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Egy francia Magyarországon - Pierre Waline blogja

Francia születésű, nyugdijas vagyok, Pesten élek. Szeretek itt élni, szeretem Magyarrszágot, a nyelvet, a kultúrát, de jó néha hazamenni Párizsba is. Szeretem a klasszikus zenét. Fontos számomra a kommunikáció, meg a harc az intolerancia és a rasszizmus ellen.

Bof....
Déteste par dessus tout l'intolérance, le nationalisme et le racisme, encore trop répandus...
Mindenek elött a nacionálzmus, az intolerancia és a racizmus ellen szeretnék küzdeni, amelyek sajnos tul gyakori jelenségek a mai világban...

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Décidément, Iván Fischer n´a pas fini de nous surprendre. N´ayant rien trouvé de mieux que de se faire vacciner sur scène lors d´un concert récemment donné en plein air à Budapest devant plusieurs milliers (!) de spectateurs (3ème dose). Ceci pour donner l´exemple. Initiative pour le moins originale, mais courageuse. Ce qui est étonnant est que cela ne semble pas l´avoir gêné dans la suite du concert. Par ailleurs, également en plein concert, ses musiciens – tous vaccinés - se sont soumis en public au test!


 

Concert de présentation de la saison qui s´ouvre (1). Occasion de saluer les retrouvailes avec un public trop longtemps éloigné. Il est vrai que tout au long de la pandémie étaient régulièrement diffusés concerts et récitals en ligne, mais rien ne vaut la présence physique. Également à signaler, ce camion qui, durant l´été, a sillonné le pays, véhiculant des petits ensembles venus au devant des estivants pour leur offrir une pause musicale.


Une saison 2021-22 pour laquelle le chef hongrois et ses musiciens entendent nous réserver des surprises. Saison qui s´ouvrira le 9 septembre avec une nouvelle production, le Couronnement de Poppée mis en scène par le chef qui considère déjà l´événement comme un temps fort de la saison. Produit par une équipe internationale, dont la soprane Jeanine de Bique dans le rôle titre. Concert d´ouverture à Budapest, mais qui sera précédé et suivi de concerts donnés „hors frontières”. En Espagne (San Sebastien, Santander) avec un programme faisant la part belle à la musique française (Milhaud, Ravel, Satie, Kodály avec le pianiste autrichien Dejan Lazić dans le concerto de Ravel) et à Lucerne (Liszt, Brahms, Sarasate, concerts centrés sur la personne de Liszt, considéré comme personnalisant ces „passerelles en Europe” si chères au chef hongrois. „Passerelles” pour lesquelles cette année, non un pays, mais une ville sera „l´invitée”, Berlin)

Ce que nous retenons du programme annoncé, trop riche pour être ici détaillé: tout d´abord la participation de nombreux artistes venus de l´étranger. Mais aussi cette curieuse innovation: la série intitulée „Iván nous raconte...” („Iván mesél”), au cours de laquelle le chef hongrois livrera au public des anecdotes entre les différents morceaux interprétés. Pour le reste, poursuite des manifestations habituelles: concerts auprès des jeunes (concerts de minuit), des enfants (concerts cacao) et des milieux autistes, ou encore des familles (musique de chambre du dimanche matin) sans oublier les interventions dans les églises, temples et synagogues, ou encore le traditionnel „concert surprise” de Noël.

Parmi les artistes invités, on retiendra les noms de Jordi Savall et Marek Janowski (deux habitués), mais aussi du pianiste Dani Trifonov et, plus près de nous, du chef suisse Michel Tabachnik. A citer encore le pianiste coréen Yeol Eum Son (Rachmaninov), l´altiste Tabea Zimmermann (concerto pour violoncelle de Schumann), la violoniste Patricia Kopatchinskaja (concerto de Stravinsky), la violoniste Alexandra Cununova (Mozart) ou encore notre compatriote, le contreténor Christope Dumaux (concert de musique baroque). Également invités, les chefs Franck Ollu (répertoire contemporain) et Dmitri Kitaenko (Rachmaninov, Sibelius).

