo! » Et il est parti, très vite, avec le directeur.

Nous, on l’aime bien, notre maîtresse, mais elle a été drôlement injuste. C’est grâce à nous qu’elle s’est fait féliciter, et elle nous a tous mis en rete­nue!

06 - Rex

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En sortant de l’école, j’ai suivi un petit chien. Il avait l’air perdu, le petit chien, il était tout seul et ça m’a fait beaucoup de peine. J’ai pensé que le petit chien serait content de trouver un ami et j’ai eu du mal à le rattraper. Comme le petit chien n’avait pas l’air d’avoir tellement envie de venir avec moi, il devait se méfier, je lui ai offert la moitié de mon petit pain au chocolat et le petit chien a mangé le petit pain au chocolat et il s’est mis à remuer la queue dans tous les sens et moi je l’ai appelé Rex, comme dans un film policier que j’avais vu jeudi dernier.

Après le petit pain, que Rex a mangé presque aussi vite que l’aurait fait Alceste, un copain qui mange tout le temps, Rex m’a suivi tout content. J’ai pensé que ce serait une bonne surprise pour papa et pour maman quand j’arriverais avec Rex à la maison. Et puis, j’apprendrais à Rex à faire des tours, il garderait la maison, et aussi, il m’aiderait à retrouver des bandits, comme dans le film de jeudi dernier.

Eh bien, je suis sûr que vous ne me croirez pas, quand je suis arrivé à la maison, maman n’a pas été tellement contente de voir Rex, elle n’a pas été contente du tout. Il faut dire que c’est un peu de la faute de Rex. Nous sommes entrés dans le salon et maman est arrivée, elle m’a embrassé, m’a demandé si tout s’était bien passé à l’école, si je n’avais pas fait de bêtises et puis elle a vu Rex et elle s’est mise à crier « Où as-tu trouvé cet animal? » Moi, j’ai commencé à expliquer que c’était un pauvre petit chien perdu qui m’aiderait à arrêter des tas de bandits, mais Rex, au lieu de se tenir tranquille, a sauté sur un fauteuil et il a commencé à mordre dans le coussin. Et c’était le fauteuil où papa n’a pas le droit de s’asseoir, sauf s’il y a des invités!

Maman a continué à crier, elle m’a dit qu’elle m’avait défendu de ramener des bêtes à la maison (c’est vrai, maman me l’a défendu la fois où j’ai ramené une souris), que c’était dangereux, que ce chien pouvait être enragé, qu’il allait nous mordre tous et qu’on allait tous devenir enragés et qu’elle allait chercher un balai pour mettre cet animal

dehors et qu’elle me donnait une minute pour sortir ce chien de la maison.

J’ai eu du mal à décider Rex à lâcher le coussin du fauteuil, et encore, il en a gardé un bout dans les dents, je ne comprends pas qu’il aime ça, Rex. Et puis, je suis sorti dans le jardin, avec Rex dans les bras. J’avais bien envie de pleurer. Alors, c’est ce que j’ai fait. Je ne sais pas si Rex était triste aussi, il était trop occupé à cracher des petits bouts de laine du coussin.

Papa est arrivé et il nous a trouvés tous les deux, assis devant la porte, moi en train de pleurer, Rex en train de cracher. «Eh bien, il a dit papa, qu’est-ce qui se passe ici?» Alors moi j’ai expliqué à papa que maman ne voulait pas de Rex et Rex c’était mon ami et j’étais le seul ami de Rex et il m’aiderait à retrouver des tas de bandits et il ferait des tours que je lui apprendrais et que j’étais bien malheureux et je me suis remis à pleurer un coup pendant que Rex se grattait une oreille avec la patte de derrière et c’est drôlement difficile à faire, on a essayé une fois à l’école et le seul qui y réussissait c’était Maixent qui a des jambes très longues.

Papa, il m’a caressé la tête et puis il m’a dit que maman avait raison, que c’était dangereux de ramener des chiens à la maison, qu’ils peuvent être malades et qu’ils se mettent à vous mordre et puis après, bing! tout le monde se met à baver et à être enragé et que, plus tard, je l’apprendrais à l’école, Pasteur a inventé un médicament, c’est un bienfaiteur de l’humanité et on peut guérir, mais ça fait très mal. Moi, j’ai répondu à papa que Rex n’était pas malade, qu’il aimait bien manger et qu’il était drôlement intelligent. Papa, alors, a regardé Rex et il lui a gratté la tête, comme il me fait à moi, quelquefois. « C’est vrai qu’il a l’air en bonne santé, ce petit chien », a dit papa et Rex s’est mis à lui lécher la main. Ça lui a fait drôlement plaisir à papa. «II est mignon », il a dit papa, et puis, il a tendu l’autre main et il a dit « La patte, donne la papatte, allons, la papatte, donne!» et Rex lui a donné la papatte et puis il lui a léché la main et puis il s’est gratté l’oreille, il était drôlement occupé, Rex. Papa, il rigolait et puis il m’a dit « Bon, attends-moi ici, je vais essayer d’arranger ça avec ta mère », et il est entré dans la maison. Il est chouette papa! Pendant que papa arrangeait ça avec maman, je me suis amusé avec Rex, qui s’est mis à faire le beau et puis comme je n’avais rien à lui donner à manger, il s’est remis à gratter son oreille, il est terrible, Rex!

