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Egy francia Magyarországon - Pierre Waline blogja

Francia születésű, nyugdijas vagyok, Pesten élek. Szeretek itt élni, szeretem Magyarrszágot, a nyelvet, a kultúrát, de jó néha hazamenni Párizsba is. Szeretem a klasszikus zenét. Fontos számomra a kommunikáció, meg a harc az intolerancia és a rasszizmus ellen.

Bof....
Déteste par dessus tout l'intolérance, le nationalisme et le racisme, encore trop répandus...
Mindenek elött a nacionálzmus, az intolerancia és a racizmus ellen szeretnék küzdeni, amelyek sajnos tul gyakori jelenségek a mai világban...

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A tout seigneur, tout honneur, nous commencerons par l´Orchestre du Festival de Budapest (BFZ) et son chef Iván Fischer. A peine rentrés d´une tournée couronnée de succès à l´étranger (notamment avec la pianiste chinoise Yuja Wang - 1er concerto de Liszt- dans un concert donné à Lucerne), nos amis entament la saison avec une production inédite du Couronnement de Poppée de Monteverdi. Version donnée, non sur une scène d´opéra, mais en salle de concert. Néanmoins agrémentée de costumes et d´une mise-en-scène concoctée, comme à son habitude, par le chef lui-même en association avec le metteur-en-scène italien Marco Gandini, ancien collaborateur de Zeffirelli. Faisant appel à une brochette internationale de chanteurs de premier plan: la soprane trinitaine Jeanine De Bique dans le rôle-titre, entourée du contre-ténor allemand, Valer Sabadus (Nerone), né en Transylvanie, de l´Américain Reginald Mobley (Ottone), de l´Écossais Stuart Pettersen (Eros) et de la Catalane - qui s est déjà produite à Budapest - Núria Rial. Toutes et tous titulaires de prix prestigieux. Une mise-en-scène proche du théâtre, le chef hongrois, qui voit en Poppée un véritable drame shakespearien, associant volontiers les deux genres, théâtre et opéra, entre lesquels il déclare ne pas faire de distinction. Une première donnée avec grand succès le 9 septembre sur la scène du Palais des Arts (Müpa), suivie de deux autres représentations.

Pour enchaîner, toujours au Palais des Arts et en liaison avec ses animateurs, sur une quinzaine „Passerelles à travers l´Europe” (17- 30 septembre), thème particulièrement cher à Iván Fischer. Cette année, après la France et l´Angleterre, l´hôte sera non pas un pays, mais une ville: Berlin. Avec entre autres la venue de l´orchestre du Konzerthaus, dont Iván Fischer assure la direction musicale. Une manifestation s´ouvrant sur une soirée associant artistes et compositeurs allemands et hongrois sous le motto „Von Bartók bis Bartók”. Suivie le lendemain d´un concert d´ouverture consacré à Liszt - dont on célèbre cette année le 210e anniversaire – placé sous le signe de son amitié avec Berlioz (concerto de piano avec Dejan Lazić en soliste et Faust symphonie). Pour la suite, les organisateurs nous promettent un programme riche et varié, allant du classique au jazz en passant par la musique électronique, agrémenté de projections de films. A signaler entre autres un récital de lieder „Budapest-Berlin” et le temps fort que constituera le concert donné par l´orchestre du Konzerthaus.

Autre manifestation majeure, se déroulant du 12 au 19 septembre dans le cadre de l´Académie de Musique (Zeneakadémia), le concours international de piano Franz Liszt (Liszt Ferenc nemzetközi zongoraverseny). Concours institué en 1933 dont la première lauréate fut la pianiste hongroise Annie Fischer. Une référence, donc… Une épreuve réunissant cette année 37 concurrents, dont 22 venus de l´étranger, retenus après présélection (1). Une originalité: les instruments sont gracieusement mis à disposition par quatre grands facteurs de piano, de façon à laisser aux concurrents le choix de leur instrument. Un concours axé, anniversaires oblige, sur les noms de Liszt et Cziffra. Parmi les membres du jury, notre compatriote Cyprien Katsaris. En ouverture, concert donné par une jeune formation, la Philharmonie St Etienne (Szent István Filharmikusok) sous la baguette de János Kovács avec le pianiste János Balázs en soliste, ancien lauréat et co-animateur de la manifestation (Fantaisie hongroise, „les Préludes”, extraits de l´oratorio de Noël „Christus”). Et concert de gala pour la côture le 19 avec entre autres les deux concertos de Liszt.

Puisque c´est le temps des concours, signalons au passage un concours de chant qui s´est également tenu dans les locaux de l´Académie Franz Liszt (29.8 - 5.9), le IVe concours international de chant Éva Marton (2), remporté cette année par la jeune soprane serbe Sonja Šarić.

Autre temps fort de la rentrée, la représentation d´un opéra baroque totalement inédit: „Omphale” du Français Jean-Baptiste Cardonne (1730-1792), produit pour la première fois depuis sa création en 1769. Par György Vashegyi, son orchestre Orfeo (sur instruments anciens) et le choeur Purcell en liaison étroite avec le Centre de Musique Baroque de Versailles, avec le concours de chanteurs venus de France, de Belgique et des Pays-Bas, dont la soprane Chantal Santon Jeffery, déjà bien connue du public hongrois (16 septembre au Palais des Arts).