Au niveau du programme, nous notons un équilibre plutôt bienvenu entre les compositeurs du XXe siècle (cette année à l´honneur) et la musique baroque. A noter en mars un concert de musique baroque française (André Philidor, J.B. Lully, J.F. Rameau, dirigé par Jordi Savall). Rappelons que l´orchestre dispose d´une section spécialisée dans la musique baroque, jouant sur instruments anciens. Quant au marathon qui se tient chaque début d´année au Palais des Arts, il sera consacré à Richard Strauss (fin janvier).

Pour terminer, un mot sur les tournées dont les temps forts seront constitués par Le sacre du Printemps à Londres (sur danses improvisées avec la participation du public..), sans oublier Berlin („ville invitée”). Mais aussi un concert avec András Schiff (Neumarkt) et une reprise de la participation (interrompue par la pandémie) au festival d´opéra de Vicenza.

Espérons que la quatrième vague tant annoncée ne viendra pas, une fois de plus, compromettre la saison. Mais… ne jouons pas les cassandres… et préparons-nous à de belles soirées en perspective.

Pierre Waline, 26 août 2021

(1): Rimsky-Korsakov: Sheherazade (extrait), Richard Strauss: Ainsi parlait Zarathoustra (extrait), Vivaldi: l´Été, Piazzolla: Été à Buenos Aires (extrait), Mahler: 1ère symphonie „Titan”, 3e mvt, Brahms-Fischer: 4. danses hongroises, Satie: gymnopédie, Brahms-Schönberg: 1er oncerto, 3e,4e mvts, Bernstein: Trois danses,Times Square.

 

 

 



 

Chaque année, le 20 août constitue en Hongrie le temps fort de l´année, agrémenté de nombreuses manifestations ponctuées par un feu d´artifice tiré des ponts du Danube.

Alain Lamassoure, qui fut entre autres ministre délégué aux Affaires européennes dans le gouvernement Balladur, avant de siéger vingt années durant au Parlement européen (1999-2019) se déclare Européen convaincu, mais en même temps patriote attaché à l´autonomie de son pays. Ce qui, du moins selon lui, n´est pas incompatible.


 


Tel est l´esprit dans lequel a été conçu cet „Observatoire de l´enseignement de l´Histoire en Europe” dont il assume la paternité (et la présidence). De quoi s´agit-il en un mot? Dresser un inventaire („une photographie”) de la place et du mode d´enseignement de cette matière dans les pays du Conseil de l´Europe pour tenter, non pas de fixer un axe commun, mais de mettre à disposition des informations factuelles sur l’état de l’enseignement de l’histoire dans les pays participants. L'objectif à terme étant de faciliter l'échange de bonnes pratiques et un apprentissage mutuel. En l´état actuel, dix-sept États ont d´ores et déjà confirmé leur participation au projet (1). „ll s’agit non pas de concocter un récit historique paneuropéen, ni de notifier aux États des instructions en matière d’enseignement. L’idée fondatrice (2) est davantage de mieux savoir ce qui se fait, et de le rendre public.”

Alain Lamassoure est tout d´abord parti d´un constat. Constat et paradoxe. Alors qu´avec le développement et la propagation des réseaux sur le net, nous avons désormais accès à une masse considérable d´informations précieuses pour l´historien, la place de l´histoire et des sciences humaines est depuis deux décennies en nette régression face aux sciences exactes. Autre constat, l´énorme disparité entre les pays de l´Union européenne quant à la place accordée à l´enseignement de l´histoire et à la façon dont cette matière est enseignée (pour peu qu´elle le soit...).

