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Egy francia Magyarországon - Pierre Waline blogja

Francia születésű, nyugdijas vagyok, Pesten élek. Szeretek itt élni, szeretem Magyarrszágot, a nyelvet, a kultúrát, de jó néha hazamenni Párizsba is. Szeretem a klasszikus zenét. Fontos számomra a kommunikáció, meg a harc az intolerancia és a rasszizmus ellen.

Bof....
Déteste par dessus tout l'intolérance, le nationalisme et le racisme, encore trop répandus...
Mindenek elött a nacionálzmus, az intolerancia és a racizmus ellen szeretnék küzdeni, amelyek sajnos tul gyakori jelenségek a mai világban...

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„J´ai eu la chance de pouvoir résider et travailler comme ambassadrice pendant quatre ans en Hongrie et je suis tombée sous le charme de ce pays et de sa langue comme de très nombreux Français qui y ont résidé. J´ai été en outre frappée tout au long de ma mission par l´incroyable richesse et ancienneté des relations entre nos deux pays, mais aussi par la méconnaissance entre nos deux peuples.” Tels sont les termes par lesquels Pascale Andreani introduit l´ouvrage qu´elle vient de publier sous le titre „Le mot de l´ambassadrice, France et Hongrie depuis toujours” (1).

Depuis sa nomination en 2018, Pascale Andreani a, tout au long de sa mission, publié régulièrement des chroniques tantôt historiques tantôt plus anecdotiques ou sentimentales sur de nombreux aspects, parfois inconnus, des relations franco-hongroises. Rassemblées dans un recueil qu´elle vient de sortir, nous contant, au fil de vingt-cinq récits, des faits souvent mal connus, voire méconnus, illustrant la relation entre les peuples.

Pour beaucoup placées sous le sceau de l´amitié entre représentants des deux cultures. A commencer par l´amitié, empreinte d´admiration et de respect mutuel, qui liait Liszt à Berlioz. Berlioz qui nous laisse dans ses mémoires un souvenir ému de la visite qu´il effectua en 1846 à Pest où l´interprétation de sa „Marche hongroise” (dite „de Rákóczi”) suscita le déchaînement d´un public enthousiaste. Autres relations d´amitié, pour le coup généralement méconnues, celles qui, lors de son exil à Jersey, lièrent Victor Hugo à deux exilés hongrois, le Comte Sándor Teleki et le général Lázár Mészáros. Partageant tous trois un sort et un idéal communs. Amitié qui, au-delà de la politique, traduisait une communauté de goûts et d´intérêt. Avançant un peu dans le temps, l´auteure nous relate encore les profonds liens qui lièrent des artistes des deux pays, tel le peintre Munkácsy, dont le salon parisien était fréquenté par le gratin du monde de la littérature et de la pensée, voire de la politique (Alexandre Dumas-fils, Alphonse Daudet, Anatole France, Ernest Renan, Hyppolyte Taine, jusqu´à Gambetta et Sadi Carnot…). Munkácsy qui épousa une Française. Autre peintre réputé, adulé par Théophile Gautier et encensé par la critique, Viktor Madarász, au point que ses compatriotes allèrent jusqu´à le taxer de „trop français”.

Évoquant ailleurs des personnages célèbres, Pascale Andreani nous relate des aspects moins connus de leur parcours. Tel le prince de Transylvanie François II Rákóczi, réfugié à la cour de Versailles, coqueluche de ces dames. La cour où le vin de Tokáj, tant apprécié, fut introduit par son biais. Autre célébrité, véritable héros pour les Hongrois (qui lui ont érigé une statue devant le Château de Buda), libérateur du pays occupé par les Turcs: Eugène de Savoie. La faute - ou grâce… - à Louis XIV qui lui avait sèchement refusé un emploi dans son armée, le jetant ainsi dans les bras des Habsbourg, trop heureux de l´accueillir. Puisque nous parlons bataille, c´est encore grâce au concours de troupes françaises que fut remportée en 1664 sur sol hongrois la bataille de Saint-Gothard qui marqua le début de la débâcle turque. Peu le savent… Pour en rester au domaine militaire, un exemple mieux connu est celui de nos hussards qui nous viennent tout droit de Hongrie. Du hongrois huszár (2). Dont le commandant en chef fut un Hongrois envoyé par la cour de Transylvanie, le Comte de Berchény (Bercsenyi Gróf), fait maréchal de France.

Pour en venir aux dynasties, les Hongrois savent-ils que les Anjou, qui régnèrent au XIVe siècle, étaient au départ d´origine française? Descendants du frère de Saint Louis avant de conquérir Naples et la Sicile. Ayant donné aux Hongrois un de leurs plus grands souverains, Charles 1er Robert (”Carobert”, 1308-1340). Dont le lys (et la croix d´Anjou) figura dans les armes du pays.