Enfin, autre temps fort, invitation par l´Opéra de notre Patricia Petibon „nationale”, enfant chérie du public hongrois. Dans un récital donné le 28 août avec le célèbre ténor américain Lawrence Brownee. Récital donné en plein air devant l´Espace Eiffel (l´opéra étant fermé pour travaux), au profit de la Fondation Regőczi venant en aide aux orphelins victimes du Covid. Récital où les deux chanteurs étaient entourés d´une kyrielle d´artistes hongrois sur un programme consacré à Bizet, Erkel, Gershwin, Mozart, Puccini, Johann Strauss junior et Verdi. De quoi ravir les admirateurs de notre compatriote.

Et puis, bien sûr, reprise des concerts traditionnels. Formations, nombreuses sur la place, parmi lesquelles je citerai l´excellent ensemble Concerto Budapest d´András Keller, dont l´une des invitées sera notre compatriote (d´origine géorgienne), l´affriolante Khatia Buniatishvili.

Et voilà… en attendant la suite (pour nous faire oublier, ne serait-ce que le temps d´un concert, les facéties de ce maudit virus…).

Pierre Waline, 14 septembre 2021

(1): Nombre de candidats résidant en Asie n´ayant pu se déplacer en raison de la pandémie.

(2(: Éva Marton, célèbre soprane hongroise (aujourd´hui retirée) hôte régulière des scènes internationales.

Mardi 11 septembre 2001, Etats-Unis :  « dix-neuf détournent quatre avions de ligne. Deux sont projetés sur les tours jumelles du World Trade Center à Manhattan (New York) et le troisième sur le Pentagone. Un quatrième avion, volant en direction de Washington, s'est écrasé en rase campagne à Shanksville, en Pennsylvanie, après que des passagers et membres de l'équipage ont essayé d'en reprendre le contrôle. » Ces attentats auront fait plusieurs milliers de blessés et près de 3 000 morts. Dix-huit mois plus tard, les troupes américaines envahissaient l’Irak (20 mars 2003). On connaît la suite….

Lundi 11 septembre 1989, Hongrie : « suite à l’ouverture de la frontière hongroise à Hegyeshalom, des milliers d'Allemands de l'Est passent en Autriche pour rejoindre l’Allemagne de l’Ouest. » Dans la semaine, plus de quinze mille réfugiés auront ainsi choisi la liberté, plus de 25 000 les semaines suivantes. Deux mois plus tard sera abattu le Mur de Berlin (nuit du 8 au 9 novembre). On connaît la suite..


Et oui… On aurait tendance à l’oublier. Et pourtant, c’est bien en Hongrie que tout a commencé…

Un petit retour en arrière.

Dès le mois d´avril, le nouveau Premier ministre Miklós Németh, à peine nommé, allait surprendre son monde avec une expérience osée, mais qui eut peu de retentissement à l´étranger: cisailler un bout de barbelés du rideau de fer. Encouragé par l´absence de réaction de Moscou, il renouvela l´expérience deux mois plus tard. Cette fois en la médiatisant et la confiant à son ministre des Affaires étrangères Gyula Horn. Pour le coup, ce fut un choc. Toute la presse - invitée à l´évènement - publiant la fameuse photo où l´on voit, tout sourire, les ministres autrichien et hongrois découper ensemble un bout de barbelé. A vrai dire, au-delà de cette action „humanitaire”, le geste avait également une raison plus terre-à-terre. Usées par le temps et dépassées au plan technique, les installations du rideau de fer nécessitaient une rénovation complète, ce qui aurait coûté une fortune.

Autre rappel: à l´occasion du transfert des cendres d´Imre Nagy, le 16 juin, devant une foule immense rassemblée sur la place des Héros, à Budapest, un jeune orateur tint un discours enflammé, exigeant le départ immédiat des troupes russes. Son nom: Viktor Orbán, jeune étudiant en droit de 26 ans, accouru pour l´occasion d´Oxford où il étudiait sur une bourse (allouée par un certain George Soros…).

Dernier rappel: l´oppostion au régime, qui prenait de plus en plus forme, organisa le 19 août, un pique-nique géant à deux pas de la frontière. Pique-nique „paneuropéeen”, parrainé entre autres par Otto de Habsbourg, en présence du ministre Imre Pozsgay, qui eut un grand retentissement. Opération au demeurant fort sympathique qui se traduisit par le passage en Autriche de 600 ressortissants de la RDA. Sous le nez de garde-frontière désappointés qui, après longue hésitation, décidèrent de les laisser passer. Poste frontière dont, comme par hasard, le commandant avait pris congé ce jour-là…

Car il faut savoir qu´en cet été 1989, près de 80 000 ressortissants de l´Allemagne de l´Est se trouvaient sur le sol hongrois. Qui refusaient de rentrer chez eux. Donc à la charge de l´État hongrois. Venus en touristes (le Balaton constituant un lieu idéal de rencontre entre Allemands de l´Ouest et de l´Est). Une lourde charge pour le gouvernement hongrois qui se refusait à les renvoyer chez eux.

Tout alla alors très vite. Dès la semaine qui suivit le pique-nique, Németh, par son ambassadeur, sollicita une entrevue avec le chancelier Kohl. Entretien qui se déroula dans le plus grand secret le 25 août au château de Gymnich près de Cologne. Auquel n´assistèrent que les deux chefs de gouvernement en présence de leurs ministres des Affaires étrangères, Horn et Genscher, ainsi que de l´ambassadeur hongrois à Bonn. Németh posa alors la question de savoir si, en cas de départ des 80 000 Allemands de l´Est bloqués en Hongrie, Kohl accepterait de les accueillir en RfA. Ému, le chancelier proposa de lui accorder en échange des avantages économiques. Ce que, bien avisé, Németh se garda d´accepter. La suite, nous la connaissons. Départs en masse, suivis moins de trois mois plus tard de la chute du Mur.