Quand papa est sorti de la maison, il n’avait pas l’air tellement content. Il s’est assis à côté de moi, il m’a gratté la tête et il m’a dit que maman ne voulait pas du chien dans la maison, surtout après le coup du fauteuil. J’allais me mettre à pleurer, mais j’ai eu une idée. « Si maman ne veut pas de Rex dans la maison, j’ai dit, on pourrait le garder dans le jardin. » Papa, il a réfléchi un moment et puis il a dit que c’était une bonne idée, que dans le jardin Rex ne ferait pas de dégâts et qu’on allait lui construire une niche, tout de suite. Moi j’ai embrassé papa.

Nous sommes allés chercher des planches dans le grenier et papa a apporté ses outils. Rex, lui, il s’est mis à manger les bégonias, mais c’est moins grave que pour le fauteuil du salon, parce que nous avons plus de bégonias que de fauteuils.

Papa, il a commencé à trier les planches. « Tu vas voir, il m’a dit, on va lui faire une niche formidable, un vrai palais. — Et puis, j’ai dit, on va lui apprendre à faire des tas de tours et il va garder la maison! — Oui, a dit papa, on va le dresser pour chasser les intrus, Blédurt par exemple. » Monsieur Blédurt, c’est notre voisin, papa et lui, ils aiment bien se taquiner l’un l’autre. On s’amusait bien, Rex, moi et papa! Ça s’est un peu gâté quand papa a crié, à cause du coup de marteau qu’il s’est donne sur [e doigt et maman est sortie de la maison. « Qu’est-ce que vous faites? » a demandé maman. Alors moi, je lui ai expliqué que nous avions décidé, papa et moi, de garder Rex dans le jardin, là où il n’y avait pas de fauteuils et que papa lui fabriquait une niche et qu’il allait apprendre à Rex à mordre monsieur Blédurt, pour le faire enrager. Papa, il ne disait pas grand-chose, il se suçait le doigt et il regardait maman. Maman n’était pas contente du tout. Elle a dit qu’elle ne voulait pas de bête chez elle et regardez-moi un peu ce que cet animal a fait de mes bégonias! Rex a levé la tête et il s’est approché de maman en remuant la queue et puis il a fait le beau. Maman l’a regardé et puis elle s’est baissée et elle a caressé la tête de Rex et Rex lui a léché la main et on a sonné à la porte du jardin.

Papa est allé ouvrir et un monsieur est entré. Il a regardé Rex et il a dit : « Kiki! Enfin te voilà! Je te cherche partout! — Mais enfin, monsieur, a demandé papa, que désirez-vous? — Ce que je désire? a dit le monsieur. Je désire mon chien! Kiki s’est échappé pendant que je lui faisais faire sa petite promenade et on m’a dit qu’on avait vu un gamin l’emmener par ici. — Ce n’est pas Kiki, c’est Rex, j’ai dit. Et tous les deux on va attraper des bandits comme dans le film de jeudi dernier et on va le dresser pour faire des blagues à monsieur Blédurt! » Mais Rex avait l’air tout content et il a sauté dans les bras du monsieur. «Qui me prouve que ce chien est à vous, a demandé papa, c’est un chien perdu! — Et le collier, a répondu le monsieur, vous n’avez pas vu son collier? Il y a mon nom dessus! Jules Joseph Trempé, avec mon adresse, J’ai bien envie de porter plainte! Viens, mon pauvre Kiki, non mais! » et le monsieur est parti avec Rex.

On est restés tout étonnés, et puis maman s’est mise à pleurer. Alors, papa, il a consolé maman et il lui a promis que je ramènerais un autre chien, un de ces jours.

07 - Djodjo

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Nous avons eu un nouveau, en classe. L’après-­midi, la maîtresse est arrivée avec un petit garçon qui avait des cheveux tout rouges, des taches de rousseur et des yeux bleus comme la bille que j’ai perdue hier à la récréation, mais Maixent a triché. « Mes enfants, a dit la maîtresse, je vous présente un nouveau petit camarade. Il est étranger et ses parents l’ont mis dans cette école pour qu’il appren­ne à parler français. Je compte sur vous pour m’ai­der et être très gentils avec lui. » Et puis la maîtresse s’est tournée vers le nouveau et elle lui a dit « Dis ton nom à tes petits camarades. » Le nouveau n’a pas compris ce que lui demandait la maîtresse, il a souri et nous avons vu qu’il avait des tas de dents terribles. «Le veinard, a dit Alceste, un copain gros, qui mange tout le temps, avec des dents comme ça. il doit mordre des drôles de mor­ceaux! » Comme le nouveau ne disait rien, la maîtresse nous a dit qu’il s’appelait Georges Mac Intosh. «Yes, a dit le nouveau, Dgeorges. — Par­don, mademoiselle, a demandé Maixent, il s’appelle Georges ou Dgeorges? » La maîtresse nous a expliqué qu’il s’appelait Georges, mais que dans sa langue, ça se prononçait Dgeorges. «Bon, a dit Maixent, on l’appellera Jojo. — Non, a dit Joa­chim, il faut prononcer Djodjo. — Tais-toi, Djoachim », a dit Maixent et la maîtresse les a mis tous les deux au piquet.