Quelques exemples (et surprises). „L’histoire n’est pas une matière obligatoire partout en fin d’études secondaires. Et là où elle n’est qu’une option, elle est de moins en moins choisie. Aux Pays-Bas, seuls un tiers des bacheliers optent pour l’histoire, en Pologne la proportion est tombée à 8 %. Au Royaume-Uni, l’abandon de l’histoire comme matière obligatoire au niveau du brevet et du bac s’est répercuté en amont dans le primaire, où les professeurs ne consacrent plus que 4 % du temps à une discipline ainsi dévalorisée. Le Danemark et la Finlande vont encore plus loin : l’histoire est bien obligatoire en primaire, mais les sujets sont laissés à la discrétion de chaque enseignant. En Allemagne, en Autriche et en Estonie, la solution est plus simple : l’histoire n’est pas enseignée du tout en primaire. Elle est remplacée par une « sensibilisation à l’espace et au temps »​, qui comporte notamment l’hygiène dentaire et la sécurité routière!… L’Irlande est un étonnant cas contraire : l’histoire n’y est obligatoire qu’en primaire (qui dure jusqu’à 12 ans). Même là où l’histoire reste une matière obligatoire jusqu’en terminale, presque partout, ces dernières années, les heures d’enseignement ont eu tendance à se réduire, tout comme leur coefficient dans l’examen de fin d’études.”

Autre constat. Ce qui est enseigné reste souvent plus proche de la propagande nationaliste que de l’enseignement d’une histoire aussi impartiale que possible. „Chacun sachant ce qui se passe chez lui, mais ignorant totalement ce qui est enseigné chez les voisins. ” Sans compter que, ce que l´on comprendra aisément, les grands événements ne sont pas abordés de la même façon d´un pays à l´autre. «On ne demandera pas aux Français et aux Allemands de raconter de la même manière le 11-Novembre 1918, ni aux Hongrois et aux Roumains de faire une présentation commune du traité de Trianon, pas davantage aux Polonais, aux Britanniques et aux Russes de fêter de la même manière les armistices de mai 1945. Mais ces récits différents, exprimant des sentiments populaires contradictoires, d’événements qui ont généré des affrontements ultérieurs, doivent être présentés dans un esprit de réconciliation entre États, nations, peuples, communautés ethniques ou religieuses. Comme cela a été fait à travers le manuel franco-allemand.”

Le but est donc clair: pas un récit unique mais une meilleure connaissance des autres récits. La vraie valeur ajoutée de l’observatoire sera de rassembler, compléter et harmoniser la présentation de ces données pour en faciliter la comparaison, et de les mettre à la disposition d’un public beaucoup plus large que les experts habituels. Pour permettre le plus large des débats publics.

Pour ce faire, l´Observatoire, outre son Comité directeur regroupant les représentants des 17 États membres, s´appuie sur un Conseil scientifique consultatif rassemblant 11 personnalités réputées pour leurs compétences, totalement indépendantes. Personnalités qui représentent les diverses disciplines touchant au sujet, des enseignants aux ethnologues, en passant par les spécialistes en matière d´histoire diplomatique ou des religions, jusqu´aux archéologues. Appelés à établir des rapports à espaces réguliers.

Un projet ambitieux, mais qui devrait permettre à terme un rapprochement et - pourquoi pas? - un début de réconciliation par une meilleure connaissance des approches de chacun. Encore une fois, sans imposer quoi que ce soit.

Une initiative à laquelle nous ne pouvons que souhaiter succès. Un voeu qui devrait a priori se voir à terme exhaussé, comme en témoigne le nombre des gouvernements intéressés, en principe prêts à rejoindre le groupe.

Mais n´allons pas trop vite! Ce n´est là qu´un début, et la tâche sera de longue haleine...

 

Pierre Waline, 18 juin 2021

(1): Albanie, Andorre, Arménie, Chypre, Espagne, France, Géorgie, Grèce, Irlande, Luxembourg, Macédoine du Nord, Malte, Portugal, Fédération de Russie, Serbie, Slovénie et Turquie.

(2): lancée en mai 2019 sous la présidence française du Conseil de l'Europe.