Auparavant, Németh avait pris la précaution de sonder Gorbatchev sur sa réaction dans le cas d´une transition de la Hongrie vers une démocratie parlementaire pluripartite. La réponse de Gorbatchev: „Vous êtes un pays souverain, c´est votre affaire. Pour ma part, je ne souhaite pas renouveler l´expérience de 1956”. Réponse claire.

Le dimanche 10 septembre, veille de l´ouvertue, le Premier ministre hongrois Miklós Nemeth déclarait au quotidien allemand Bild am Sonntag : « Si nous voulons construire la maison commune européenne dont parle Mikhaïl Gorbatchev, nous ne pouvons en isoler les pièces au moyen de barbelés. » A minuit, la frontière était déclarée ouverte.

Je résidais alors en Allemagne et je me souviens de l’émotion avec laquelle la population suivait les événements. Tout d’abord avec ces milliers de « touristes » de la RDA (80 000) que les autorités de Budapest se refusaient à renvoyer dans leur pays, comme le réclamait un Honecker fou de rage. Puis avec l’ouverture de la frontière par les autorités hongroises. Emotion accompagnée d’une vive reconnaissance dans l’opinion allemande. C’est à cette époque que je découvris le visage de Gyula Horn que l’on voyait partout sur les écrans; celui d’Orbán - et son nom même - m’étant alors tout-à-fait inconnu (ce n’est que 10 ans plus tard que je le découvrirai..). Je me souviens également de cette cérémonie de remise du prestigieux Karlspreis (Prix Charlemagne) au même Gyula Horn dès l’année suivante en présence du chancelier Helmut Kohl. Prix peu connu en France, mais tenu pour la plus prestigieuse des récompenses en Allemagne (après lui, c’est Vaclav Havel qui se le verra remettre en 1991). (Une ville du Bade-Würtemberg, Wertheim, a même donné le nom de Gyula Horn à l’une de ses rues !…)

Miiklós Németh

Alors, pourquoi Miklós Németh est-il resté dans l´ombre, du moins auprès d´une grande part des médias et de l´opinion publique? Une raison à cela. De par sa nature discrète et réservée, il était peu porté sur la médiatisation et fermé à toute publicité. D´où, comme on l´a vu, la mise en avant de son ministre Gyula Horn. Horn qui devint vite le „héros du jour”. Qui allait par la suite être Premier ministre dans le nouveau régime. Donc tout le contraire du tempérament d´un Viktor Orbán. Viktor Orbán qui, précisément, suite à son discours du 16 juin, allait lui voler la vedette, et l´occupe aujourd´hui encore. Mais, soyons sérieux, qui peut croire que c´est sur les instances d´un jeune étudiant de 26 ans que Gorbatchev allait retirer ses troupes? Ne rêvons pas! Certes, il n´était pas seul, largement soutenu par les milieux estudiantins, d´où la fondation du Fidesz. Mais tout-de-même....

(Pour celles et ceux qui lisent le hongrois, nous ne saurions, pour terminer, que recommander ses souvenirs regroupés dans un ouvrage intitulé „Car c´est l´intérêt du pays” (Mert ez az ország érdeke), recuillis par András Oplatka, publiés aux Éditions Heliokon - malheureusement non traduits).

 

Pierre Waline, 11 septembre 2021

 

Décidément, Iván Fischer n´a pas fini de nous surprendre. N´ayant rien trouvé de mieux que de se faire vacciner sur scène lors d´un concert récemment donné en plein air à Budapest devant plusieurs milliers (!) de spectateurs (3ème dose). Ceci pour donner l´exemple. Initiative pour le moins originale, mais courageuse. Ce qui est étonnant est que cela ne semble pas l´avoir gêné dans la suite du concert. Par ailleurs, également en plein concert, ses musiciens – tous vaccinés - se sont soumis en public au test!


 

Concert de présentation de la saison qui s´ouvre (1). Occasion de saluer les retrouvailes avec un public trop longtemps éloigné. Il est vrai que tout au long de la pandémie étaient régulièrement diffusés concerts et récitals en ligne, mais rien ne vaut la présence physique. Également à signaler, ce camion qui, durant l´été, a sillonné le pays, véhiculant des petits ensembles venus au devant des estivants pour leur offrir une pause musicale.


Une saison 2021-22 pour laquelle le chef hongrois et ses musiciens entendent nous réserver des surprises. Saison qui s´ouvrira le 9 septembre avec une nouvelle production, le Couronnement de Poppée mis en scène par le chef qui considère déjà l´événement comme un temps fort de la saison. Produit par une équipe internationale, dont la soprane Jeanine de Bique dans le rôle titre. Concert d´ouverture à Budapest, mais qui sera précédé et suivi de concerts donnés „hors frontières”. En Espagne (San Sebastien, Santander) avec un programme faisant la part belle à la musique française (Milhaud, Ravel, Satie, Kodály avec le pianiste autrichien Dejan Lazić dans le concerto de Ravel) et à Lucerne (Liszt, Brahms, Sarasate, concerts centrés sur la personne de Liszt, considéré comme personnalisant ces „passerelles en Europe” si chères au chef hongrois. „Passerelles” pour lesquelles cette année, non un pays, mais une ville sera „l´invitée”, Berlin)

Ce que nous retenons du programme annoncé, trop riche pour être ici détaillé: tout d´abord la participation de nombreux artistes venus de l´étranger. Mais aussi cette curieuse innovation: la série intitulée „Iván nous raconte...” („Iván mesél”), au cours de laquelle le chef hongrois livrera au public des anecdotes entre les différents morceaux interprétés. Pour le reste, poursuite des manifestations habituelles: concerts auprès des jeunes (concerts de minuit), des enfants (concerts cacao) et des milieux autistes, ou encore des familles (musique de chambre du dimanche matin) sans oublier les interventions dans les églises, temples et synagogues, ou encore le traditionnel „concert surprise” de Noël.

