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S'il est un nom que nul Hongrois ne saurait ignorer, c'est bien celui de Trianon. Trois syllabes maudites qui évoquent le lieu où fut signé, en ce 4 juin 1920, un traité à la suite duquel le royaume perdit d'un coup les deux tiers de son territoire et la moitié de sa population. Véritable diktat par lequel la délégation hongroise, traitée sans ménagement, se vit imposer des conditions draconiennes sans même avoir été consultée ni même invitée, sinon au tout dernier moment, le temps d'apposer sa signature au bas du document (1). Conséquence indirecte des déboires d'une double monarchie confrontée à une multitude de nationalités que, reconnaissons-le, elle n'avait pas su gérer. C'est ainsi que, si le traité causa un véritable traumatisme aux près de trois millions et demi de magyarophones arrachés à leur patrie, il signifiait par contre pour les quelque sept millions d'autres (exception faite des Allenands, principalement Roumains et Slovaques) une libération de la tutelle de Budapest. Une amputation douloureuse dont les plaies ne se sont pas refermées cent ans après... Véritable drame pour ces familles écartelées, mais qui n'en ressentent que davantage une solidarité avec leurs voisins et parents de Hongrie.

Un drame qui a fait couler des flots d'encre et continue de provoquer des débats passionnels, souvent houleux, sur lequel nous ne reviendrons pas, ce qui serait maladroit, voire incongru de notre part. La France, en la personne de Clémenceau, étant plus que jamais montrée du doigt comme le principal artisan du traité.

Notre propos est ici davantage de nous intéresser à ce qui se cache derrière le nom de ce palais, au demeurant charmant.


C'est au XIIème siècle que le nom du lieu serait apparu pour la première fois dans une bulle papale sous la désignation de Triarnum, marquant probablement la jonction de trois domaines. Un hameau qui ne retint guère l'attention jusqu'au jour où Louis XIV, désireux de créer un lieu réservé à sa détente et à ses plaisirs, le racheta pour l'intégrer à ses terres. Louis XIV qui fit alors bâtir un château de fantaisie, le „Trianon de porcelaine” sur l'emplacement de l'église et des maisons du village. Ce n'est qu'un siècle plus tard que Louis XV demandera à son Premier architecte de construire sur son emplacement un château d'un genre nouveau, dispensant une vue sur les jardins qui l'entouraient. Destiné au départ à préserver l'intimité de sa maîtresse, la marquise de Pompadour. Que nous connaissons donc aujourd hui sous le nom de „Petit Trianon”. Demeure que Louis XVI offrira par la suite à Marie-Antoinette à proximité du Hameau qu il avait fait construire pour elle (2) .


 

Également édifié sur ordre de Louis XIV, Le Grand Trianon ou Trianon de marbre (celui du Traité) fut conçu par l'architecte Le Vau à proximité du Trianon de Porcelaine. L’extérieur du bâtiment est construit en marbre rose, ce qui lui confère le nom de « Trianon de marbre », par opposition au Trianon de porcelaine.

Palais en partie délaissé par Louis XV qui y logera Maria Leszczyńska. II faudra attendre le Premier Empire pour que le domaine reprenne de l’importance, Napoléon ordonnant la restauration des deux bâtiments (et l'édification du péristyle qui embellit le palais). Puis pas grand chose, jusqu'à ce que le général de Gaulle (et Malraux...) en ordonne à son tour la restauration et décide d'en faire une résidence d'agrément et de repos pour ses hôtes de marque (3).

Quant au Petit Trianon, spolié et transformé en auberge sous la Révolution, il faudra attendre l'Empire pour que le bâtiment reprenne son rang de palais pour être d'abord affecté par l'empereur à sa soeur Pauline Borghèse, puis à l'impératrice Marie-Louise qui disait s'y plaire (car lui rappelant son chaâteau de Laxenbourg) (2).

Qu'en est-il aujourd hui? Nichés au fond du parc, loin du château et de ses foules, les deux bâtiments, sertis dans un charmant environnement de verdure, constituent sans nul doute l'un des joyaux de Versailles. Le Petit Trianon par son architecture sobre et classique. Le Grand Trianon par son harmonie et sa légereté, édifié de plain pied. Contrastant avec la masse imposante du Château. Egalement par son intérieur, entièrement restauré, tout en finesse dans un style empire qui contraste avec la pompe du Château. Restauration pour laquelle il avait été fait appel à des artisans travaillant selon les procédés de l'époque.

Bien qu'isolés et éloignés du Château, les Petit et Grand Trianon n'en constituent pas moins un lieu très prisé des visiteurs. Totalement méconnu, part contre, car fermé au public: le „Petit Théâtre de la Reine” (à ne pas confondre avec l'Opéra royal situé dans l'aile du Château), véritable bijou édifié pour Marie-Antoinette à deux pas du Petit Trianon. La reine, dont on sait le goût prononcé pour le théâtre et la musique, ayant choisi ce lieu pour s'y produire à l'écart des bruits et potins de la Cour, dans des petites comédies en compagnie de son proche entourage. Construit en 1778 par l'architecte Richard Mique, le théâtre offre une façade volontairement discrète, mais un intérieur fastueux aux tons bleu et or. Parmi les pièces qui y furent données, le Barbier de Séville de Beaumarchais, dont le Mariage de Figaro était interdit par la censure!

Voilà pour la petite histoire de ces deux résidences dont le nom reste à jamais entaché dans la mémoire de nos amis hongrois. Et pourtant, deux lieux qui méritent largement une réahabilitation, ne serait-ce qu'au plan purement esthétique.

Une bonne nouvelle, pour terminer: après quatre-vingt deux jours de fermeture, nous apprenons, en ce 6 juin, que le Château, son parc et ses dépendances se voient enfin rendus à leur public.

Un rendez-vous à ne pas manquer!

 

Pierre Waline (6 juin 2020)

(1): délégation conduite par le comte Albert Apponyi. Alors autorisé, du bout des lèvres et sans enthousiasme, à prendre malgré tout la parole. Dans une tirade demeurée célèbre, prononcée, dit-on, dans un français impeccable, amère, mais empreinte de dignité.

(2): source: Wikipédia.

(3): dont le Président hongrois Pál Losonczi, gaffe monumentale, pourtant passée inaperçue à l'époque.



 

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