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Née en Russie (Géorgie), la pianiste Elisabeth Leonskaïa réside à Vienne depuis 1978. Vienne d´où elle aime apparemment se rendre en voisine à Budapest pour s´y produire, notamment avec Iván Fischer et l´Orchestre du Festival (BFZ). Tel est le cas de trois concerts donnés en cette fin de novembre dans le cadre d´une série Beethoven-Dvořák. Au programme: de Dvořák Légende op. 59, une danse slave et un choeur, en première partie, la 7ème symphonie en seconde partie. De Beethoven les 4ème et 5ème concertos. Il est probablement inutile de présenter ici Elisabeth Leonskaïa qui figure sans nul doute parmi les grands noms du piano sur la scène internationale. Il nous suffira de rappeler qu´elle se lia avec Sviatoslav Richter avec qui elle se produisit fréquemment en duo.

Crédit photos: BFZ/Marco Borgreve

Pour le concert auquel nous avons assisté, c´est le 4ème concerto qui figurait au programme. Contemporain de la quatrième symphonie et du concerto de violon (1806), le concerto en sol majeur ne fut donné que deux fois du vivant de Beethoven. Aujourd´hui encore, il est peut-être moins fréquemment joué que les 5ème et 3ème. Un Troisième dont il se démarque nettement. Déjà par l´entrée du soliste dès les premières mesures, mais aussi et surtout par sa forme et son climat. Il s´agit là d´une oeuvre à part dans le catalogue des cinq concertos. Une oeuvre à laquelle Beethoven semblait tenir particulièrement (1). On retiendra notamment son merveilleux mouvement lent andante con moto,

Comme pour les Danses slaves, les Légendes op. 59, au nombre de dix, avaient été écrites à l´origine pour piano à quatre mains. C´est à la demande de son éditeur Fritz Simrock que Dvořák en réalisa une version pour orchestre. Des pièces intimes „finement ciselées, d´une poésle délicate” (Guy Erismann) particulièrement appréciées par Brahms qui écrivit à leur sujet: „Une oeuvre ravissante et on ne peut qu´envier la fraîche, allègre et riche inspiration de cet homme”. Dans sa transcription pour orchestre, Dvořák veilla à en préserver le caractère intime, allègeant son orchestre d´où il exclut trombones et percussions (2). Les Danses slaves, quant à elles, ne sont plus à présenter, tant le succès qu´elles connurent dès leur parution est encore vif aujourd´hui. Ici encore, c´est à la demande de son éditeur que Dvořák en réalisa une version pour orchestre. Composées la même année que les Danses norvégiennes de Grieg (1878) et précédant de peu les Danses hongroises de Brahms, elles répondent à la mode du temps qui était à l´exaltation du patrimoine populaire. C´est la deuxième danse qu´Iván Fischer et ses musiciens ont choisi de nous interpréter. Quant aux Quatre choeurs pour voix mixtes op.29, il n´y a rien à en dire de particulier, sinon qu´ils furent écrits la même année que les Danses. Celui donné ce soir s´intitule Nepovim (Ich sag´s nicht).

Avec sa septième symphonie en ré mineur, composée en 1885, Dvořák a choisi d´innover par rapport à ses oeuvres symphoniques précédentes, encouragé pour cela par Brahms. Écrite sur commande, elle fut créée à Londres où elle obtint d´emblée un vif succès. Décrite par les critiques comme la plus mouvementée des neuf, on la dit influencée par la Troisième de Brahms que son ami tchèque admirait.

Alors?