La maîtresse a fait asseoir Djodjo à côté d’Agnan. Agnan avait l’air de se méfier du nouveau, comme il est le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse, il a toujours peur des nouveaux, qui peuvent devenir premiers et chouchous. Avec nous, Agnan sait qu’il est tranquille.

Djodjo s’est assis, toujours en faisant son sou­rire plein de dents. «C’est dommage que personne ne parle sa langue », a dit la maîtresse. « Moi je possède quelques rudiments d’anglais », a dit Agnan, qui, il faut le dire, parle bien. Mais après qu’Agnan eut sorti ses rudiments à Djodjo, Djodjo l’a regardé et puis il s’est mis à rire et il s’est tapé le front avec le doigt. Agnan était très vexé, mais Djodjo avait raison. Après, on a su qu’Agnan lui avait raconté des choses sur son tailleur qui était riche et sur le jardin de son oncle qui était plus grand que le chapeau de sa tante. Il est fou, Agnan!

La récréation a sonné et nous sommes sortis, tous, sauf Joachim, Maixent et Clotaire, qui étaient punis. Clotaire est le dernier de la classe et il ne savait pas sa leçon. Quand Clotaire est interrogé, il n’a jamais de récréation.

Dans la cour, on s’est mis tous autour de Djodjo. On lui a posé beaucoup de questions, mais lui, tout ce qu’il faisait, c’était nous montrer des tas de dents. Et puis, il s’est mis à parler, mais on n’a rien compris, ça faisait « oinshouinshouin » et c’est tout. « Ce qu’il y a, a dit Geoffroy qui va beaucoup au cinéma, c’est qu’il parle en version originale. Il lui faudrait des sous-titres. — Je pourrais peut-être traduire », a dit Agnan qui voulait essayer ses ru­diments encore un coup. «Bah, a dit Rufus, toi, tu es un dingue! » Ça, ça lui a plu, au nouveau, il a montré Agnan du doigt et il a dit : «Aoh! Dingue­dinguedingue! » Il était tout content.

gnan, lui, il est parti en pleurant, il pleure tout le temps, Agnan. Nous, on a commencé à le trouver drôle­ment chouette, Djodjo, et moi, je lui ai donné un bout de mon morceau de chocolat de la récréation. « Qu’est-ce qu’on fait comme sport dans ton pays? » a demandé Eudes. Djodjo, bien sûr, n’a pas compris, il continuait à dire « dingue-dingue dingue », mais Geoffroy a répondu « En voilà une question, ils jouent au tennis, chez eux! —Espèce de guignol, a crié Eudes, je ne te parle pas, à toi! — Espèce guignol! Dinguedingue! » a crié le nouveau qui avait l’air de beaucoup s’amuser avec flous. Mais Geoffroy n’avait pas aimé la façon dont lui avait répondu Eudes. « Qui est un guignol?» il a demandé et il a eu tort parce que Eudes est très fort et il aime bien donner des coups de poing sur les nez et ça n’a pas raté pour celui de Geoffroy.

uand il a vu le coup de poing, Djodjo s’est arrêté de dire « dinguedingue » et « espèce guignol ». Il a regardé Eudes et il a dit : « boxing? très bon! » Et il a mis ses poings devant sa figure et il a commencé. a danser tout autour d’Eudes comme les boxeurs à la télévision chez Clotaire, parce que nous on n’en a pas encore et moi je voudrais bien que papa en achète une. «Qu’est-ce qui lui prend? » a demandé Eudes. « Il veut faire de la boxe avec toi, gros malin! » a répondu Geoffroy qui se frottait le nez. Eudes a dit « bon » et il a essayé de boxer avec Djodjo. Mais Djodjo se débrouillait drôlement mieux qu’Eudes. Il lui donnait tout un tas de coups et Eudes commençait à se fâcher : « S’il ne laisse pas son nez en place, comment voulez-vous que je me batte? » il a crié et bing! Djodjo a donné un coup de poing à Eudes qui l’a fait tomber assis. Eudes n’était pas fâché. « T’es costaud! » il a dit en se relevant. «Costaud, dingue, espèce guignol! » a répondu le nouveau, qui apprend drôlement vite. La récréation s’est terminée, et, comme d’habitude, Alceste s’est plaint qu’on ne lui laissait pas le temps de terminer les quatre petits pains pleins de beurre qu’il apporte de chez lui.

En classe, quand nous sommes entrés, la maîtresse a demandé à Djodjo s’il s’était bien amusé, alors, Agnan s’est levé et il a dit : « Mademoiselle, ils lui apprennent des gros mots! — C’est pas vrai, sale menteur! » a crié Clotaire, qui n’était pas sorti en récréation. «Dingue, espèce guignol, sale menteur », a dit Djodjo tout fier.

Nous, on ne disait rien, parce qu’on voyait que la maîtresse n’était pas contente du tout. «Vous devriez avoir honte, elle a dit, de profiter d’un cama­rade qui ignore votre langue! Je vous avais deman­dé pourtant d’être gentils, mais on ne peut pas vous faire confiance! Vous vous êtes conduits comme des petits sauvages, des mal élevés! — Dingue, espèce guignol, sale menteur, sauvage, mal élevé », a dit Djodjo, qui avait l’air de plus en plus content d’apprendre tant de choses.