Nous pourrions encore continuer les énumérations, mais préférons retenir, parmi les anecdotes évoquées par l´ambassadrice, les plus suprenantes et inattendues. Telle cette réputation du cuir hongrois (oui!) qui fit jadis pâlir d´envie nos souverains. En un mot: jusqu´au XVIe siècle, les artisans français pratiquaient le tannage végétal. Or les Hongrois avaient touvé un procédé mieux adapté, donnant des peaux traitées à l´alun se prètant mieux à la peinture. Au point qu´Henri IV envoya un de ses hommes en mission secrète en Hongrie pour y copier le procédé. Qui fut ensuite utilisé - sous le nom de „cuir hongroyé” - à la manufacture royale pour être officiellement patenté par Louis XIV. On le retrouve cité dans l´Encyclopédie de Diderot.

Nombreux sont encore les noms cités par l´auteure, dont nous ne saurions dresser ici la liste. Des plus connus: Eiffel, les photographes Kertész, Brassaï, Robert Capa, le poète Attila József, Robert Schuman („père de l´Europe” qui entretint d´étroites relations avec la Hongrie), aux moins connus: le journaliste et écrivain Zoltán Ambrus (découvert par hasard), les peintres Dezső Cigány et François Fiedler (également découvert par hasard), ou encore le Comte d´Orsay (qui joua un rôle significatif dans le développement du haras hongrois de Mezőhegyes). Et encore bien d´autres. Sans oublier au passage notre Saint Martin de Tours, originaire de Hongrie. Et sans parler du monde du cinéma où les liens furent nombreux et étroits.

Pour terminer, Pascale Andreani nous relate un haut fait méconnu qui lui est particulièrement cher. Cette aventure édifiante des soldats français évadés des camps allemands qui, au cours de la Seconde Guerre, trouvèrent refuge en Hongrie où ils furent reçus à bras ouverts. (Bénéficiant du statut de réfugiés, la Hongrie n´étant pas officiellement en guerre avec la France). Un épisode qui a fait l´objet de divers ouvrages et témoignages (dont un article paru dans ces colonnes (3)). Et commémoré par un musée récemment inauguré sur le site de leur accueil (Balatonboglár).

Un mot, enfin, sur un chapitre un peu „á part” où Pascale Andreani s´amuse à nous citer et répertorier des mots et expressions mutuellement empruntés entre les deux langues. Dont plusieurs sont connus, d´autres moins. Notre „goulache”, „paprika”, „hussard” (déjà évoqué) ou encore (moins certain) „allô” (de „hallom”, j´entends, j´écoute). Leur „komód”, „blúz”, „kokárda”, „fotel”, „kanapé” et bien d´autres. Certains éloignés de leur sens originel, tel le „randevú” qui désigne exclusivement un rendez-vous amoureux (4).

Pour conclure, nous laisserons à nouveau la parole à l´auteure: „J´espère que ce modeste ouvrage contribuera à améliorer la connaissance et la compréhension entre nos deux peuples.” Puissions-nous lui donner raison. Un livre de chevet que nous recommandons vivement à celles et ceux qui, de part et d´autre (il est également édité en hongrois) s´intéressent de près ou de loin aux relations entre nos deux peuples. Mieux se connaître pour mieux s´apprécier et se respecter au-delà de nos différences, de nos divergences et des aleas de la vie politique.

A lire et relire sans modération…

Pierre Waline, 11 juin 2022


(1): édité en double version hongroise et française aux éditions Scolar, Budapest.
(2): de „husz” qui signifie „vingt”, allusion à la conscription obligeant chaque village à fournir un homme par vingt lots de terre.
(3): „Ego sum gallicus captivus. Évadés des camps allemands, ces prisonniers français qui trouvèrent refuge en Hongrie…” Mars 2022.
(4): Un exemple cocasse: „ridikül” pour désigner notre réticule. 

 

 

Fondé l´année dernière à l´initiative du chef hongrois György Vashegyi, le Centre de Musique ancienne hongroise, à l´instar du Centre de Musique baroque de Versailles, a pour vocation de présenter et promouvoir des oeuvres inédites en rapport avec la Hongrie. De l´époque baroque aux préromantiques en passant par l´école classique viennoise, ce qui couvre une période de deux siècles allant de 1630 à 1830. Son nom Haydneum est lié à la personnalité du compositeur autrichien qui passa une grande partie de sa vie au service de princes hongrois, les Esterházy. Parmi les activités du Centre: le montage de festivals, mais aussi l´attribution de bourses et la tenue de masters.

Au rang des festivals, signalons la tenue d´un festival de musique sacrée appelé à se tenir chaque année à Budapest (1). Pour cette année a été choisi, pour le concert d´ouverture, un programme dédié à Haydn et Hummel. Du premier, son Salve Regina en sol mineur, du second, sa Messe en mi bémol majeur. Le cadre: l´église de l´Université (Egyetemi templom), un des joyaux baroques de la capitale. Pour les interpréter: l´orchestre Capella Savaria et le choeur Purcell placés sous la direction du chef américain Nicholas McGregan. Avec en solistes Adriána Kalafszky, soprane, Viola Thurnay, alto, Zoltán Megyesi, ténor et Ákos Borka, basse.

