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Petit plaidoyer pour le couple Paris-Budapest

A l’époque où je travaillais à Budapest (milieu des années 90), l’un de mes amis, en poste à Vienne, était fréquemment amené à se rendre ici avec son épouse pour son travail. Inversement, ma femme et moi , leur rendions de temps à autre visite à Vienne où ils avaient la gentillesse de nous héberger. Et les mêmes remarques de revenir inlassablement sur nos lèvres: „Enfin, une ville propre et bien entretenue!”, leur lancions-nous, à peine débarqués chez eux. Et eux en retour „Enfin une ville oú l’on ne s’ennuie pas!” à propos de Budapest. Bref, plus verte est l’herbe du voisin....

Il est vrai, je dois l’avouer, qu’au retour de chacune de mes visites à Vienne, ce n’est pas sans un certain plaisir qu’après m’être repu des beautés et charmes de notre Sissistadt, je retrouve, en descendant du train, ma chère Budapest. Pas un modèle de perfection, loin de là ! Avec ses vieux bus slalomant allègremement entre nids de poules, ses klaxons et son puzzle de façades tantôt flamboyantes, tantôt délabrées; mais au moins pas ennuyeuse pour un sou, voire offrant une certaine animation. Bref, une petite dose de vitamine C bienvenue après le sédatif viennois. Ceci non pas pour débiner Vienne que j’adore... Que j’adore ... le temps d’un week-end ou d’une petite semaine, et non pour y vivre à longueur d’année.

Que les amoureux de Vienne (dont je suis) ne m’en fassent pas reproche ! Car je suis le premier à me délecter de ses beaux jardins et parcs, de ses palais et façades classiques, derrière lesquelles je m’attendrais presque à voir surgir un Beethoven ou Schubert ressuscités, sans parler de ses pâtisseries,.. mais aussi avec leurs vielles dames dames gantées en chapeau à plume et messieurs en loden, d’un autre temps, sans parler de cet accent traînant à vous faire fondre, mais aussi un peu sourire... Charmant, mignon tout plein, mais un peu vieux jeu, tout de même...

Mais bon, quittons un moment les rives du Danube et rendons-nous du côté de la Seine. Pour le coup, je n’oserais pas jurer que l’herbe y paraît plus belle. Du moins à en juger par des remarques souvent entendues ou lues autour de moi: „Paris? Ville salle, habitants désagréables, serveurs insolents, etc.” Bref, plutôt jauni et transformé en paillasson, notre beau tapis d’herbe... Certes, elles ne reflètent probablement pas l’opinion de la majorité, du moins l’espéré-je... Néanmoins, ces remarques suffisent à me faire réagir par un petit plaidoyer qui, s’il ne convaincra pas forcément, m’aura du moins défoulé...

Le thème a déjà été mille fois ressassé, mais une petite piqûre de rappel ne serait peut-être pas de trop...

Première remarque: pourquoi vouloir toujours mettre les deux villes en concurrence? Question qui m’est mille fois ici posée: „Dans laquelle des deux préférez-vous vivre, Budapest ou Paris?” Du même niveau que „Qui préfères-tu, mon petit, ton papa ou ta maman?”. Les deux... A la fois riches en similitudes (grandes artères, immeubles fin XIXème de caractère „hausmannien”) et en contrastes (taille des édifices, largeur des fleuves, nombre et aspect des ponts, configuration du terrain), bien malin qui saurait faire un choix tranché.

Paris-Budapest, deux lieux de détente très prisés: le Luxembourg et le Corso (photos Pierre Waline)

Procéder en tout et sur tout à un classement, voilà une manie à la longue agaçante - .. et prétentieuse -, largement répandue de nos jours où nous vivons au rythme incessant des compétitions. Tels ces sondages dont se gavent les médias, surtout anglo-saxons, pour prétendre déterminer quel pays ou quelle ville remporte la palme de ceci ou de cela et dont semblent friands leurs lecteurs.