Après de longs mois de fermeture, l´Opéra de Budapest s´apprête à rouvrir ses portes au public. Certes, tout au long de la pandémie, nous avions été gratifiés de représentations diffusées en ligne, mais reconnaissons que, surtout dans le cas des représentations scéniques, rien ne remplace la présence sur place.

Reprise qui s´ouvrira sur une saison que l´on nous promet originale, riche et variée, offrant un programme ambitieux avec la participation de nombreux artistes de renom international (chefs, metteurs-en-scène, chorégraphes, chanteurs). Jugeons-en. Dix-sept premières - dont sept qui avaient été précédemment programmées, mais avaient dû être annulées. Au total quatre cents représentations réparties sur les trois salles. A quoi s´ajoute une foule d´interventions variées (1300) - concerts, soirées de musique de chambre, programmes dédiés aux enfants, activités médiatiques, accompagnement et partenariat dans des évènements artistiques, etc. - qui ouvrent une voie nouvelle dans la vie de l´Opéra. Rappelons que l´institution dispose de trois sites sur Budapest: la traditionnelle salle de l´avenue Andrássy, la salle du théâtre Erkel avec ses quelque 2500 places et l´Atelier Eiffel récemment ouvert. La salle de l´avenue Andrássy fait actuellement l´objet d´une rénovation de fond en comble, sa réouverture étant prévue pour le cours de la prochaine saison. Parmi les invités de marque, signalons le retour de Placido Domingo qui se produira tant comme chef que comme chanteur ou encore la présence de notre compatriote Patrica Petibon et d´Anna Netrebko. Nous citerons encore les noms d´Erwin Schrott, Peter Seiffert, Matthew Polenzani et Lawrence Brownlee, tandis que le baryton anglais Sir Willard White se verra confier les rôles-titres dans Barbe bleue et Porgy.

Les Premières, tout d´abord. Signalons, pour commencer une production de Carmen qui sera donnée à partir de septembre sur la scène de l´Atelier Eiffel (et sera également donnée ce mois-ci en plein air à l´île Marguerite). Une Carmen transposée à notre époque dans une mise-en-scène de l´Espagnol Calixto Bieito (qui l´avait également produite à Paris). Parmi les représentations qui avaient dû être annulées, L´Échope de l´orfèvre, oeuvre de jeunesse du futur Jean-Paul II, mis en scène par János Szikora en coproduction avec le théâtre de Székesfehérvár. Également initialement programmé, mais annulé, sera créé en Hongrie un opéra-ballet de Philip Glass d´après Les Enfants terribles de Jean Cocteau sur une mise-en-scène et chorégraphie de Dóra Barta. Signalons encore Pelléas et Mélisande mis en scène par Kristen Dehlholm, produit par sa troupe danoise Hotel Pro Forma ou encore Cantates en croix (Keresztkantáták) sur une musique de Bach par Csaba Horváth et son ensemble avec la participation de la troupe Forte Társulat. Sur la scène du théâtre Erkel seront donnés deux ouvrages précédemment annulés, Les Contes d´Hoffmann dans une toute nouvelle production de Kriszta Székely, et La Fille du régiment dans une mise-en-scène de Csaba Polgár. Pour célébrer le bi-centcinquantenaire de Beethoven seront donnés sur la scène de l´Atelier Eiffel Le Roi Etienne et Les Ruines d´Athènes, composés pour l´ouverture du Théâtre allemand de Pesth en 1812. Production confiée, pour la direction et dans une légère mise-en-scène, au chef Géza Oberfrank. Une nouveauté présentée cette saison, l´opéra comique Mariage au temps du carnaval (Farsangi lakodalom) du Hongrois Ede Poldini, de retour sur scène après soixante ans d´absence, produit par András Almásí-Tóth, qui tombe à pic avec son histoire de quarantaine…