La maîtresse l’a regardé avec des yeux tout ronds. « Mais... mais, elle a dit, Georges, il ne faut pas dire des choses comme ça! — Vous avez vu, mademoiselle? Qu’est-ce que je vous disais? » a dit Agnan. « Si tu ne veux pas rester en retenue, Agnan, a crié la maîtresse, je te prierai de garder tes réflexions pour toi! » Agnan s’est mis à pleurer. « Vilain cafard! » a crié quelqu’un, mais la maîtresse n’a pas su qui c’était, sinon, j’aurais été puni, alors, Agnan s’est roulé par terre en criant que personne ne l’aimait, que c’était affreux et qu’il allait mourir, et la maîtresse a dû sortir avec lui pour lui passer de l’eau sur la figure et le calmer.
Quand la maîtresse est revenue, avec Agnan, elle avait l’air fatiguée, mais heureusement, la cloche a sonné la fin de la classe. Avant de partir, la maîtresse a regardé le nouveau et lui a dit : « Je me demande ce que tes parents vont penser. —Vilain cafard », a répondu Djodjo en lui donnant la main.

La maîtresse avait tort de s’inquiéter, parce que les parents de Djodjo ont dû penser qu’il avait appris tout le français dont il avait besoin.

La preuve, c’est que Djodjo n’est plus revenu à l’école.

08 - Le chouette bouquet

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C’est l’anniversaire de ma maman et j’ai décidé de lui acheter un cadeau comme toutes les années depuis l’année dernière, parce qu’avant j’étais trop petit.

J’ai pris les sous qu’il y avait dans ma tirelire et il y en avait beaucoup, heureusement, parce que, par hasard, maman m’a donné de l’argent hier. Je savais le cadeau que je ferais à maman : des fleurs pour mettre dans le grand vase bleu du salon, un bouquet terrible, gros comme tout.

A l’école, j’étais drôlement impatient que la classe finisse pour pouvoir aller acheter mon ca­deau. Pour ne pas perdre mes sous, j’avais ma main dans ma poche, tout le temps, même pour jouer au football à la récréation, mais, comme je ne joue pas gardien de but, ça n’avait pas d’impor­tance. Le gardien de but c’était Alceste, un copain qui est très gros et qui aime bien manger. « Qu’est-ce que tu as à courir avec une seule main? » il m’a demandé. Quand je lui ai expliqué que c’était parce que j ‘allais acheter des fleurs pour ma maman, il m’a dit que lui, il aurait préféré quelque chose à manger, un gâteau, des bonbons ou du boudin blanc, mais, comme le cadeau ce n’était pas pour lui, je n’ai pas fait attention et je lui ai mis un but. On a gagné par 44 à 32.

Quand nous sommes sortis de l’école, Alceste m’a accompagné chez le fleuriste en mangeant la moitié du petit pain au chocolat qui lui restait de la classe de grammaire. Nous sommes entrés dans le magasin, j’ai mis tous mes sous sur le comptoir et j’ai dit à la dame que je voulais un très gros bou­quet de fleurs pour ma maman, mais pas des bégonias, parce qu’il y en a des tas dans notre jardin et ce n’est pas la peine d’aller en acheter ailleurs. «Nous voudrions quelque chose de bien », a dit Alceste et il est allé fourrer son nez dans les fleurs qui étaient dans la vitrine, pour voir si ça sentait bon. La dame a compté mes sous et elle m’a dit qu’elle ne pourrait pas me donner beaucoup, beau­coup de fleurs. Comme j’avais l’air très embêté, la dame m’a regardé, elle a réfléchi un peu, elle m’a dit que j’étais un mignon petit garçon, elle m’a donné des petites tapes sur la tête et puis elle m’a dit qu’elle allait arranger ça. La dame a choisi des fleurs à droite et à gauche et puis elle a mis des tas de feuilles vertes et ça, ça a plu à Alceste, parce qu’il disait que ces feuilles ressemblaient aux légu­mes qu’on met dans le pot-au-feu. Le bouquet était très chouette et très gros, la dame l’a enveloppé dans un papier transparent qui faisait du bruit et elle m’a dit de faire attention en le portant. Comme J avais mon bouquet et qu’Alceste avait fini de sentir les fleurs, j’ai dit merci à la dame et nous sommes sortis.

J’étais tout content avec mon bouquet, quand nous avons rencontré Geoffroy, Clotaire et Rufus, trois copains de l’école. « Regardez Nicolas, a dit Geoffroy, ce qu’il peut avoir l’air andouille avec ses fleurs! — Tu as de la veine que j ‘aie des fleurs, je lui ai dit, sinon, tu recevrais une gifle! Donne-les-moi, tes fleurs, m’a dit Alceste, je veux bien les tenir pendant que tu gifles Geoffroy.» Alors, moi, j’ai donné le bouquet à Alceste et Geoffroy m’a donné une gifle. On s’est battus et puis j’ai dit qu’il se faisait tard, alors on s’est arrêtés. Mais j’ai dû rester encore un peu, parce que Clotaire a dit : « Regardez Alceste, maintenant c’est lui qui a l’air d’une andouille, avec les fleurs! » Alors, Alceste lui a donné un grand coup sur la tête, avec le bouquet.