Parmi les artistes invités, on retiendra les noms de Jordi Savall et Marek Janowski (deux habitués), mais aussi du pianiste Dani Trifonov et, plus près de nous, du chef suisse Michel Tabachnik. A citer encore le pianiste coréen Yeol Eum Son (Rachmaninov), l´altiste Tabea Zimmermann (concerto pour violoncelle de Schumann), la violoniste Patricia Kopatchinskaja (concerto de Stravinsky), la violoniste Alexandra Cununova (Mozart) ou encore notre compatriote, le contreténor Christope Dumaux (concert de musique baroque). Également invités, les chefs Franck Ollu (répertoire contemporain) et Dmitri Kitaenko (Rachmaninov, Sibelius).

Au niveau du programme, nous notons un équilibre plutôt bienvenu entre les compositeurs du XXe siècle (cette année à l´honneur) et la musique baroque. A noter en mars un concert de musique baroque française (André Philidor, J.B. Lully, J.F. Rameau, dirigé par Jordi Savall). Rappelons que l´orchestre dispose d´une section spécialisée dans la musique baroque, jouant sur instruments anciens. Quant au marathon qui se tient chaque début d´année au Palais des Arts, il sera consacré à Richard Strauss (fin janvier).

Pour terminer, un mot sur les tournées dont les temps forts seront constitués par Le sacre du Printemps à Londres (sur danses improvisées avec la participation du public..), sans oublier Berlin („ville invitée”). Mais aussi un concert avec András Schiff (Neumarkt) et une reprise de la participation (interrompue par la pandémie) au festival d´opéra de Vicenza.

Espérons que la quatrième vague tant annoncée ne viendra pas, une fois de plus, compromettre la saison. Mais… ne jouons pas les cassandres… et préparons-nous à de belles soirées en perspective.

Pierre Waline, 26 août 2021

(1): Rimsky-Korsakov: Sheherazade (extrait), Richard Strauss: Ainsi parlait Zarathoustra (extrait), Vivaldi: l´Été, Piazzolla: Été à Buenos Aires (extrait), Mahler: 1ère symphonie „Titan”, 3e mvt, Brahms-Fischer: 4. danses hongroises, Satie: gymnopédie, Brahms-Schönberg: 1er oncerto, 3e,4e mvts, Bernstein: Trois danses,Times Square.

 

 

 



 

Chaque année, le 20 août constitue en Hongrie le temps fort de l´année, agrémenté de nombreuses manifestations ponctuées par un feu d´artifice tiré des ponts du Danube.

Alain Lamassoure, qui fut entre autres ministre délégué aux Affaires européennes dans le gouvernement Balladur, avant de siéger vingt années durant au Parlement européen (1999-2019) se déclare Européen convaincu, mais en même temps patriote attaché à l´autonomie de son pays. Ce qui, du moins selon lui, n´est pas incompatible.


 


Tel est l´esprit dans lequel a été conçu cet „Observatoire de l´enseignement de l´Histoire en Europe” dont il assume la paternité (et la présidence). De quoi s´agit-il en un mot? Dresser un inventaire („une photographie”) de la place et du mode d´enseignement de cette matière dans les pays du Conseil de l´Europe pour tenter, non pas de fixer un axe commun, mais de mettre à disposition des informations factuelles sur l’état de l’enseignement de l’histoire dans les pays participants. L'objectif à terme étant de faciliter l'échange de bonnes pratiques et un apprentissage mutuel. En l´état actuel, dix-sept États ont d´ores et déjà confirmé leur participation au projet (1). „ll s’agit non pas de concocter un récit historique paneuropéen, ni de notifier aux États des instructions en matière d’enseignement. L’idée fondatrice (2) est davantage de mieux savoir ce qui se fait, et de le rendre public.”

Alain Lamassoure est tout d´abord parti d´un constat. Constat et paradoxe. Alors qu´avec le développement et la propagation des réseaux sur le net, nous avons désormais accès à une masse considérable d´informations précieuses pour l´historien, la place de l´histoire et des sciences humaines est depuis deux décennies en nette régression face aux sciences exactes. Autre constat, l´énorme disparité entre les pays de l´Union européenne quant à la place accordée à l´enseignement de l´histoire et à la façon dont cette matière est enseignée (pour peu qu´elle le soit...).