Mais c´est avec la réouverture de la salle de l´avenue Andrássy, prévue le 11 mars prochain, que sera attendu le temps fort de la saison avec une série de manifestations se tenant quatre jours durant. Le premier soir, ce sera une répétition générale de László Hunyadi (F.Erkel) devant des élèves venus de Hongrie et des pays voisins. Le lendemain, 12 mars, sera donnée une soirée de gala avec Placido Domingo au pupitre. Le troisième soir sera donnée la version initiale de László Hunyadi dirigée par Balázs Kocsár dans une mise-en-scène du directeur de l´Opéra, Szilveszter Okovács (dont ce sera le début à la scène). Et pour clôre ces quatre journées sera donné le 14 un ballet de Kenneth MacMillan, Mayerling par le corps de ballet de l´Opéra dans une version totalement nouvelle.

Un bâtiment entièrement rénové qui aura retrouvé sa pompe d´antan, mais aussi sera doté des infrastructures les plus modernes et verra son acoutstique sensiblement améliorée. Idéal pour donner Wagwer, avec tout ´abord, en avril, Parsifal, puis Le Crépuscule des Dieux. A côté de ces premières seront par ailleurs reprises des productions de la saison dernière, mais jusqu´ici uniquement accessibles en ligne. Entre autres: Andrea Chénier, Le violoniste de Crémone (Jenő Hubay), Don Carlos, Figaro, Le Roi Etienne, Le Malade imaginaire, A walking dead (de l´Américain Jake Hegger), Maître et Marguerite (Levente Gyöngyösi), Salomé, Tante Simona (Ernő Dohnányi), l´Enlèvement au Sérail ou encore Le Bourgeois gentilhomme. Comme on voit, la part belle sera donnée à des oeuvres de compositeurs hongrois.

Pour ce qui concerne les ballets. outre Mayerling déjà cité seront présentées à l´Atelier Eiffel trois productions contemporaines: Chroma de Wain McGregor, Sade case de Sol León et Paul Loghtfoot, enfin Le coeur de Paquita de Petipa dans une transposition due à Irina Prokofieva et Albert Mirzoyan. Sans compter la reprise des grands classiques: Romeo et Juliette, Onéguine, Gisèle, Le Casse-noisette, La Fille mal gardée (avenue Andrássy), Cacti et Episode 31 (Alexander Ekman), Don Juan (Thierry Malandain) et l´Oiseau de feu (Atelier Eiffel)

Quant aux artistes étrangers, nous ne saurions ici les citer tous. Rappelons la venue de Placido Domingo qui chantera dans Simon Boccanegra, Erwin Schrott dans Mephistophéles, Peter Seiffert dans Parsifal ou encore Matthew Polenzani dans Don Carlos, pour ne citer qu´eux. Ou ce récital que donnera Patricia Petibon et cet autre par Anna Netrebko en duo avec Yousif Eyvazov Outre les chanteurs, chorégraphes et metteurs-en-scène inerviendront également des chefs étrangers. (Tel notre compatriote Frédéric Chaslin dans Pelléas)

Enfin, signalons une reprise des tournées en province. A mentionner également la participation de l´orchestre et du choeur qui accompagneront la messe solennelle qui sera célébrée par le pape François sur la place des Héros à l´occasion du 52ème Congrès eucharistique international qui se tiendra début septembre à Budapest. Un autre temps fort, donc.

Pour terminer, un mot sur l´ouverture de l´Espace Eiffel, dernier né de l´institution, visiblement „enfant chéri” de son directeur Szilveszter Okovács. Site que nous avons déjà largement présenté dans ces colonnes. Un rappel en un mot: il s´agit d´un ancien dépôt de locomotives entièrement réaménagé pour offrir un cadre adapté aux opéras de moindre taille (500 places) et oeuvres contemporaines. Un site multifonctionnel également dédié aux répétitions et servant d´atelier et d´entrepôt. De nombreuses productions y sont programmées, notamment un programmne réservé aux jeunes.