« Mes fleurs! j’ai crié. Vous allez casser mes fleurs! » C’est vrai, aussi! Alceste, il donnait des tas de coups avec mon bouquet et les fleurs volaient de tous les côtés parce que le papier s’était déchiré et Clotaire criait « Ça ne me fait pas mal, ça ne me fait pas mal! »

Quand Alceste s’est arrêté, Clotaire avait la tête couverte par les feuilles vertes du bouquet et c’est vrai que ça ressemblait drôlement à un pot-au-feu. Moi, j’ai commencé à ramasser mes fleurs et je leur disais, à mes copains, qu’ils étaient méchants. « C’est vrai, a dit Rufus, c’est pas chouette ce que vous avez fait aux fleurs de Nicolas! — Toi, on ne t’a pas sonné! » a répondu Geoffroy et ils ont com­mencé à se donner des gifles. Alceste, lui, est parti de son côté, parce que la tête de Clotaire lui avait donné faim et il ne voulait pas être en retard pour le dîner.

Moi, je suis parti avec mes fleurs. Il en manquait, il n’y avait plus de légumes ni de papier, mais ça faisait encore un beau bouquet, et puis, plus loin, j’ai rencontré Eudes.

«Tu fais une partie de billes? » il m’a demandé, Eudes. «Je ne peux pas, je lui ai répondu, il faut que je rentre chez moi donner ces fleurs à ma maman. » Mais Eudes m’a dit qu’il était encore de bonne heure et puis moi, j’aime bien jouer aux billes, je joue très bien, je vise et bing! presque toujours, je gagne. Alors, j’ai rangé les fleurs sur le trottoir et j’ai commencé à jouer avec Eudes et c’est chouette de jouer aux billes avec Eudes, parce qu’il perd souvent. L’ennui, c’est que quand il perd il n’est pas content et il m’a dit que je trichais et moi je lui ai dit qu’il était un menteur, alors, il m’a poussé et je suis tombé assis sur le bouquet et ça ne leur a pas fait du bien aux fleurs. «Je le dirai à maman, ce que tu as fait à ses fleurs », je lui ai dit à Eudes et Eudes était bien embêté. Alors, il m’a aidé à choisir les fleurs qui étaient les moins écrasées. Moi je l’aime bien Eudes, c’est un bon copain.

Je me suis remis à marcher, mon bouquet, il n’était plus bien gros, mais les fleurs qui restaient, ça allait; une fleur était un peu écrasée, mais les deux autres étaient très bien. Et alors, j ‘ai vu arri­ver Joachim sur son vélo. Joachim, c’est un copain d’école qui a un vélo.

Alors, là, j’ai bien décidé de ne pas me battre, parce que si je continuais à me disputer avec tous les copains que je rencontrais dans la rue, bientôt, il ne me resterait plus de fleurs pour donner à ma maman. Et puis, après tout, ça ne les regarde pas les copains, si je veux offrir des fleurs à ma maman, c’est mon droit et puis moi, je crois qu’ils sont jaloux, tout simplement, parce que ma maman va être très contente et elle va me donner un bon dessert et elle va dire que je suis très gentil et puis qu’est-ce qu’ils ont tous à me taquiner?

« Salut, Nicolas! » il m’a dit, Joachim. « Qu’est ce qu’il a mon bouquet? j’ai crié à Joachim. An douille toi-même! » Joachim a arrêté son vélo, il m’a regardé avec des yeux tout ronds et il m’a demandé : «Quel bouquet? — Celui-ci! » je lui ai répondu et je lui ai envoyé les fleurs à la figure. Je crois que Joachim ne s’attendait pas à recevoir des fleurs sur la figure, en tout cas, ça ne lui a pas plu du tout. Il a jeté les fleurs dans la rue et elles sont tombées sur le toit d’une auto qui passait et elles sont parties avec l’auto. « Mes fleurs! j’ai crié. Les fleurs de ma maman! — T’en fais pas, m’a dit Joachim, je prends le vélo et je rattrape l’auto! » Il est gentil, Joachim, mais il ne pédale pas vite, surtout quand ça monte, et pourtant, il s’entraîne pour le Tour de France qu’il fera quand il sera grand. Joachim est revenu en me disant qu’il n’avait pas pu rattraper l’auto, qu’elle l’avait lâché dans un col. Mais il me ramenait une fleur qui était tombée du toit de l’auto. Pas de chance, c’était celle qui était écrasée.

Joachim est parti très vite, ça descend pour aller chez lui, et moi, je suis rentré à la maison, avec ma fleur toute chiffonnée. J’avais comme un grosse boule dans la gorge. Comme quand je ramène mon Carnet de classe à la maison avec des zéros dedans.

J’ai ouvert la porte et j’ai dit à maman «Joyeux anniversaire, maman» et je me suis mis à pleurer. Maman a regardé la fleur, elle avait l’air un peu étonnée, et puis, elle m’a pris dans ses bras, elle m’a embrassé des tas et des tas de fois, elle a dit qu’elle n’avait jamais reçu un aussi beau bouquet et elle a mis la fleur dans le grand vase bleu du salon.

Vous direz ce que vous voudrez, mais ma maman, elle est chouette!