Composé sur la fin des années soixante à Eisenstadt (Kismarton) à la cour du prince Pál Esterházy, le Stabat Mater comprend cinq parties. On le dit influencé par Porpora, compositeur alors en vogue, qui avait été son premier maître et soutien. Haydn lui-même, lors d´un point qu´il fit quelques années plus tard (alors qu´il n´avait pas encoe écrit ses oeuvres majeures), le cite parmi ses meilleures réalisations (2), nous laissant le commentaire suivant: „Le Stabat Mater sur lequel j´ai reçu un jugement de notre grand compositeur Hasse, contenant des éloges parfaitement immérités. Je conserverai par devers moi ce jugement toute ma vie, comme un vrai trésor; non pour son contenu, mais pour l´amour d´un homme si admirable.” Que dire? Sinon que d´aucuns (Marc Vignal) voient en certain passage (l´introduction) l´annonce des Sept dernières paroles du Christ qui seront composées vingt ans plus tard. A signaler encore une´originalité, la présence de l´orgue quasiment traité en instrument concertant. Une oeuvre rarement donnée que nous allions redécouvrir ce soir.

Parmi les cinq messes que nous a laissées Hummel, la messe en mi bémol majeur op. 80, composée en 1804, est la deuxième. Date à laquelle le jeune compositeur (âgé de 26 ans) est nommé Konzertmeister à la cour du prince Nicolas II Esterházy, suivant en quelque sorte la trace laissée par son aîné. (Et sur recommandation de ce dernier.) Haydn dont il avait été un moment l´élève aux côtés de Mozart et Salieri. De la musique sacrée de Hummel, nous ne savons pas grand chose, sinon, pour les deux messes que nous lui connaissons, que nous y voyons une certaine parenté avec celles du frère de Joseph, Michael Haydn. Une occasion de la découvrir (et de nous faire un jugement plus précis).

Le Salve Regina, tout d´abord. Dire que nous avons été séduit est un faible mot. Tout d´abord par la légèreté de l´ensemble, la formation étant ici limitée à un minimum, conférant au tout un caractère intime. Absence du choeur, réduit au quatuor des solistes. Et cette présence de l´orgue en dialogue quasi constant avec les solistes. (Orgue auquel est confiée l´ouverture de l´oeuvre en alternance avec les solistes.) Caractère intime, empreint d´un certain recueillement. A cet égard, la comparaison avec les Sept dermières paroles se justifie pleinement. Un hymne à la Vierge, certes, mais exempt de toute solennité. Si le Salve Regina, ne serait-ce que par sa dimension réduite, ne peut être classé au rang des chefs d´oeuvre du maître autrichien, on peut néanmoins le considérer comme une de ses productions les plus charmantes et les plus touchantes, empreinte d´une profonde religiosité.

Toute autre allait être la suite avec la messe de Hummel. Servie, outre les solistes, par un choeur et un orchestre au complet. Oeuvre, pour le coup, présentant un caractère solennel. Mais dans le bon sens, sans aucune faute de goût. Nous offrant des passages touchants, tel le charmant thème du Et incarnatus est. Et quelques trouvailles originales, tel ce long roulement de timbales qui ouvre le Sanctus. Une oeuvre, par son style, assez proche des grandes messes de Haydn. (Haydn qui fut, au demeurant, l´un des premiers à reconnaître les talents de son cadet.)

Les interprètes, dans tout cela?

Le chef, tout d´abord. Invité régulier de l´orchestre depuis sa création dans les années quatre-vingts. Donc rien à redire. Un orchestre qui sonnait de façon fort belle. Rien à redire non plus sur le choeur, égal à lui-même, c´est-à-dire au top. quoique légèrement desservi par l´acoustique. Nous ne connaissions pas, par contre, les solistes. Excellents, bien en place, avec peut-être une très légère réserve sur la soprane, à la voix un peu jeune (confrontée. il est vrai, à une partition exigeante).

Dans l´ensemble, ce fut une fort belle production, mettant bien en valeur les qualités, quoique différentes, des oeuvres servies. Qui valaient largement la peine d´être découvertes (ou redécouvertes) ce soir. Associer Haydn et Hummel fut une heureuse idée, particulièrement bienvenue. Hummel, ami et protégé de Haydn, qui mérite bien davantage que la réputation qu´on lui fait aujourd´hui. Un malentendu en passe d´être corrigé. Grâce à cette soirée.

Un festival qui répond bien à sa vocation, voulue par son fondateur György Vashegyi (présent ce soir dans l´orchestre). A suivre, donc…

Pierre Waline, 4 juin 2022

(1): sept concerts du 3 au 12 juin.

(2): aux côtés de son oratorio Le Retour de Tobie et de son opéra l´Infedeltá delusa.