Quelques exemples (et surprises). „L’histoire n’est pas une matière obligatoire partout en fin d’études secondaires. Et là où elle n’est qu’une option, elle est de moins en moins choisie. Aux Pays-Bas, seuls un tiers des bacheliers optent pour l’histoire, en Pologne la proportion est tombée à 8 %. Au Royaume-Uni, l’abandon de l’histoire comme matière obligatoire au niveau du brevet et du bac s’est répercuté en amont dans le primaire, où les professeurs ne consacrent plus que 4 % du temps à une discipline ainsi dévalorisée. Le Danemark et la Finlande vont encore plus loin : l’histoire est bien obligatoire en primaire, mais les sujets sont laissés à la discrétion de chaque enseignant. En Allemagne, en Autriche et en Estonie, la solution est plus simple : l’histoire n’est pas enseignée du tout en primaire. Elle est remplacée par une « sensibilisation à l’espace et au temps »​, qui comporte notamment l’hygiène dentaire et la sécurité routière!… L’Irlande est un étonnant cas contraire : l’histoire n’y est obligatoire qu’en primaire (qui dure jusqu’à 12 ans). Même là où l’histoire reste une matière obligatoire jusqu’en terminale, presque partout, ces dernières années, les heures d’enseignement ont eu tendance à se réduire, tout comme leur coefficient dans l’examen de fin d’études.”

Autre constat. Ce qui est enseigné reste souvent plus proche de la propagande nationaliste que de l’enseignement d’une histoire aussi impartiale que possible. „Chacun sachant ce qui se passe chez lui, mais ignorant totalement ce qui est enseigné chez les voisins. ” Sans compter que, ce que l´on comprendra aisément, les grands événements ne sont pas abordés de la même façon d´un pays à l´autre. «On ne demandera pas aux Français et aux Allemands de raconter de la même manière le 11-Novembre 1918, ni aux Hongrois et aux Roumains de faire une présentation commune du traité de Trianon, pas davantage aux Polonais, aux Britanniques et aux Russes de fêter de la même manière les armistices de mai 1945. Mais ces récits différents, exprimant des sentiments populaires contradictoires, d’événements qui ont généré des affrontements ultérieurs, doivent être présentés dans un esprit de réconciliation entre États, nations, peuples, communautés ethniques ou religieuses. Comme cela a été fait à travers le manuel franco-allemand.”

Le but est donc clair: pas un récit unique mais une meilleure connaissance des autres récits. La vraie valeur ajoutée de l’observatoire sera de rassembler, compléter et harmoniser la présentation de ces données pour en faciliter la comparaison, et de les mettre à la disposition d’un public beaucoup plus large que les experts habituels. Pour permettre le plus large des débats publics.

Pour ce faire, l´Observatoire, outre son Comité directeur regroupant les représentants des 17 États membres, s´appuie sur un Conseil scientifique consultatif rassemblant 11 personnalités réputées pour leurs compétences, totalement indépendantes. Personnalités qui représentent les diverses disciplines touchant au sujet, des enseignants aux ethnologues, en passant par les spécialistes en matière d´histoire diplomatique ou des religions, jusqu´aux archéologues. Appelés à établir des rapports à espaces réguliers.

Un projet ambitieux, mais qui devrait permettre à terme un rapprochement et - pourquoi pas? - un début de réconciliation par une meilleure connaissance des approches de chacun. Encore une fois, sans imposer quoi que ce soit.

Une initiative à laquelle nous ne pouvons que souhaiter succès. Un voeu qui devrait a priori se voir à terme exhaussé, comme en témoigne le nombre des gouvernements intéressés, en principe prêts à rejoindre le groupe.

Mais n´allons pas trop vite! Ce n´est là qu´un début, et la tâche sera de longue haleine...

 

Pierre Waline, 18 juin 2021

(1): Albanie, Andorre, Arménie, Chypre, Espagne, France, Géorgie, Grèce, Irlande, Luxembourg, Macédoine du Nord, Malte, Portugal, Fédération de Russie, Serbie, Slovénie et Turquie.

(2): lancée en mai 2019 sous la présidence française du Conseil de l'Europe.

Après de longs mois de fermeture, l´Opéra de Budapest s´apprête à rouvrir ses portes au public. Certes, tout au long de la pandémie, nous avions été gratifiés de représentations diffusées en ligne, mais reconnaissons que, surtout dans le cas des représentations scéniques, rien ne remplace la présence sur place.

Reprise qui s´ouvrira sur une saison que l´on nous promet originale, riche et variée, offrant un programme ambitieux avec la participation de nombreux artistes de renom international (chefs, metteurs-en-scène, chorégraphes, chanteurs). Jugeons-en. Dix-sept premières - dont sept qui avaient été précédemment programmées, mais avaient dû être annulées. Au total quatre cents représentations réparties sur les trois salles. A quoi s´ajoute une foule d´interventions variées (1300) - concerts, soirées de musique de chambre, programmes dédiés aux enfants, activités médiatiques, accompagnement et partenariat dans des évènements artistiques, etc. - qui ouvrent une voie nouvelle dans la vie de l´Opéra. Rappelons que l´institution dispose de trois sites sur Budapest: la traditionnelle salle de l´avenue Andrássy, la salle du théâtre Erkel avec ses quelque 2500 places et l´Atelier Eiffel récemment ouvert. La salle de l´avenue Andrássy fait actuellement l´objet d´une rénovation de fond en comble, sa réouverture étant prévue pour le cours de la prochaine saison. Parmi les invités de marque, signalons le retour de Placido Domingo qui se produira tant comme chef que comme chanteur ou encore la présence de notre compatriote Patrica Petibon et d´Anna Netrebko. Nous citerons encore les noms d´Erwin Schrott, Peter Seiffert, Matthew Polenzani et Lawrence Brownlee, tandis que le baryton anglais Sir Willard White se verra confier les rôles-titres dans Barbe bleue et Porgy.