09 - Les carnets

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Cet après-midi, à l’école, on n’a pas rigolé, parce que le directeur est venu en classe nous distribuer les carnets. Il n’avait pas l’air content, le directeur, quand il est entré avec nos carnets sous le bras. «Je suis dans l’enseignement depuis des années, il a dit, le directeur, et je n’ai jamais vu une classe aussi dissipée. Les observations portées sur vos carnets par votre maîtresse en font foi. Je vais commencer à distribuer les carnets. » Et Clotaire s’est mis à pleurer. Clotaire c’est le dernier de la classe et tous les mois, dans son carnet, la maîtresse écrit des tas de choses et le papa et la maman de Clotaire ne sont pas contents et le privent de dessert et de télévision. Ils sont tellement habitués, m’a raconté Clotaire, qu’une fois par mois, sa maman ne fait pas de dessert et son papa va voir la télévision chez des voisins.

Sur mon carnet à moi il y avait : «Élève turbulent, souvent distrait. Pourrait faire mieux. » Eudes avait : « Elève dissipé. Se bat avec ses camarades. Pourrait faire mieux. » Pour Rufus, c’était : «Persiste à jouer en classe avec un sifflet à roulette, maintes fois confisqué. Pourrait faire mieux. » Le seul qui ne pouvait pas faire mieux, c’était Agnan. Agnan, c’est le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse. Le directeur nous a lu le carnet d’Agnan : « Elève appliqué, intelligent. Arrivera. » Le directeur nous a dit qu’on devait suivre l’exemple d’Agnan, que nous étions des petits vauriens, que nous finirions au bagne et que ça ferait sûrement beaucoup de peine à nos papas et à nos mamans qui devaient avoir d’autres projets pour nous. Et puis il est parti.

Nous, on était bien embêtés, parce que les car nets, nos papas doivent les signer et ça, ce n’est pas toujours très rigolo. Alors, quand la cloche a sonné la fin de la classe, au lieu de courir tous à la porte, de nous bousculer, de nous pousser et de nous jeter nos cartables à la tête comme nous le faisons d’habitude, nous sommes sortis doucement, sans rien dire. Même la maîtresse avait l’air triste. Nous, on ne lui en veut pas à la maîtresse. Il faut dire que ce mois-ci, on a un peu fait les guignols et puis Geoffroy n’aurait pas dû renverser son encrier par terre sur Joachim qui était tombé en faisant des tas de grimaces parce que Eudes lui avait donné un coup de poing sur le nez alors que c’était Rufus qui lui avait tiré les cheveux à Eudes.

Dans la rue, nous marchions pas vite, en traînant les pieds. Devant la pâtisserie on a attendu Alceste qui était entré acheter six petits pains au chocolat qu’il a commencé à manger tout de suite. «Il faut que je fasse des provisions, il nous a dit Alceste, parce que ce soir, pour le dessert... » et puis il a poussé un gros soupir, tout en mâchant. Il faut dire que sur le carnet d’Alceste, il y avait « Si cet élève mettait autant d’énergie au travail qu’à se nourrir, il serait le premier de la classe, car il pourrait faire mieux. »

Celui qui avait l’air le moins embêté, c’était Eudes. « Moi, il a dit, je n’ai pas peur. Mon papa, il ne me dit rien, je le regarde droit dans les yeux et puis lui, il signe le carnet et puis voilà! » Il a de la veine, Eudes. Quand on est arrivés au coin, on s’est séparés. Clotaire est parti en pleurant, Alceste en mangeant et Rufus en sifflant tout bas dans son sifflet à roulette.

Moi, je suis resté tout seul avec Eudes. « Si tu as peur de rentrer chez toi, c’est facile, m’a dit Eudes. Tu viens chez moi et tu restes coucher à la maison. » C’est un copain Eudes. Nous sommes partis ensemble et Eudes m’expliquait comment il regardait son papa dans les yeux. Mais, plus on s’approchait de la maison de Eudes, moins Eudes parlait. Quand on s’est trouvés devant la porte de la maison, Eudes ne disait plus rien. On est restés là un moment et puis j’ai dit à Eudes « Alors, on entre? » Eudes s’est gratté la tête et puis il m’a dit « Attends-moi un petit moment. Je reviendrai te chercher. » Et puis Eudes est entré chez lui. Il avait laissé la porte entrouverte, alors j ‘ai entendu une claque, une grosse voix qui disait : «Au lit sans dessert, petit bon à rien » et Eudes qui pleurait. Je crois que pour ce qui est des yeux de son papa, Eudes n’a pas dû bien regarder.

Ce qui était embêtant, c’est que maintenant il fallait que je rentre chez moi. J’ai commencé à marcher en faisant attention de ne pas mettre les pieds sur les raies entre les pavés, c’était facile parce que je n’allais pas vite. Papa, je savais bien ce qu’il me dirait. Il me dirait que lui était toujours le premier de sa classe et que son papa à lui était très fier de mon papa à moi et qu’il ramenait de l’école des tas de tableaux d’honneur et de croix et qu’il aimerait me les montrer, mais qu’il les a perdus dans le déménagement quand il s’est marié. Et puis, papa me dirait que je n’arriverais à rien, que je serais pauvre et que les gens diraient ça c’est Nicolas, celui qui avait des mauvaises notes à l’école, et ils me montreraient du doigt et je les ferais rigoler.