Je me garderai ici de retomber dans le piège qui consisterait une fois de plus à dresser un inventaire des points forts et points faibles de chacune. Sujet bateau un peu trop facile, mais aussi superficiel. L’impression que l’on retient d’une ville ne dépend pas seulement de son patrimoine, de son site ou de la faune que l’on croise, mais aussi de mille autres facteurs aléatoires, tels la saison, la couleur du ciel, les manifestations organisées au moment donné, ou tout bonnement l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvons alors.

Bien évidemment, des préférences peuvent s’imposer d’elles-mêmes dans des cas flagrants. Chatellereault n’offre pas les charmes de Tolède, ni Miskolc ceux de Salzbourg ou Aix-en-Provence (encore que ... je m’ennuierais mortellement à Salzbourg, ville détestée de Mozart..). Mais si nous élevons le débat au niveau des métropoles européennes, telles Vienne, Prague, Barcelonne, Paris, Amsterdam, Rome, Madrid ou Budapest, la mise en concurrence n’a plus guère de sens. Par ailleurs, le fait d’aimer vivre ou non dans une ville n’est pas forcément lié à son attrait purement touristique, „esthétique”. Le plaisir qu’éprouvent deux amants à vivre ensemble est-il en rapport direct avec leurs mensurations ou autres atouts ou performances physiques? Que non, fort heureusement ! De plus, contrairement aux normes de la relation homme-femme, rien n’interdit de fréquenter deux villes à la fois (et même une troisième!). Tel est mon cas: l’élégante et blonde Paris m’attire tout autant que la sauvageonne et brune Budapest (moyennant quelques clins d’oeil furtifs au passage en direction de Madrid... et New York). Pour des raisons différentes, parfois irrationnelles. Tantôt l’une, tantôt l’autre me manque ou m’attire, elles se complètent...

N’allons donc pas chercher la petite bête et ne recommençons pas à jouer au petit jeu des comparaisons, comme je l’entends de beaucoup de touristes de retour de voyage... Ou alors ils n’ont rien compris, rien senti et perdu leur temps. (Réaction dans laquelle je soupçonne aussi un brin de jalousie..) Du genre, entendu par une amie sur un bord de mer en Grèce (sic!): „Ça ne vaut pas notre Balaton”, ou, à l’inverse, d’un Français qui déplorerait que le lac Balaton n’est pas le lac du Bourget... Et oui, mon cher Monsieur, les montagnes en moins, mais regardez donc la couleur de cette eau soyeuse et le charme de ces pentes vocaniques couvertes de vignobles. De même que ceux qui reprochent à Paris l’étroitesse de la Seine (re-sic!) restent aveugles (je les plains..) au charme de ses quais et de ses ponts qui se suivent dans une ravissante enfilade...

Bref, tout cela pour nous inviter les uns, les autres à manifester plus de réserve, plus de nuance et surtout plus de modestie dans les jugements que nous exprimons à l’occasion de nos voyages. Pour ce qui me concerne, je pense plus particulièrement au couple Paris-Budapest. Bien sûr, il serait bien aisé, trop facile de trouver chez l’une ou l’autre tel ou tel vice. Et alors?

Ne gâchons donc pas notre plaisir et sachons jouir à pleines mains des richesses qu’elles nous proposent, des beaux moments qu’elles peuvent nous procurer, des spectacles qu’elles nous offrent, de cette vie où nous prenons notre part active, même si, comme pour tout couple, il nous arrive de vouloir être seul et de nous tenir à l’écart le temps d’un petit spleen, mais jamais pour bien longtemps.

La ville est un théâtre, un spectacle vivant. Cela, je le ressens fort bien dans l’une et dans l’autre et je bénis le ciel de m’avoir offert cette occasion d’en jouir tant au bord de la Seine que du Danube, au gré de mes humeurs....

PW – 20 janvier 2014

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