 

Qui était-il ? Cinquième enfant (second survivant) de Jean Sébastien et de sa première épouse Maria Barbara , Carl Philipp Emmanuel Bach reçut ses premières leçons de son père. Dès son plus jeune âge, il jouait de mémoire au clavecin les oeuvres entendues à la maison. Après de solides études et une formation juridique, Carl Philpp fut engagé à la cour du roi de Prusse Frédéric le Grand où il passa près de trente années. Pour rejoindre ensuite Hambourg où il succédera à Telemann (son parrain) au poste de Directeur de la musique. Il était alors connu pour son ouvrage sur „l´art de jouer du clavier” (1), Mozart lui-même reconnaissant lui devoir beaucoup. Au demeurant apprécié, outre Mozart, de Haydn (qui lui rendit visite à Hambourg) et de Beethoven. Jouissant de son vivant d´une certaine renommée (on l´appelait „le Bach de Hambourg”), il fut par la suite en partie relégué dans l´ombre face à la redécouverte des oeuvres de son père. Ne relevant ni du baroque tardif, ni de l´école classique viennoise, son oeuvre est considérée par certains comme annonçant le romantisme. („Une sensibilté préromantique, un goût marqué pour la recherche de l´élément mélodique qui en font un précurseur. C´est peut-être le premier compositeur romantique”, R. de Candé.) Jugement un peu rapide, mais il est vrai que sa prodution témoigne d´un style très particulier, en fait difficile à classer. Production abondante réunissant entre autres non moins de 50 concertos, 20 symphonies, six recueils de sonates. Il est probablement, avec son demi-frère Jean-Chrétien, le plus talentueux des enfants Bach dont le nom soit parvenu jusqu´à nos jours (2). A cet égard, nous citerons le compositeur et musicologue Charles Burney qui écrivait à son sujet :”''He is not only the greatest composer for keyboard instruments who ever lived, but also, with regard to expression, the best player.”

 

Au programme de notre concert: trois concertos pour clavecin longtemps restés dans l´oubli, récemment remis à l´honneur. Pour les interpréter, le Concerto Armonico, formation fondée en 1983 par des élèves du Conservatoire (Académie Franz Liszt). Ensemble spécialisé dans le baroque tardif, consacrant notamment ses programmes aux oeuvres de la famille Bach. Dirigé par le claveciniste Miklós Spányi. Au programme, les concertos en sol majeur, ré majeur et fa majeur. (Une précision, nous devrions en fait parler de „concertos pour clavier”, le compositeur ayant sur la fin exprimé sa préférence pour le pianoforte. Mais c´est généralement au clavecin qu´on les joue de nos jours.)

Si le besoin d´épanchement et l´expression des passions est le fait des romantiques, alors peut-être pourrait-on en effet décrire dans une certaine mesure CPE Bach comme un de leurs lointains précurseurs. L´impression que nous retenons à l´audition de ces concertos est celle d´un flux d´énergie, d´un dynamisme qui ne laisse pas l´auditeur indifférent, du moins dans les mouvements rapides, offrant tantôt des thèmes entraînants, tantôt dégageant au contraire une certaine tension. A l´opposé, des mouvements lents plus mesurés, mais souvent empreints d´une certaine gravité, voire d´une atmosphère sombre. Du moins pour les deux premiers concertos (en sol et en ré), oeuvres de jeunesse, le troisième (en fa) offrant une structure plus classique, que l´on pourrait presque, à la limite, rapprocher d´un Haydn. Un style très personnel, donc, difficile à classer, mais qui révèle chez son auteur un réel talent.

Pour le servir, une formation réduite(3), mais quel brio! Des cordes qui sonnaient admirablement, notamment sous l´archet du premier violon (Gábor Homoki). Et le clavecin… Contrairement à ce qu´il nous est trop souvent donné d´entendre, Miklós Spányi a choisi ici un instrument d´une grande clarté, aux sonorités franches. Et quel jeu! Servi par une partition exigeant une grande virtuosité, Miklós Spányi trouva ici l´occasion de faire valoir ses talents de claveciniste, au demeurant largement reconnus.

Pour terminer, nous laisserons la parole au claveciniste: „Ses concertos peuvent être considérés comme la colonne maîtresse de son oeuvre. Leur richesse, leur dynamisme, la variété infinie de leurs éléments dramatiques et de leurs finesses interpelle tant l´auditeur que l´interprète. Venez découvrir avec nous un monde merveilleux haut en couleurs”

Certes, le fils n´est pas le père. Néanmoins, nous avons découvert ce soir un compositeur qui mérite sa place, sinon parmi les tout premiers, du moins parmi les noms marquants de son époque.

Une découverte de plus, en attendant la suite…

Pierre Waline, 16 mai 2022

(1): „Vesucht über die währe Art das Klavier zu spielen”

(2): Jean-Chrétien qu´il recueillit un moment à la mort de leur père, et à qui il donna des leçons.

(3): trois violons, deux altos, un violoncelle, une contrebasse.