 

 Une saison qui se présente apparemment sous les meilleurs auspices. Pourvu que ne vienne pas compromettre le tout une nouvelle vague de la pandémie. Mais ne jouons pas les oiseaux de mauvais augure et préparons-nous à retrouver dès la rentrée nos oeuvres et interprètes favoris. Une saison qui sera placée sous le signe du renouveau.

Après une si longue attente, voilà qui sera somme toute bien mérité.

 

Pierre Waline, 3 juin 2021

(Photo: Attila Nagy) 

 

Paradoxalement, depuis la fermeture des salles de concert, peut-être jamais l´offre n´aura été si riche en matière de musique. Retransmis sans public sur les réseaux, certes, mais d´autant plus accessibles, car suivis de chez soi, et se succédant quasi quotidiennement. C´est ainsi que, pour commémorer les 140 ans de la naissance de Béla Bartók se tiennent ces jours-ci en Hongrie des „semaines internationales d´Art” sous le titre de „Printemps Bartók” (Bartók Tavasz). Virtuelles, donc, mais offrant à l´internaute un programme riche et varié. Dont une soirée consacrée à Mozart (retransmise depuis le palais des Arts-Müpa). Au programme: la 33ème symphonie K319, la 9ème concerto K271, dit „Jeunehomme” et la Messe en ut, K427. Les interprètes: l´orchestre Orfeo et le choeur Purcell placés sous la baguette de leur fondateur et chef permanent György Vashegyi. En solistes: Mihály Berecz dans le concerto, Sabine Devieilhe, Katalin Szutrély, Zoltán Meggyesi et Loránt Najbauer dans la Messe en ut. Tous hongrois, à l´exception de la soprane française Sabine Devieilhe. Et tous déjà bien connus (et appréciés).

M.Berecz S.Devieilhe Gy.Vashegyi

La symphonie en si bémol K 319 fut composée à Salzbourg en juillet 1779 (Mozart avait alors 23 ans). Écrite à l´origine en trois mouvements pour un ensemble réduit, Mozart y ajouta par la suite le menuet et le trio pour en confier le manuscrit en 1785 - en même temps que celui de la symphonie Haffner - à la maison Artaria. (L´une des rares à avoir été imprimées de son vivant). Composée lors de la dernière période salzbourgeoise du compositeur, l´oeuvre est empreinte d´une atmosphère radieuse („Décontractée, mais non frivole”, B. Massin). Certains déclarent y reconnaître un thème que l´on retrouvera dans la symphonie Jupiter. D´autres, faisant preuve d´imagination (Sainte Foix) y voyant du Schubert avant l´heure, voire, dans le finale, un „tremplin” qui inspirera Beethoven dans sa 8ème symphonie (Einstein). Peu importe. Ce que nous en retiendrons est son côté particulièrement soigné et, encore une fois, son climat serein qui préfigure la proche libération des contraintes salzbourgeoises. Elle est surtout connue pour son brillant finale (allegro assai).

Créé à Munich en octobre 1777, le concerto „Jeunehomme” en mi bémol, neuvième de la série, était dédié à une pianiste française rencontrée à Salzbourg (qu´il retrouvera probablement l´année suivante à Paris). De cette Mlle Jeunehomme, nous savons bien peu de choses, sinon qu´elle était une virtuose réputée. Nous supposons cependantt qu´elle initia le jeune compositeur aux dernières tendances de la mode musicale parisienne, influencée par Gluck et Rameau pour se départir du style galant alors en vogue. Ce qui se ressent dans la qualité de l´oeuvre que nous offre le jeune Mozart. Il avait alors 21 ans, donc majeur, et commençait à envisager sérieusement son départ pour Vienne. Pour preuve de l´importance qu´y attachait Mozart, l´oeuvre ne sera plus suivie pour un bon moment d´autres concertos (mis à part le concerto pour deux pianos). Qu´il nous soit permis de citer à cet égard un critique qui en décrit fort bien l´originalité: Le Concerto « Jeunehomme » dépasse tous les cadres connus à l’époque. C’est le premier exemple de concerto où soliste et orchestre dialoguent continûment de cette façon. Chose inhabituelle dans le genre, le piano entre d’emblée, sans introduction orchestrale. Il n’est pas caractérisé par un thème propre, contrairement à la coutume : il est immédiatement intégré à la trame musicale. Un motif se dessine, mais dont le compositeur explore les variations plutôt que d’en inventer plusieurs à la suite (autre nouveauté). L’Andantino en ut est suivi d’un Rondo riche en inventivité. La structure harmonique est inattendue. La construction, particulièrement riche, inclut un menuet à trois temps. Le thème (repris quatorze ans plus tard comme leitmotiv de Monostatos) est traité en quatre variations. Autant d’innovations qui font aujourd’hui commenter le Concerto « Jeunehomme » comme une rupture dans l’histoire du genre et une préfiguration des concertos romantiques.„ (Louis Gohin).

