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Lors d’une récente séance du Parlement hongrois, le Président de l’Assemblée, László Kövér (proche de Viktor Orbán) a rudement tancé des députés qui avaient introduit un drapeau de l’Europe dans l’hémicycle; les sommant, la voix tremblante de rage, de faire immédiatement évacuer cet objet indésirable. Arguant du fait que „nous sommes dans une enceinte nationale et non européenne”. Il avait déjà, il y a peu, frappé d’une lourde amende une députée qui avait eu le toupet (scandale!) d’agiter un drapeau européen à une fenêtre du Parlement lors d’une manifestation.

 

Ok. Mais alors, pourquoi cet immense drapeau sicule qui  flotte en permanence depuis de longs mois sur la façade du Parlement ? Certes la Terre sicule (Székelyföld) est peuplée de Hongrois et peut prétendre à un statut d’autonomie. Mais elle n’en demeure pas moins une région officielle de l’Etat roumain. Donc deux poids deux mesures?

 

Le drapeau sicule flotte sur le Parlement de Budapest 

(mais pas de drapeau de l'Europe...)

Pauvre Europe ! Si, dans son Olympe, notre belle princesse phénicienne a encore des oreilles pour entendre ce qui se dit ici-bas sur les rives du Danube, alors elles doivent sacrément siffler, ses pauvres oreilles !.. Car, contrairement à son  prestigieux prédecesseur Zeus, ce n’est pas vraiment le grand amour entre notre Premier ministre Vikltor Orbán et elle. Il est même de bon ton, dans son entourage, de casser du sucre sur elle, mêlant dans un même panier Europe, Bruxelles et tout ce qui s’ensuit. Petit détail qui en dit long: à chaque apparition du Premier ministre ou de son porte-parole, le décor de fond est formé d’une suite impressionnante de drapeaux hongrois (j’en ai compté jusqu’à 18) sans le moindre drapeau européen... Jolies couleurs au demeurant mais tout de même...

Je sais qu’il est de bon ton de taper sur Bruxelles, et ce pas seulement en Hongrie, mais aussi en France.  Reproches pour beaucoup justifiés. Sauf que..., à la différence des pays „donneurs”, telle l’Allemagne, mais aussi la France, la Hongrie voit ses investissements largement financés par Bruxelles, à hauteur de 97%, reconnus de source officielle. Bref, sans les sousous de Bruxelles, pas de voierie rénovée, pas d’aménagements urbains, pas de tram, pas de métro, pas de ... rien du tout. Vous me direz que ce n’est pas une raison pour aller faire des courbettes à ces messieurs de Bruxelles. Certes, mais qui devrait tout-de-même dispenser nos harangueurs de foules de leur de cracher dessus...(voire de les comparer aux chars russes de 1956!)   

Bien des reproches peuvent être formulés à l’égard des technocrates de Bruxelles qui ont la manie de chinoiser, d’enculer des mouches et de se mêler de tout pour nous imposer des règles tatillonnes, parfois mesquines.

 

 

La belle Europe enlevée par Zeus (déguisé en taureau). Et Orbán ?

 

Le problème avec Viktor Orbán et ses zélateurs est que leur critique se situe bien au-delà, plus profonde et inquiétante. Elle porte sur les principes mêmes de ce qui a fait l’Europe. Ce qu’ils lui reprochent est de symboliser les valeurs pour eux dépassées d’une société libérale et démocratique. D’abord à mots couverts, puis ouvertement, comme l’a fait récemment Viktor Orbán dans un discours désormais célèbre (*).  Discours où, citant comme ses modèles la Russie, la Chine et la Turquie, Viktor Orbán déclara: „la Hongrie devra construire désormais  un Etat illibéral  basé sur le  travail,  la démocratie à l’occidentale ayant fait son temps”.Orientation  que ne fait que confirmer la récente visite officielle du Président azéri Ilham Aliyev, au cours de laquelle Viktor Orbán n’hésita pas à qualifier l’Azerbaïdjan d’Etat modèle (mintaállam).

Au-delà de cet aspect politique ou diplomatique, tourner le dos à l’Europe revient à renier les attaches culturelles de la Hongrie. Des écrivains, poètes, peintres, musiciens ou photographes, la liste de ceux qui vécurent à Paris, Berlin ou Munich est impressionnante. Il suffit, pour s’en convaincre, de déambuler dans les rues du Quartier latin, couvertes de plaques commémoratives (Endre Ady, Miklós Radnóti, Attila József, pour ne citer qu’eux). Et quel nom fut donné à la revue qui, de 1908 à 1941, rassembla l’avant-garde de la culture hongroise, prônant modernité et progrès? Nyugat, ce qui signifie Occident.      

Alors, cher Monsieur Kövér à la belle moustache, ne vous hâtez pas trop de mettre au rencart le drapeau aux douze étoiles. Je sais votre nostalgie des ancêtres glorieux venus de l’Oural, prétendûment issus de la fière race touranienne (**). Mais sachez que depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts du Danube et que, ne vous en déplaise, la Hongrie fait bien partie de l’Europe en ce XXIème siècle et peut en être fière.    

PW – 20 nov. 2014

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(*): le 26 juillet, lors d’une université d’été de son parti qui s’est tenue à Băile Tuşnad en Roumanie (Tusnádfürdő, en hongrois), région de Transylvanie à majorité magyarophone.

cf. infra „Hongrie:Viktor Orbán pour un État „illibéral” (PW, 24.07.2014)

(**): le touranisme est un courant idéologique politique dont le but est l'union des peuples de langues turques et finno-ougriennes au sein d'une entité nommée Touran. Le touranisme est basé sur une hypothétique origine commune aux deux groupes linguistiques et, par extension, d'un « super-groupe » ouralo-altaïque, selon une théorie aujourd'hui largement abandonnée. (Wikipédia)

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