 

De Joseph Haydn, les mélomanes connaissent ses deux grands oratorios que sont la Création et les Saisons, véritables chefs d´oeuvre, créés à Vienne respectivement en 1799 et 1801 avec le succès que l´on sait. Mais qui sait que vingt-cinq ans plus tôt, un autre oratorio de sa composition avait été donné à Vienne ? C´était les 2 et 4 avril 1775. Haydn, alors employé chez le prince Nicolas Esterházy, avait quarante-trois ans, en pleine maturité et en pleine possession de ses moyens. Son titre: „Il Ritorno di Tobia” („Le retour de Tobie”). Représentation donnée avec le soutien de la Tonkünstler Societät (société de bienfaisance) qui remporta un grand succès, rapportant à la Société une recette substantielle (1). Mais ne connut par la suite que deux reprises du vivant du compositeur, en 1784 (version remaniée) toujours avec succès, puis en 1808, ce qui fut cette fois un demi échec (2). L´oeuvre fut également donnée en 1777 à Berlin, en 1783 à Rome, enfin en 1784 à Lisbonne et en 1787 à Leipzig. Mais elle fut peu rejouée par la suite. Ce n´est que tardivement que l´oratorio fut révélé au grand public par les enregistrements des Hongrois Ferenc Szekeres (1972) et Antal Dorati (1979). Le livret est d´un certain Giovanni Boccherini, frère de Luigi, le compositeur. Il est inspiré du Livre de Tobie, texte apocryphe de l´Ancien Testament, légende issue de la mythologie orientale. Tobit, Juif pieux déporté à Ninive est atteint de cécité et réduit à la misère. Son fils Tobie part pour un long voyage au cours duquel il rencontrera Sara, sa future épouse, victime d’un démon (monstre marin) qui fait périr ses fiancés successifs. Au retour de son fils, Tobit sera guéri de sa cécité et Sara délivrée du démon grâce à l’intervention de Tobie qui terrasse le monstre (une baleine dont le fiel servira à guérir Tobit) et de l’ange Raphaël (cachant son identité sous le nom d´Azarias) qui l´avait guidé tout au long du chemin. (3)

Une oeuvre, qui, par rapport à sa forme originale, jugée trop longue et ralentie par de longs récitatifs, subit de profonds remaniements, essentiellement par des coupures et ajout de choeurs (au nombre de cinq). Choeurs, généralement loués, qui en constituent, dit-on, le point fort. Une oeuvre où alternent constamment les tonalités, ce qui en atténue la monotonie et enrichie d´un orchestre au grand complet (percussions, cuivres, bois, vents). Quant au livret de Boccherini (inspiré de Métastase), plutôt que d´exploiter les éléments dramatiques du récit, il met davantage en avant des considérations moralisantes et philopsophiques. Divisée en deux parties, l´oeuvre, basée sur le modèle de l´oratorio italien, constitue, outre ses cinq choeurs (deux au départ), une suite d´airs et récitatifs entrecoupés seulement de deux duos. Voilá en résumé ce que l´on en dit.

Toujours à la recherhe d´inédits, György Vashegyi, à la tête de son orchestre Orfeo et du choeur Purcell, a choisi, pour nous présenter l´oeuvre, de se faire accompagner d´une équipe internationale. Le ténor suédois Anders Dahlin en Tobie, le baryton biélorusse Nicolaï Bortchev pour incarner son père et la mezzo-soprane hongroise Eszter Balogh, sa mère (Anna), Sara étant incarnée par sa compatriote, la soprane Réka Kristóf et l´archange Raphaël (Azarias) par la soprane italienne Roberta Invernizzi.

Venons-en au concert.

D´emblée, une oeuvre qui débute sous les meilleurs auspices. Dès l´ouverture qui, après une lente introduction, se déroule sur un tempo vif et enlevé, digne des grandes symphonies. Ouverture qui enchaîne sur un merveilleux choeur accompagnant le duo Tobit-Anna déplorant le départ de leur fils („Aie pitié de la douleur d´une mère”). La suite à l´avenant avec un long air de bravoure d´Anna où Haydn déploie toute sa science dans la maîtrise du chant. Le tout soutenu par un orchestre très présent. Nous mentionnerons encore un peu plus loin ce long air de Raphaël (soprane) d´une haute virtuosité exigeant un large registre de la voix. Suivra un air délicieux d´Anna conçu dans un style populaire, bien typique de Haydn, enchaînant sur un choeur „annonçant de près, par sa fougue, son élan et le rôle important de l´orchestre, la Création et les Saisons” (Marc Vignal). Un début prometteur, donc. La suite? Une longue suite d´airs et récitatifs, mais nullement ennuyeuse, par moments soutenus par un fort beau choeur, tel ce merveilleux final de la première partie. Autre temps fort, le dermier final, qui, entamé par les solistes sur un ton d´humilité, débouchera sur un choeur majestueux et triomphamt introduit par une longue fugue, où l´on retrouve le Haydn des grands oratorios. Pour la seconde partie, nous citerons encore cet air de Sara si délicieusement accompagné par les bois („Il me semble que je suis… parmi les anges” ). Du pur Mozart ! Et aussi, sur la fin, ce merveilleux duo entre la mère et le fils introduit par les cordes en sourdine.

Eszter Balogh (photo Müpa)

Avant de parler du choeur et des solistes, un mot, tout d´abord sur l´orchestre. Qui, comme à son habitude, sonnait ce soir de façon merveilleuse, servi par une partition mettant particulièrement en valeur ses différents pupitres, notamment dans les rangs des cuivres et des bois. Dans un répertoire, il est vrai, qui lui est familier. Pour le choeur, particulièrement brillant ce soir (Haendel n´est pas loin...). rien à redire sinon par moments cette domination des voix féminines sur les voix masculines.

