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„Le repas, un art français”: tel est le titre d’un dossier récemment publié dans le quotidien Le Monde (1). Fort bien conçu et richement documenté, ce dossier constituait un éloge de l’exception  française dans l’art de se nourrir.

Non tant pour le contenu de l’assiette que pour le rituel censé entourer chez nous la prise de nourriture. Parmi les nombreuses études dont nous sommes inondés, une avait retenu l’année dernière mon attention. Venant des États Unis et citant la France en exemple, elle tendait à prouver un lien direct entre notre santé, voire notre espérance de vie et le fait de partager nos repas avec autrui. Se réunir autour d’une table avec des proches, amis ou simples relations de travail, constituerait en soi un gage de bonne santé (mentale et physique). Ce qui implique un postulat: prendre le temps de converser et d’échanger. Inutile d’être médecin ou diététicien pour deviner l’effet bénéfique que peut avoir sur la digestion le fait de se nourrir sans précipitation dans un environnement de détente et de convivialité.

Mais s’agit-il vraiment d’une exception française ? Difficile à apprécier... Il est vrai que mon  expérience des années passées à l’étranger tendrait à me le confirmer. Mais vaste est le monde et il serait présompteux de trop vite généraliser. Je ne sais rien des moeurs d’Asie et d’Afrique (2). Et si l’on s’en tient à notre monde occidental (Europe-Amérique-Australie), plutôt que de parler de spécificité française, ne conviendrait-il pas plutôt d’opposer un mode de vie latin, méridional aux mondes anglo-saxon et nordique? Et encore ce constat demeure-t’il confiné aux milieux citadins et non au monde rural...   

Il est vrai que le contraste peut paraître parfois violent. Par exemple entre des Allemands qui proscrivent le repas d’affaires comme une perte de temps inutile, voire néfaste, ou ces jeunes Américains que l’on voit constamment grapiller à toute heure du jour et de la nuit dans le frigidaire familial, d’un côté. De l’autre, ces Français pour qui le repas en famille reste sacré ou qui, quand le travail les tiennnent éloignés de chez eux, adorent se retrouver entre collègues pour un déjeuner convivial au troquet du coin, quitte à rattraper le soir l’heure et demie, voire les deux heures consacrées à la sacro-sainte pause déjeuner.

Bien évidemment, les exceptions fuseront des deux côtés. Malgré tout, il nous suffira d’arpenter les trottoirs parisiens un jour de semaine entre midi et deux heures (terrasses archi-bondées) ou, au contraire, de prénétrer dans les couloirs désertés d’une administration aux mêmes heures pour me donner raison.

D’où cela vient-il? Il y aurait des livres entiers à pondre sur le sujet, telles les études mentionnées dans le dossier cité plus haut. Un sujet trop vaste pour que nous l’abordions ici, dont les racines remontent loin dans l’histoire de notre pays, encore resté marqué par son passé rural.  

Au-delà de ce phénomène, c’est toute une conception du temps qui est ici en cause. Je me souviens d’avoir entendu sur les antennes le témoignage d’une jeune Hongroise stagiaire à Paris qui raillait, sur un ton méprisant, „ces Français qui commencent leur journée de travail à papoter des minutes entières au lieu de se mettre à la tâche”. Ce que n’avait pas compris cette petite bécasse coincée est que ce n’est pas là du temps perdu, mais bien au contraire une bonne mise en condition et en confiance pour ensuite mieux travailler ensemble, dans une ambiance conviviale. Grâce à Dieu, j’ose penser que cette jeune (et déjà vieille..) fille ne représente pas l’opinion hongroise... Une approche que j’avais par contre bien connue en Allemagne. Là, pas de temps perdu, ni de pause prolongée. Rentabilté est le maître mot et l’on ne mélangera pas les genres. Je veux bien si tels sont faits les Allemands. Mais tout le monde n’est pas forcément un robot et, pour être „rentable”, encore faut-il (pour les malheureux non robots) pouvoir mettre du coeur à la tâche. Ce qui implique que l’on prenne le temps de se détendre et de communiquer, quitte à rallonger le temps de présence au bureau ou à l’atelier. Tel est du moins mon credo.   

Le temps et.. le rythme. Tels nos sacro-saints trois repas quotidiens, les pauses qui ponctuent nos journées de travail ne constituent nullement un luxe, mais sont au contraire indispensables, tant pour notre détente individuelle que pour nourrir des relations avec nos collègues (du moins ceux que nous apprécions..). C’est là, me direz-vous, une évidence? Pas pour tous. De même pour le repas de famille qui nous semble aller de soi, et pourtant négligé en maints lieux (ou alors réservé aux seuls jours de fête).

Alors, une fois n’est pas coutume, un petit „cocorico” (3) pour flatter notre ego de peuple bavard, insouciant et indolent... Insouciant et indolent? Pas tant que cela, car il s’agit finalement d’une affaire on ne peut plus sérieuse...

Bon travail et bon appétit !

PW – 19.02.2014

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  1. 15 février 2014
  2. ... du moins pour la quasi minorité qui peut encore y manger à sa faim...
  3. „Hajrá, franciák !”. Par allusion au coq gaulois censé nous symboliser...
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