Les Premières, tout d´abord. Signalons, pour commencer une production de Carmen qui sera donnée à partir de septembre sur la scène de l´Atelier Eiffel (et sera également donnée ce mois-ci en plein air à l´île Marguerite). Une Carmen transposée à notre époque dans une mise-en-scène de l´Espagnol Calixto Bieito (qui l´avait également produite à Paris). Parmi les représentations qui avaient dû être annulées, L´Échope de l´orfèvre, oeuvre de jeunesse du futur Jean-Paul II, mis en scène par János Szikora en coproduction avec le théâtre de Székesfehérvár. Également initialement programmé, mais annulé, sera créé en Hongrie un opéra-ballet de Philip Glass d´après Les Enfants terribles de Jean Cocteau sur une mise-en-scène et chorégraphie de Dóra Barta. Signalons encore Pelléas et Mélisande mis en scène par Kristen Dehlholm, produit par sa troupe danoise Hotel Pro Forma ou encore Cantates en croix (Keresztkantáták) sur une musique de Bach par Csaba Horváth et son ensemble avec la participation de la troupe Forte Társulat. Sur la scène du théâtre Erkel seront donnés deux ouvrages précédemment annulés, Les Contes d´Hoffmann dans une toute nouvelle production de Kriszta Székely, et La Fille du régiment dans une mise-en-scène de Csaba Polgár. Pour célébrer le bi-centcinquantenaire de Beethoven seront donnés sur la scène de l´Atelier Eiffel Le Roi Etienne et Les Ruines d´Athènes, composés pour l´ouverture du Théâtre allemand de Pesth en 1812. Production confiée, pour la direction et dans une légère mise-en-scène, au chef Géza Oberfrank. Une nouveauté présentée cette saison, l´opéra comique Mariage au temps du carnaval (Farsangi lakodalom) du Hongrois Ede Poldini, de retour sur scène après soixante ans d´absence, produit par András Almásí-Tóth, qui tombe à pic avec son histoire de quarantaine…

Mais c´est avec la réouverture de la salle de l´avenue Andrássy, prévue le 11 mars prochain, que sera attendu le temps fort de la saison avec une série de manifestations se tenant quatre jours durant. Le premier soir, ce sera une répétition générale de László Hunyadi (F.Erkel) devant des élèves venus de Hongrie et des pays voisins. Le lendemain, 12 mars, sera donnée une soirée de gala avec Placido Domingo au pupitre. Le troisième soir sera donnée la version initiale de László Hunyadi dirigée par Balázs Kocsár dans une mise-en-scène du directeur de l´Opéra, Szilveszter Okovács (dont ce sera le début à la scène). Et pour clôre ces quatre journées sera donné le 14 un ballet de Kenneth MacMillan, Mayerling par le corps de ballet de l´Opéra dans une version totalement nouvelle.

Un bâtiment entièrement rénové qui aura retrouvé sa pompe d´antan, mais aussi sera doté des infrastructures les plus modernes et verra son acoutstique sensiblement améliorée. Idéal pour donner Wagwer, avec tout ´abord, en avril, Parsifal, puis Le Crépuscule des Dieux. A côté de ces premières seront par ailleurs reprises des productions de la saison dernière, mais jusqu´ici uniquement accessibles en ligne. Entre autres: Andrea Chénier, Le violoniste de Crémone (Jenő Hubay), Don Carlos, Figaro, Le Roi Etienne, Le Malade imaginaire, A walking dead (de l´Américain Jake Hegger), Maître et Marguerite (Levente Gyöngyösi), Salomé, Tante Simona (Ernő Dohnányi), l´Enlèvement au Sérail ou encore Le Bourgeois gentilhomme. Comme on voit, la part belle sera donnée à des oeuvres de compositeurs hongrois.

Pour ce qui concerne les ballets. outre Mayerling déjà cité seront présentées à l´Atelier Eiffel trois productions contemporaines: Chroma de Wain McGregor, Sade case de Sol León et Paul Loghtfoot, enfin Le coeur de Paquita de Petipa dans une transposition due à Irina Prokofieva et Albert Mirzoyan. Sans compter la reprise des grands classiques: Romeo et Juliette, Onéguine, Gisèle, Le Casse-noisette, La Fille mal gardée (avenue Andrássy), Cacti et Episode 31 (Alexander Ekman), Don Juan (Thierry Malandain) et l´Oiseau de feu (Atelier Eiffel)

Quant aux artistes étrangers, nous ne saurions ici les citer tous. Rappelons la venue de Placido Domingo qui chantera dans Simon Boccanegra, Erwin Schrott dans Mephistophéles, Peter Seiffert dans Parsifal ou encore Matthew Polenzani dans Don Carlos, pour ne citer qu´eux. Ou ce récital que donnera Patricia Petibon et cet autre par Anna Netrebko en duo avec Yousif Eyvazov Outre les chanteurs, chorégraphes et metteurs-en-scène inerviendront également des chefs étrangers. (Tel notre compatriote Frédéric Chaslin dans Pelléas)

Enfin, signalons une reprise des tournées en province. A mentionner également la participation de l´orchestre et du choeur qui accompagneront la messe solennelle qui sera célébrée par le pape François sur la place des Héros à l´occasion du 52ème Congrès eucharistique international qui se tiendra début septembre à Budapest. Un autre temps fort, donc.