Mais c´est surtout des solistes qu´il nous faut ici parler. On sait que, pour les premières représentations, Haydn disposait des meilleurs chanteurs du moment (4). Aussi s´était-il appliqué à leur confier des airs les mettant particulièrement en valeur. Des airs généralement longs et faisant appel à des prouesses vocales, notamment chez les femmes. Mais sans jamais se départir du bon goût. Pour les servir ce soir, le chef a su s´entourer d´une équipe parfaitement rodée, la plupart ayant déjà interprété, voire enregistré, cette oeuvre par le passé. Tous les cinq excellents, sur lesquels nous n´avons rien à redire. Sinon pour mentionner plus particulièrement Eszter Balogh que nous découvrions soir dans le rôle d´Anna. Une Anna qui constitue finalement le personnage central de la pièce, nous accompagnant pratiquement d´un bout à l´autre de l´action. Une belle voix de mezzo claire, chaude et puissante pour exprimer toute la gamme des sentiments traversés par cette mère angoissée et cette épouse aimante, mais décidée. Avec elle, nous découvrions probablement l´une des plus belles voix entendues sur la scène hongroise. De plus, servie par un physique collant au personnage: grande prestance et beaucoup de présence. Mais n´oublions pas non plus les autres, répétons le, tous excellents, chacune et chacun à sa place. Autre belle voix, le baryton Nicolaï Bortchev dans le rôle du mari Tobit. Ici aussi, une voix claire, chaude et puissante, bien que moins sollicitée.

Pour conclure? Loin de prétendre aux sommets que seront sa Création et ses Saisons, Haydn nous offre ici une oeuvre de longue haleine (plus de trois heures d´écoute…), mais qui vaut largement la peine d´être entendue ou réentendue. Plaisir qu´une fois de plus, le chef hongrois Vashegyi et ses musiciens nous auront offert ce soir. Seule ombre au tableau: le public clairsemé dans une salle aux trois-quarts vide. Mais un public apparemment satisfait au vu des applaudissements nourris dont il ne s´est pas montré avare. Dommage pour les absents (5)...

Pierre Waline, 30 avril 2022

(1): selon un critique de l´époque: „L´auteur a si finement tissé expression de la nature et art dans son oeuvre que l´auditeur ne peut qu´aimer celle-ci et admirer celui-là, surtout ses choeurs qui sont embrasés d´un feu qui ne brille que chez Haendel”.
(2): demi échec dû à la concurrence de ses propres dernières oeuvres et de Beethoven dont était donné un concert ce même jour (Ve et VIe symphonies, concerto en sol).
(3): Tobie, un sujet qui semble avoir été en vogue au XVIIIe siècle. Marc Vidal dénombre non moins de 35 oratorios ou opéras composés sur le sujet…
(4): telle, dans le rôle d´Anna, la célèbre Nancy Storace, amie de Mozart (la Suzanne des Noces).
(5): concert retransmis en direct sur les réseaux. 

 

 

Un souvenir de la Pâque de mon enfance: je me revois encore rechercher à la campagne les oeufs lâchés dans les buissons par les cloches en route depuis Rome (et j´y croyais...). Si les cloches ont disparu depuis belle lurette du paysage, les oeufs sont toujours bel et bien là. Mais, à propos, pourquoi précisément des oeufs ? L´explication en est simple. Dès l´Antiquité, il était d´usage d´offrir et consommer des oeufs, symboles de fécondité, pour célébrer l´arrivée du printemps. Tradition reprise plus tard par la religion chrétienne, la résurrection du Christ annonçant une ère nouvelle, promesse de renouveau. Fête qui coïncide précisément avec l´éclosion du printemps.

Ce qui, par contre, différencie la Pâque célébrée en Hongrie de notre fête est la tradition des oeufs peints. Au demeurant répandue, sous diverses formes, dans toute la région. Tradition qui n´a rien perdu de sa pratique, bien au contraire. Les femmes, surtout à la campagne, mais aussi en ville, voire les enfants, ne manquant pas de peindre à cette occasion des oeufs qu´elles auront au préalable préparés. (Opération délicate consistant, à l´aide d´une aiguille, à en vider le contenu sous vide.) Disposant pour cela de colorants spéciaux naturels. Occasion pour ces dames de déployer tout leur talent, nous offrant parfois de vraies petites oeuvres d´art. Notamment en Hongrie où y sont généralement reproduits des motifs populaires traditionnels, telle la tulipe, que l´on retrouve entre autres dans la région de Kalocsa. L´origine? Certains l´attribuent à la couleur rouge représentant le sang, riche de symbole. D´aucuns faisant allusion au sang du Christ dont, lors de son calvaire, des gouttes auraient été versées sur un panier d´oeufs qui se serait trouvé sur son passage. Version séduisante, certes, mais hautement fantaisiste. Mais bon, laissons là ces supputations et contentons-nous d´en apprécier le résultat, car le spectacle en vaut la peine.

