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Question: qu’y a-t’il de commun entre le compositeur hongrois Ferenc Erkel et Giuseppe Verdi? Quasiment contemporains, ils composèrent tous deux des opéras (bof...rien d’original) et furent profondément attachés à leur patrie et épris de liberté (même remarque(1))... Tout cela pour en venir à dire que Verdi est actuellement à l’honneur au théâtre Erkel de Budapest, avec non moins de six opéras en un mois. Dont une „Trilogie” des opéras du maître italien inspirés de Schiller (2): Jeanne d’Arc, I Masnadieri (Les Brigands) et Luisa Miller (Intrigue et amour), donnés d’affilée trois soirs de suite. Déjà en soi, l’idée, courageuse, est à saluer, car voilà des opéras rarement joués et réputés peu „sexy” auprès du grand public. Autre bon point: ces oeuvres furent données, non par l’orchestre, choeur et troupe de Budapest, mais par ceux de l’opéra de Kolozsvár (Cluj), venus de Transylvanie.

Le théâtre Erkel de Budapest. Crédit foto: Magyar Állami Operaház

Avant d’en venir à l’interprétation, que l’occasion me soit donnée pour tirer à nouveau un coup de chapeau aux rénovateurs et „animateurs” de cette salle. Accueil souriant, visibilité et acoustique parfaites, confort (vous pouvez même croiser les jambes !..), tout y est assuré pour vous faire profiter du spectacle dans les meilleures conditions possibles. De plus, à des tarifs raisonnables, même pour un public hongrois; de moitié prix par rapport à la salle traditionnelle de l’avenue Andrássy. A titre d’exemple, une place de catégorie moyenne m’aura coûté 1 500 forint (5 euros) en soirée. Le prix d’une place de cinéma et dix fois moins que certains récitals de variété.

Comparable, en plus modeste, mais peut-être plus charmant, à notre opéra Bastille, sa vocation initiale „d’opéra du peuple” (Népopera) est au moins ici respectée... Alors qu’à la Bastille, qu’on nous assurait au départ être aussi un „opéra du peuple” (tu parles!), je n’ose même pas imaginer le prix d’une place moyenne.... „Plus modeste, mais peut-être plus charmante”, cette salle de 2 400 places (3) ouverte en 1911 a été restaurée sans trop de bouleversements (mis à part l’acoustique et le confort), de façon à lui conserver son aspect presque un peu désuet de l’époque, mais non dépourvu d’un certain charme. Et puis, cerise sur le gâteau: pas de ces touristes-paparazzi qui vous envahissent joyeusement l’autre salle, davantage attirés par le cadre que par oeuvres que l’on y joue. Certes, je les comprends, mais il est aussi bien agréable d’avoir de temps à autre un lieu où se réfugier pour se concentrer sur la musique sans trop de diversions (4).

Autre coup de chapeau: pour la troupe et les musiciens. De niveau plus qu’honorable, avec des solistes de qualité variable, mais dont certains absolument remarquables. A commencer par les deux ténors Cristian Mogosan, le roi Charles VII de Jeanne d’Arc, et Hector Lopez Mendoza, le Charles (encore un!) des Brigands. Et un immense remerciement à la merveilleuse soprane Appollónia Egyed qui nous a offert une Amalia si séduisante (Les Brigands). Sans parler de Klára Kolonits, que nous connaissions déjà, puisqu’elle fait partie de la troupe de Budapest, particulièrement émouvante en Luisa Miller. Non seulement une belle voix, mais beaucoup de présence. Un mention spéciale au choeur, impeccable. Seule réserve: ces trop nombreux décalages entre chanteurs et orchestre, probablement dûs à un manque de répétitions.

Pour ce qui est de la mise en scène, des décors et des éclarages: sobres, mais manquant d’originalité. Idem pour les costumes, plutôt quelconques, mis à part l’accoutrement de notre pauvre roi Charles VII (Jeanne d’Arc) totalement hors de propos...

Pour ce qui est de l’intrigue... J’avoue à ma grande honte ne pas avoir lu les pièces de Schiller. Et ce ne sont pas ces spectacles qui m’y inciteront. De intrigues compliquées que je reconnais avoir eu du mal à suivre... Avec des méchants vraiment très méchants et vicieux, et des gentils un peu nunuches.. Pour commencer, une Jeanne d’Arc non seulement sans rapport avec la réalité (ou du moins avec sa légende), mais un peu agaçante, pour ne pas dire par moments ridicule. Des Brigands déjà moins indigestes... Seule Luisa Miller (le plus connu des trois) a su vraiment m’émouvoir. La faute en incombe, paraît-il, plus au livret qu’aux textes de Schiller, parfois peu respectés. Admettons.

Mais quelle musique! Sans atteindre les sommets qu’il nous offrira quelques années plus tard, Verdi nous livre ici des partitions fines, sans cette ostentation racoleuse qu’on lui trouve parfois (Nabucco, Aida). Des beaux choeurs (qui me rappellent par moments Macbeth, justement composé à la même époque) et des beaux duos. Comment ne pas penser à la scène finale de la Traviata quand les amants des Brigands Carlo et Amalia se retrouvent pour se jeter dans les bras l’un de l’autre. Mais quelques longueurs aussi.... Et puis des seconds rôles parfois un peu rasoirs, tels ces vieux papas nunuches et moralisateurs à souhait qui ont le don de m’agacer (chantés ici par des basses pas toujours au mieux de leur forme).

Non pas du grand Verdi, donc, mais du beau Verdi, oui! Raison suffisante pour les avoir programmés. Programation audacieuse et risquée (la salle était à moitié vide), mais qui en valait largement la peine. Et qui méritait à mon sens d’être ici évoquée. Voilà qui est fait.

Prochaine sortie dans quelques jours: Rigoletto. Mais là, ce sera un autre gabarit..

PW - 2 décembre 2013

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(1): on doit à Erkel la partition de l’hymne national hongrois

(2): en fait au nombre de quatre, avec Don Carlos.

(3): 2 700 à la Bastille.

(4): seul petit accroc: l’alarme s’est déclenchée pour hurler une bonne minute durant le premier soir, précisément au plus beau moment, quand Jeanne d’Arc se meurt !.... 

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