Après, papa me dirait qu’il se saignait aux quatre veines pour me donner une éducation soignée et pour que je sois armé pour la vie et que moi j’étais un ingrat et que je ne souffrais même pas de la peine que je faisais à mes pauvres parents et que je n’aurai pas de dessert et pour ce qui est du cinéma, on attendra le prochain carnet.

Il va me dire tout ça, mon papa, comme le mois dernier et le mois d’avant, mais moi, j’en ai assez. Je vais lui dire que je suis très malheureux, et Puisque c’est comme ça, eh bien je vais quitter la maison et partir très loin et on me regrettera beaucoup et je ne reviendrai que dans des tas d’années et j’aurai beaucoup d’argent et papa aura honte de m’avoir dit que je n’arriverai à rien et les gens n’oseront pas me montrer du doigt pour rigoler et avec mon argent j ‘emmènerai papa et maman au cinéma et tout le monde dira : « Regardez, c’est Nicolas qui a des tas d’argent et le cinéma c’est lui qui le paie à son papa et à sa maman, même s’ils n’ont pas été très gentils avec lui » et au cinéma, j’emmènerai aussi la maîtresse et le directeur de l’école et je me suis trouvé devant chez moi.

En pensant à tout ça et me racontant des chouettes histoires, j’avais oublié mon carnet et j’avais marché très vite. J’ai eu une grosse boule dans la gorge et je me suis dit que peut-être il valait mieux partir tout de suite et ne revenir que dans des tas d’années, mais il commençait à faire nuit et maman n’aime pas que je sois dehors quand il est tard. Alors, je suis entré.

Dans le salon, papa était en train de parler avec maman. Il avait des tas de papiers sur la table devant lui et il n’avait pas l’air content. « C’est incroyable, disait papa, à voir ce que l’on dépense dans cette maison, on croirait que je suis un multimillionnaire! Regarde-moi ces factures! Cette facturé du boucher! Celle de l’épicier! Oh, bien sûr, l’argent c’est moi qui dois le trouver! » Maman n’était pas contente non plus et elle disait à papa qu’il n’avait aucune idée du coût de la vie et qu’un jour il devrait aller faire des courses avec elle et qu’elle retournerait chez sa mère et qu’il ne fallait pas discuter de cela devant l’enfant. Moi, alors, j’ai donné le carnet à papa. Papa, il a ouvert le carnet, il a signé et il me l’a rendu en disant : « L’enfant n’a rien à voir là-dedans. Tout ce que je demande, c’est que l’on m’explique pourquoi le gigot coûte ce prix-là! — Monte jouer dans ta chambre, Nicolas », m’a dit maman. « C’est ça, c’est ça », a dit papa.

Je suis monté dans ma chambre, je me suis couché sur le lit et je me suis mis à pleurer.

C’est vrai ça, si mon papa et ma maman m’aimaient, ils s’occuperaient un peu de moi!

10 - Louisette

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Je n’étais pas content quand maman m’a dit qu’une de ses amies viendrait prendre le thé avec sa petite fille. Moi, je n’aime pas les filles. C’est bête, ça ne sait pas jouer à autre chose qu’à la poupée et à la marchande et ça pleure tout le temps. Bien sûr, moi aussi je pleure quelquefois, mais c’est pour des choses graves, comme la fois où le vase du salon s’est cassé et papa m’a grondé et ce n’était pas juste parce que je ne l’avais pas fait exprès et puis ce vase il était très laid et je sais bien que papa n’aime pas que je joue à la balle dans la maison, mais dehors il pleuvait.

« Tu seras bien gentil avec Louisette, m’a dit maman, c’est une charmante petite fille et je veux que tu lui montres que tu es bien élevé. »

Quand maman veut montrer que je suis bien élevé, elle m’habille avec le costume bleu et la chemise blanche et j’ai l’air d’un guignol. Moi j’ai dit à maman que j‘aimerais mieux aller avec les copains au cinéma voir un film de cow-boys, mais maman elle m’a fait des yeux comme quand elle n’a pas envie de rigoler.

« Et je te prie de ne pas être brutal avec cette petite fille, sinon, tu auras affaire à moi, a dit maman, compris? » A quatre heures, l’amie de maman est venue avec sa petite fille. L’amie de maman m’a embrassé, elle m’a dit, comme tout le monde, que j’étais un grand garçon, elle m’a dit aussi « Voilà Louisette. » Louisette et moi, on s’est regardés. Elle avait des cheveux jaunes, avec des nattes, des yeux bleus, un nez et une robe rouges. On s’est donné les doigts, très vite. Maman a servi le thé, et ça, c’était très bien, parce que, quand il y a du monde pour le thé, il y a des gâteaux au chocolat et on peut en reprendre deux fois.