Sur la table de Pâques, on trouvera généralement dans les campagnes un jambonneau (csülök), des oeufs et de la viande farcie, mais aussi l´indispensable brioche „de Pâques” en forme tressée (fonott kalács), repas agrémenté de délicieuses, mais peu légères, pâtisseries faites maison. Le tout généreusement arrosé. Une consommation d´eau de vie de prune, cerise ou abricot (pálinka) parfois excessive, au point qu´il fut un temps où la vente en était interdite en cette période. (Ce qui, d´ailleurs, ne changeait pas grand chose, ces alcools étant souvent distillés sur place.)

Autre tradition pascale, pour le moins curieuse: l´aspersion des jeunes filles (locsólkodás) qui, dans les campagnes, se transforme en véritable arrosage. Le matin de Pâques, les jeunes gens se lancent à la chasse des jeunes filles pour les arroser de grands seaux d´eau. Jeunes filles qui, ayant revêtu à l´occasion leurs plus beaux atours, n´attendent que ça. Course qui se termine dans les rires et gloussements de ces belles. Et débouche souvent sur une invitation à passer prendre une portion de gâteau arrosée d´un verre de pálinka, eau-de-vie hongroise. A la ville, la tradition est également respectée, le seau d´eau étant remplacé par un petit flacon de parfum dont ces dames se voient gratifiées de quelques gouttes bien inoffensives. Une tradition à laquelle nul n´échappe. Apparue dès les anciens temps dans les pays slaves voisins, c´est au XVIIe siècle qu´on la mentionne pour la première fois dans les campagnes hongroises. Ici encore certains font remonter la tradition à une origine curieuse - et tout aussi fantaisiste. Lors de la résurrection du Christ, les soldats auraient arrosé les femmes parvenues au tombeau vide pour les empêcher d´y pénétrer et de répandre la bonne nouvelle. (Fantaisiste, mais reconnaisons là au moins le fruit d´une imagination fertile...)

Au-delà de ces coutumes, la Fête de Pâques revêt en Hongrie (mais aussi dans toute la région, a fortiori dans le monde orthodoxe russe) une importance toute particulière. Au point que, comme à Noël, il est d´usage de s´adresser des voeux par l´envoi de cartes. Y déroger serait pour beaucoup mal venu. Encore que cet usage tende peu à peu à se relâcher, notamment chez les jeunes.

En cette année où la Pâque des chrétiens coïncide avec la Pessa´h du peuple juif commémorant l´Exode d´Egypte, ce long week-end (de quatre jours pour les Hongrois) sera surtout marqué par un exode d´un autre type, celui des vacanciers sur les routes de France et de Hongrie (1). Osons malgré tout espérer que nombreuses et nombreux seront celles et ceux qui continueront à y associer un sens religieux. Après tout, il n´est pas interdit d´espérer.

 

Pierre Waline, 16 avril 2022

(1): mais aussi, pour les autres, pour peu qu´ils soient mélomanes, une occasion unique de se voir offrir un riche programme de concerts, d´église ou autres.

 

 

On sait que, malgré leur différence d´âge (25 ans), Haydn et Mozart furent d´excellents amis, exprimant l´un à l´autre leur admiration réciproque. A cet égard, un mot sur leur dernière rencontre qui remonte à décembre 1790. Alors que Haydn s´apprêtait à rejoindre Londres, Mozart le quitta sur ces mots: „Je crains que nous soyons en train de faire nos adieux”. A qui pensait-il? Un an plus tard, Mozart n´était plus (1). Il est donc naturel qu´ils fussent tous deux associés dans un concert donné ce dimanche à Budapest.

Au programme, la 59ème symphonie de Haydn suivie du 5ème concerto de violon du maître de Salzbourg (ces deux oeuvres, en la majeur) pour se refermer sur la 99ème symphonie en mi bémol majeur de Haydn. Les interprètes: l´Orchestre du Festival de Budapest placé sous la direction de Gábor Takács-Nagy avec le violoniste russe Ilya Gringolts en soliste.

Composée sur la fin des années soixante, la symphonie en la majeur doit son titre „Le feu” à une pièce d´un certain Grossman intitulée „L´incendie” donnée à Eszterháza (où la musique de Haydn servit d´entracte). Un titre qui lui sied bien, l´oeuvre, contrairement aux autres symphonies, débutant par un fougueux presto. Partition brillante qui, aux côtés des cordes, fait la part belle aux cors (final). A noter, dans la partie centrale (trio) de son troisième mouvement une ritournelle qui n´est pas sans présenter une parenté avec le fameux air dansant (évoqué ci-dessous) que l´on trouvera dans le final du concerto de Mozart. Composé à Salzbourg, alors qu´il avait à peine vingt ans, le concerto en la est le dernier des cinq concertos pour violon de Mozart, et probablement le plus achevé. Mis à part deux ébauches, Mozart ne composera plus de concertos pour cet instrument. Le 5ème est surtout connu pour le thème de son allegro final où le violon nous entraîne dans un rythme effréné de danse all´ungherese. Créée en février 1794 au Hanover Square Rooms de Londres sous la direction du compositeur, le symphonie 99 en mi bémol de Haydn s´inscrit dans la série de ses douze dernières symphonies dites londoniennes. Elle se démarque des précédentes par son caractère grave et solennel, une partition qui fait largement appel aux cuivres, bois et timbales

L´interprétation….