Pour terminer, un mot sur l´ouverture de l´Espace Eiffel, dernier né de l´institution, visiblement „enfant chéri” de son directeur Szilveszter Okovács. Site que nous avons déjà largement présenté dans ces colonnes. Un rappel en un mot: il s´agit d´un ancien dépôt de locomotives entièrement réaménagé pour offrir un cadre adapté aux opéras de moindre taille (500 places) et oeuvres contemporaines. Un site multifonctionnel également dédié aux répétitions et servant d´atelier et d´entrepôt. De nombreuses productions y sont programmées, notamment un programmne réservé aux jeunes.

 

 Une saison qui se présente apparemment sous les meilleurs auspices. Pourvu que ne vienne pas compromettre le tout une nouvelle vague de la pandémie. Mais ne jouons pas les oiseaux de mauvais augure et préparons-nous à retrouver dès la rentrée nos oeuvres et interprètes favoris. Une saison qui sera placée sous le signe du renouveau.

Après une si longue attente, voilà qui sera somme toute bien mérité.

 

Pierre Waline, 3 juin 2021

(Photo: Attila Nagy) 

 

Paradoxalement, depuis la fermeture des salles de concert, peut-être jamais l´offre n´aura été si riche en matière de musique. Retransmis sans public sur les réseaux, certes, mais d´autant plus accessibles, car suivis de chez soi, et se succédant quasi quotidiennement. C´est ainsi que, pour commémorer les 140 ans de la naissance de Béla Bartók se tiennent ces jours-ci en Hongrie des „semaines internationales d´Art” sous le titre de „Printemps Bartók” (Bartók Tavasz). Virtuelles, donc, mais offrant à l´internaute un programme riche et varié. Dont une soirée consacrée à Mozart (retransmise depuis le palais des Arts-Müpa). Au programme: la 33ème symphonie K319, la 9ème concerto K271, dit „Jeunehomme” et la Messe en ut, K427. Les interprètes: l´orchestre Orfeo et le choeur Purcell placés sous la baguette de leur fondateur et chef permanent György Vashegyi. En solistes: Mihály Berecz dans le concerto, Sabine Devieilhe, Katalin Szutrély, Zoltán Meggyesi et Loránt Najbauer dans la Messe en ut. Tous hongrois, à l´exception de la soprane française Sabine Devieilhe. Et tous déjà bien connus (et appréciés).

M.Berecz S.Devieilhe Gy.Vashegyi

La symphonie en si bémol K 319 fut composée à Salzbourg en juillet 1779 (Mozart avait alors 23 ans). Écrite à l´origine en trois mouvements pour un ensemble réduit, Mozart y ajouta par la suite le menuet et le trio pour en confier le manuscrit en 1785 - en même temps que celui de la symphonie Haffner - à la maison Artaria. (L´une des rares à avoir été imprimées de son vivant). Composée lors de la dernière période salzbourgeoise du compositeur, l´oeuvre est empreinte d´une atmosphère radieuse („Décontractée, mais non frivole”, B. Massin). Certains déclarent y reconnaître un thème que l´on retrouvera dans la symphonie Jupiter. D´autres, faisant preuve d´imagination (Sainte Foix) y voyant du Schubert avant l´heure, voire, dans le finale, un „tremplin” qui inspirera Beethoven dans sa 8ème symphonie (Einstein). Peu importe. Ce que nous en retiendrons est son côté particulièrement soigné et, encore une fois, son climat serein qui préfigure la proche libération des contraintes salzbourgeoises. Elle est surtout connue pour son brillant finale (allegro assai).

Créé à Munich en octobre 1777, le concerto „Jeunehomme” en mi bémol, neuvième de la série, était dédié à une pianiste française rencontrée à Salzbourg (qu´il retrouvera probablement l´année suivante à Paris). De cette Mlle Jeunehomme, nous savons bien peu de choses, sinon qu´elle était une virtuose réputée. Nous supposons cependantt qu´elle initia le jeune compositeur aux dernières tendances de la mode musicale parisienne, influencée par Gluck et Rameau pour se départir du style galant alors en vogue. Ce qui se ressent dans la qualité de l´oeuvre que nous offre le jeune Mozart. Il avait alors 21 ans, donc majeur, et commençait à envisager sérieusement son départ pour Vienne. Pour preuve de l´importance qu´y attachait Mozart, l´oeuvre ne sera plus suivie pour un bon moment d´autres concertos (mis à part le concerto pour deux pianos). Qu´il nous soit permis de citer à cet égard un critique qui en décrit fort bien l´originalité: Le Concerto « Jeunehomme » dépasse tous les cadres connus à l’époque. C’est le premier exemple de concerto où soliste et orchestre dialoguent continûment de cette façon. Chose inhabituelle dans le genre, le piano entre d’emblée, sans introduction orchestrale. Il n’est pas caractérisé par un thème propre, contrairement à la coutume : il est immédiatement intégré à la trame musicale. Un motif se dessine, mais dont le compositeur explore les variations plutôt que d’en inventer plusieurs à la suite (autre nouveauté). L’Andantino en ut est suivi d’un Rondo riche en inventivité. La structure harmonique est inattendue. La construction, particulièrement riche, inclut un menuet à trois temps. Le thème (repris quatorze ans plus tard comme leitmotiv de Monostatos) est traité en quatre variations. Autant d’innovations qui font aujourd’hui commenter le Concerto « Jeunehomme » comme une rupture dans l’histoire du genre et une préfiguration des concertos romantiques.„ (Louis Gohin).