endant le goûter, Louisette et moi on n’a rien dit. On a mangé et on ne s’est pas regardés. Quand on a en fini, maman a dit : «Maintenant, les enfants, allez vous amuser. Nicolas, emmène Loui­sette dans ta chambre et montre-lui tes beaux jouets. » Maman elle a dit ça avec un grand sourire, mais en même temps elle m’a fait des yeux, ceux avec lesquels il vaut mieux ne pas rigoler. Louisette et moi on est allés dans ma chambre, et là, je ne savais pas quoi lui dire. C’est Louisette qui a dit, elle a dit «Tu as l’air d’un singe. » Ça ne m’a pas plu, ça, alors je lui ai répondu : « Et toi, tu n’es qu’une fille! » et elle m’a donné une gifle. J’avais bien envie de me mettre à pleurer, mais je me suis retenu, parce que maman voulait que je sois bien élevé, alors, j’ai tiré une des nattes de Louisette et elle m’a donné un coup de pied à la cheville. Là, il a fallu quand même que je fasse « ouille, ouille »parce que ça faisait mal. J’allais lui donner une gifle, quand Louisette a changé de conversation, elle m’a dit « Alors, ces jouets, tu me les mon­tres? » J’allais lui dire que c’était des jouets de garçon, quand elle a vu mon ours en peluche, celui que j’avais rasé à moitié une fois avec le rasoir de papa. Je l’avais rasé à moitié seulement, parce que le rasoir de papa n’avait pas tenu le coup. « Tu joues à la poupée? » elle m’a demandé Louisette, et puis elle s’est mise à rire. J’allais lui tirer une natte et Louisette levait la main pour me la mettre sur la figure, quand la porte s’est ouverte et nos deux mamans sont entrées. « Alors, les enfants, a dit maman, vous vous amusez bien? — Oh, oui madame! » a dit Louisette avec des yeux tout ouverts et puis elle a fait bouger ses paupières très vite et maman l’a embrassée en disant : «Adorable, elle est adorable! C’est un vrai petit poussin! » et Louisette travaillait dur avec les paupières. «Montre tes beaux livres d’images à Louisette », m’a dit ma maman, et l’autre maman a dit que nous étions deux petits poussins et elles sont parties.

Moi, j’ai sorti mes livres du placard et je les ai donnés à Louisette, mais elle ne les a pas regardés et elle les a jetés par terre, même celui où il y a des tas d’Indiens et qui est terrible : « Ça ne m’inté­resse pas tes livres, elle m’a dit, Louisette, t’as pas quelque chose de plus rigolo? » et puis elle a regardé dans le placard et elle a vu mon avion, le chouette, celui qui a un élastique, qui est rouge et qui vole. « Laisse ça, j’ai dit, c’est pas pour les filles, c’est mon avion! » et j’ai essayé de le repren­dre, mais Louisette s’est écartée. «Je suis l’invitée, elle a dit, j’ai le droit de jouer avec tous tes jouets, et situ n’es pas d’accord, j’appelle ma maman et on verra qui a raison! » Moi, je ne savais pas quoi faire, je ne voulais pas qu’elle le casse, mon avion, mais je n’avais pas envie qu’elle appelle sa maman, parce que ça ferait des histoires. Pendant que j’étais là, à penser, Louisette a fait tourner l’hélice pour remonter l’élastique et puis elle a lâché l’avion. Elle l’a lâché par la fenêtre de ma chambre qui était ouverte, et l’avion est parti. « Regarde ce que tu as fait, j’ai crié. Mon avion est perdu! » et je me suis mis à pleurer. « Il n’est pas perdu, ton avion, bêta, m’a dit Louisette, regarde, il est tombé dans le jardin, on n’a qu’à aller le chercher. »

Nous sommes descendus dans le salon et j’ai demandé à maman si on pouvait sortir jouer dans le jardin et maman a dit qu’il faisait trop froid, mais Louisette a fait le coup des paupières et elle a dit qu’elle voulait voir les jolies fleurs. Alors, ma maman a dit qu’elle était un adorable poussin et elle a dit de bien nous couvrir pour sortir. Il faudra que j’apprenne, pour les paupières, ça a l’air de marcher drôlement, ce truc!
Dans le jardin, j’ai ramassé l’avion, qui n’avait rien, heureusement, et Louisette m’a dit : «Qu’est-ce qu’on fait? Je ne sais pas, moi, je lui ai dit, tu voulais voir les fleurs, regarde-les, il y en a des tas par là. » Mais Louisette m’a dit qu’elle s’en moquait de mes fleurs et qu’elles étaient minables. J’avais bien envie de lui taper sur le nez, à Loui­sette, mais je n’ai pas osé, parce que la fenêtre du salon donne sur le jardin, et dans le salon il y avait les mamans. « Je n’ai pas de jouets, ici, sauf le ballon de football, dans le garage. » Louisette m’a dit que ça, c’était une bonne idée. On est ailes chercher le ballon et moi j ‘étais très embêté, j ‘avals peur que les copains me voient jouer avec une fille. « Tu te mets entre les arbres, m’a dit Louisette, et tu essaies d’arrêter le ballon. »

Là, elle m’a fait rire, Louisette, et puis. elle a pris de l’élan et, boum! un shoot terrible! La balle, je n’ai pas pu l’arrêter, elle a cassé la vitre de la fenêtre du garage.

Les mamans sont sorties de la maison en courant. Ma maman a vu la fenêtre du garage et elle a com­pris tout de suite. «Nicolas! elle m’a dit, au lieu de Jouer à des jeux brutaux, tu ferais mieux de t’occu­per de tes invités, surtout quand ils sont aussi gentils que Louisette! » Moi, j’ai regardé Louisette, elle était plus loin, dans le jardin, en train de Sentir les bégonias.

Le soir, j ‘ai été privé de dessert, mais ça ne fait rien, elle est chouette, Louisette, et quand on sera grands, on se mariera.

Elle a un shoot terrible!


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