Pour commencer, les musiciens de Fischer (ici dirigés par G. Takács-Nagy) nous ont d´emblée mis dans l´ambiance. Par un jeu vif, alerte et enlevé, servi par de merveilleuses sonorités. Jouaient-ils sur instruments anciens ou modernes? Je l´ignore. Toujours est-il que le tout sonnait de façon séduisante, je dirais lumineuse. Servant une partition non dépourvue de charme, truffée, comme Haydn adorait le faire, de petites surprises, alternant soudainement les passages forte, voire fortissimo avec d´inattendus pianissimo, avant de repartir de plus belle. Ce qui nécessite une certaine souplesse, pour ne pas dire virtuosité, de la part du chef et de ses musiciens. Je ne connaissais pas cette symphonie, et ce fut pour moi une agréable surprise. On sait qu´à la cour des princes Esterházy, Haydn disposait d´excellents musiciens, mais il n´aurait certainement pas renié ceux qui nous ont servis (et enchantés) en cette belle matinée.

Suivait un classique du hit parade de nos salles de concert, le 5ème concerto pour violon de Mozart. Avec un violoniste russe pour la partie de soliste, Ilya Gringolts. Ma première réaction: une oeuvre mille fois entendue, presque galvaudée, ici servie sous un jour tout-à-fait nouveau, débordant de vie et de jeunesse. Ce qui est en grande part à mettre au compte du soliste. Élève entre autres d´Itzhak Perlman, Gringolts jouait sur un stradivarius. Un son donnant davantage dans l´aigu, en contratse avec la chaleur des cordes de l´orchestre. Mais un son d´une grande finesse, sans aucune agressivité, agréable à l´oreille. Une particularité: de bout en bout, au-delà de sa partie de soliste, le violoniste russe s´est associé à l´orchestre, jouant ensemble les tuttis. Mais surtout, il a multiplié les cadences improvisées pour donner plus de poids et plus de vie à son jeu. Il s´agit d´une oeuvre de jeunesse (19 ans), et je pense effectivement que, à côté des grandes versions classiques que nous lui connaissons, elle avait bien besoin de cette cure de rajeunissment. Ce qui fut le cas. En bis, le violoniste nous servit une pièce non identifiée (dans le style de Bach, mais moderne) probablement de son écriture, car il est également compositeur. (A noter au passage, dans les premières mesures, ce curieux ralentissement imposé par le soliste dans la séquence qui précède et introduit l´attaque initilale du violon. Certes pour en renforcer l´effet, malgré tout déconcertant, du moins à première audition.)

               

Toute autre fut l´ambiance que nous allions retrouver après l´entracte avec la 99ème (”londonienne”) de Haydn. Par une formation cette fois au grand complet avec timbales, trompettes et toute la rangée des bois et des vents. D´entrée, la symphonie débute sur des accords majestueux, non dépourvus d´une certaine solennité. Premières mesures qui annoncent celles qui ouvriront la Création qui sera donnée quatre ans plus tard. Une longue et lente introduction qui débouchera sur un thème plus léger, mais pour vite reprendre un ton de gravité. Nous faisant retrouver ici la formation des grands jours que nous étions habitués à entendre dans les grandes oeuvres symphoniques où les musiciens de Fischer sont à leur affaire. En bis, le chef et ses musiciens nous ont offert le menuet de la 101ème symphonie (dite „l´Horloge”).

Un mot, pour terminer, sur Gábor Takács-Nagy, principal invité de l´Orchestre, sorte de „chef en second” après Iván Fischer. Un chef qui dirigeait sans baguette et sans estrade. Avec des gestes amples et en souplesse, n´hésitant pas à esquisser des pas en direction de tel ou tel rang. S´impliquant totalement dans le jeu et suivi à la lettre par des musiciens visiblement habitués à se produire sous sa direction.

Au rang des qualités que l´on attend souvent d´un chef, au-delà de la direction proprement dite et de ses rapports avec l´orchestre, figure son aptitude à monter un programme cohérent et équilibré. Telle la composition d´un menu. Pour le coup, le programme qui nous était proposé cet après-midi nous a semblé idéalement conçu. Comme une sorte de crescendo du plus léger au plus grave.

Une belle après-midi, moment de répit bienvenu en ces temps où l´actualité - le moins que l´on puisse dire - ne nous incite guère à la réjouissance. Grâce à la complicité de nos deux compositeurs et amis. aujourd´hui merveilleusement servis.

 

Pierre Waline, 11 avril 2022

 

(1): rencontre au cours de laquelle Mozart, tentant de dissuader son ami de s´aventurer en terre étrangère et lui faisant remarquer qu´il ne parlait pas les langues, Haydn lui répondit par cette merveilleure réplique: „Rassurez-vous, la langue que je parle est comprise dans le monde entier” .

Les Tributaires se lit comme un roman. Un roman passionnant. Non pas imaginé, mais inspiré d´une histoire réelle.

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