De la musique religieuse de Mozart, le public connaît surtout son Requiem et la Messe du Couronnement. Bien moins souvent jouée, la Grande Messe en ut figure pourtant au rang de ses oeuvres majeures. Messe que Mozart composa à l’époque de son mariage avec Konstanze Weber, alors qu´établi à Vienne, il venait de s´affranchir du Prince-Archévêque Colloredo. Elle répond à un voeu que le jeune Wolfgang avait formulé pour la guérison de sa fiancée alors gravement malade et pour la réalisation de leur hyménée. Elle fut donnée à Salzbourg lors d´un voyage destiné à présenter Konstanze à son père. C´est elle qui y tenait la partie de soprano. Il s´agit d´une oeuvre inachevée (y manquent la seconde moitié du Credo et tout l´Agnus Dei). On ignore pour quelle raison, nombre de spéculations plus ou moins fantaisistes ayant été avancées sur le sujet. Peu importe, car, même en l´état, on peut y voir, avec le Requiem - également inachevé - l’un des deux sommets de sa musique religieuse.

Pour la première fois composée de son plein gré, librement et non sur commande, la Messe en ut fourmille d´ innovations par rapport à ses compositions précédentes. Tout d´abord par l´influence de Bach que le jeune Mozart venait précisément de découvrir et d´étudier. Notamment par son style contrapuntique et le recours à la fugue. Forte influence également de Haendel dont Mozart connaissait les oratorios. Autre nouveauté: la dimension de l´orchestre, élargi, notamment du côté des vents. Une particularité, enfin: le traitement de certains passages comme de véritables arias confiés à la soprano, Konstanze oblige... (En l´occurrence deux sopranos.) Tel le Laudamus te du Gloria ou encore le fameux Et incarnatus est du Credo.

 

 

Les interprétations?

De la symphonie, nous retiendrons cette brillance, cette fraîcheur et cette impression de légèreté, si caractéristiques de la formation de Vashegyi, qui joue sur instruments anciens. Notamment du côté des cuivres et des bois. Une originalité: l´introduction d´un piano-forte pour soutenir, mais discrètement, le jeu des cordes. Probablement une trouvaille (bienvenue) du chef.

Mais c´est surtout par la suite, avec le concerto, que nous attendions l´un des temps forts de la soirée. Du jeune soliste (23 ans), nous avons déjà dit le plus grand bien et n´avons plus à le présenter. Caractérisé entre autres par un jeu clair, détachant bien les notes, même dans les passages rapides. (A priori conforme à l´esprit du compositeur dont les témoins décrivaient le style staccato.) Mais c´est ici surtout l´instrument qu´il nous faut évoquer, copie d´un piano-forte de l´époque. Instrument qui, contrairement à ceux que nous avions l´habitude d´entendre, sonnait admirablement, offrant notamment des graves chaudes. Un instrument pour lequel le jeune pianiste semble avoir une prédilection. Nous lui laisserons ici la parole: „C´est sous l´influence de György Vashegyi et de Malcolm Bilson que j´ai commencé à m´intéresser à cet instrument, pour y jouer non seulement Haydn et Mozart, mais aussi Beethoven et Schumann. Bien que difficiles d´accès et exigeant une toute autre technique, j´en imposerais, si cela ne tenait qu´à moi, la pratique à mes collègues.”

C´est avec la Messe en ut que nous attendions le véritable temps fort de la soirée. Une oeuvre, comme on l´a vu, qui fait la part belle aux deux sopranes. Ici, toutes deux absolument irréprochables. Pureté de la voix, délicatesse dans les nuances, aisance tant dans les aigus que dans les graves. Il faut dire qu´elle disposent toutes deux de sérieuses références. Sabine Devieilhe désignée en 2013 „Révélation Artiste Lyrique” aux Victoires de la Musique, puis „Artiste lyrique de l´année” deux années plus tard. Quant à sa partenaire hongroise, Katalin Szutrély, que nous avions déjà eu l´occasion d´entendre et apprécier dans la même oeuvre (1), elle remporta en 2000 le Prix de la Société Wagner lié au Festival de Bayreuth. (Soprane, certes, mais à la voix assez proche du timbre mezzo, la distinguant de sa jeune partenaire française, soprano colorature, ce qui n´en donnait que plus de couleurs à leur passage en duo.) Bien qu´excellents, nous ferons moins de commentaires du côté des hommes en raison de leur rôle plus limité, notament le baryton (Loránt Najbauer, formé aux État-Unis) qui n´intervient qu´à la fin de l´oeuvre. Pour le reste, de l´orchestre ou du choeur, nous ne savons qui louer le plus. Tous. Le choeur, tout d´abord: clarté, pureté des voix, parfaite diction et cette capacité à passer sans transition du forte au pianissimo. Quant à l´orchestre, nous en avons déjà souligné ces mêmes qualités que nous retrouvons ici (fraîcheur, clarté des registres). Le tout sous la direction animée et vive d´un Vashegyi dirigeant sans baguette et sans pupitre.

Une belle soirée, donc. Mais sans surprise, connaissant le niveau, tant du chef que de ses musiciens et solistes. Mozart qui semble être ces temps-ci particulièrement à l´honneur sur les rives du Danube. Tel ce récital de musique de chambre qui lui était consacré le même soir ou encore cette prochaine interprétation du Requiem (le 26 mai) donnée par Iván Fischer et son Orchestre du Festival à la mémoire des victimes du Covid.

Un Mozart à consommer sans modération. Ce dont nul ne se plaindra.

Pierre Waline, 19 mai 2021

(1): Concert Mozart à Budapest: un auditoire envoûté lors d´une soirée qui fera date.”, 16 novembre 2018.

 



 

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