Dvořák, tout d´abord. Les trois brèves pièces qui ouvraient le concert (Légende, Choeur pour voix mixtes, 2ème danse salve) furent pratiquement données d´affilée. Offrant une parenté évidente, marquées par ce charme et cette fraîcheur bien typiques. Bref, le charme slave! Un coup de chapeau au passage aux instrumentistes métamorphosés sur un simple coup de baguette en choristes. Et quels choristes! Belles voix, parfaite harmonie. Et… chanté en tchèque! On sait que Fischer adore faire chanter ses musiciens, c´est quasiment devenu un rite. Coup de chapeau à ces mêmes musiciens, reprenant cette fois-ci leur casquette d´instrumentistes, sachant sans cesse se renouveler et nous entraîner avec eux dans la danse sans jamais tomber dans la routine, pour des oeuvres pourtant mille fois jouées.

Et la Septième? Une oeuvre mouvementée, au climat par moments tendu, presque tourmenté (tonalité en ré mineur). Qui contraste avec les deux symphonies suivantes plus directement séduisantes (8ème et 9ème). Mais où l´on décèle malgré tout des passages empreints de ce charme bien caractéristique. Tel le fameux scherzo ou encore ce thème, proche de la danse, qui ressurgit ici ou là comme un Leitmotiv dans le finale. Une oeuvre à l´orchestration particulièrement riche et fouillée, idéale pour mettre en valeur les qualités d´un orchestre. Ce qui fut le cas ce soir.

Passons au temps fort de la soirée, le Quatrième concerto de Beethoven. Presque contemporain de l´Appassionata, il fut écrit à une période où la technique du piano (encore pianoforte) connaissait une profonde évolution. Ce qui se ressent dans l´oeuvre. Une oeuvre caractérisée dans ses deux mouvements extrêmes (Allegro, Rondo) par une grande fluidité du piano, en constante symbiose avec l´orchestre. A l´opposé de l´Andante où l´on assite à un touchant dialogue, empreint d´une pudique intimité. L´interprétation qui nous en a été ici donnée fut tout bonnement merveilleuse. Un piano d´une grande clarté accompagné par un orchestre aux sonorités somptueuses. La soliste, le chef et ses musiciens étant visiblement en parfaite harmonie. Sans aucun doute, nous avions affaire ce soir à une grande interprète de Beethoven. Elisaberh Leonskaïa qui nous a en plus gratifiés en bis d´une fort belle intreprétation de l´Allegretto final de la 17ème sonate (Tempête).

Petite cerise sur le gâteau (au sens propre..) : au beau milieu des applaudissements, ou plutôt des acclamations, Iván Fischer est revenu sur scène tenant en mains… un gâteau! Car c´était précisément ce soir l´annivesraire de la pianiste (qui fête ses 74 ans). Surprise et éclatant de rire, elle a bien failli tomber à la renverse sur son beau Steinway! Un geste sympathique qui en dit long...

Pour conclure, nous ne remercierons jamais assez le ciel (ou plutôt Fischer) de nous offrir sur la place de Budapest une formation de cette qualité (3). A fortiori quand vient s´y joindre une grande dame du piano de cet cet acabit. Un souhait pour conclure: qu´elle nous revienne dès que possible…

Pierre Waline, 24 novembre 2019

 

(1): comme en témoigne son accès de colère lorsque, au concert prévu pour sa création, il dut être remplacé in extremis par le troisème concerto, le pianiste (Ries), qui avait reçu la partition au dernier moment, n´étant pas suffisamment préparé.

(2): Dvořák ne s´est jamais expliqué sur son titre Légendes - déjà utilisé par Liszt - qu´il ne faut donc pas prendre à la lettre.

(3): une ombre au tableau: suite à une réduction drastique de leur subvention, Iván Fischer et ses musiciens se voient contraints de renoncer dès cette saison à de nombreuses manifestations. Entre autres les concerts gratuits auprès des enfants et des milieux défavorisés ou dans les églises et synagogues,,ainsi que les représentations d´opéras, se voyant également contraints d´annuler une tournée dans les pays baltes. Dommage…. D´autant plus regrettable que, par sa renommée, la formation contribue largement à promouvoir l´image de la Hongrie dans le monde. Mais il semblerait qu´en haut lieu, certains (pas suffisament mélomanes?) n´y soient guère sensibles...

 
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