De la musique religieuse de Mozart, le public connaît surtout son Requiem et la Messe du Couronnement. Bien moins souvent jouée, la Grande Messe en ut figure pourtant au rang de ses oeuvres majeures. Messe que Mozart composa à l’époque de son mariage avec Konstanze Weber, alors qu´établi à Vienne, il venait de s´affranchir du Prince-Archévêque Colloredo. Elle répond à un voeu que le jeune Wolfgang avait formulé pour la guérison de sa fiancée alors gravement malade et pour la réalisation de leur hyménée. Elle fut donnée à Salzbourg lors d´un voyage destiné à présenter Konstanze à son père. C´est elle qui y tenait la partie de soprano. Il s´agit d´une oeuvre inachevée (y manquent la seconde moitié du Credo et tout l´Agnus Dei). On ignore pour quelle raison, nombre de spéculations plus ou moins fantaisistes ayant été avancées sur le sujet. Peu importe, car, même en l´état, on peut y voir, avec le Requiem - également inachevé - l’un des deux sommets de sa musique religieuse.

Pour la première fois composée de son plein gré, librement et non sur commande, la Messe en ut fourmille d´ innovations par rapport à ses compositions précédentes. Tout d´abord par l´influence de Bach que le jeune Mozart venait précisément de découvrir et d´étudier. Notamment par son style contrapuntique et le recours à la fugue. Forte influence également de Haendel dont Mozart connaissait les oratorios. Autre nouveauté: la dimension de l´orchestre, élargi, notamment du côté des vents. Une particularité, enfin: le traitement de certains passages comme de véritables arias confiés à la soprano, Konstanze oblige... (En l´occurrence deux sopranos.) Tel le Laudamus te du Gloria ou encore le fameux Et incarnatus est du Credo.

 

 

Les interprétations?

De la symphonie, nous retiendrons cette brillance, cette fraîcheur et cette impression de légèreté, si caractéristiques de la formation de Vashegyi, qui joue sur instruments anciens. Notamment du côté des cuivres et des bois. Une originalité: l´introduction d´un piano-forte pour soutenir, mais discrètement, le jeu des cordes. Probablement une trouvaille (bienvenue) du chef.

Mais c´est surtout par la suite, avec le concerto, que nous attendions l´un des temps forts de la soirée. Du jeune soliste (23 ans), nous avons déjà dit le plus grand bien et n´avons plus à le présenter. Caractérisé entre autres par un jeu clair, détachant bien les notes, même dans les passages rapides. (A priori conforme à l´esprit du compositeur dont les témoins décrivaient le style staccato.) Mais c´est ici surtout l´instrument qu´il nous faut évoquer, copie d´un piano-forte de l´époque. Instrument qui, contrairement à ceux que nous avions l´habitude d´entendre, sonnait admirablement, offrant notamment des graves chaudes. Un instrument pour lequel le jeune pianiste semble avoir une prédilection. Nous lui laisserons ici la parole: „C´est sous l´influence de György Vashegyi et de Malcolm Bilson que j´ai commencé à m´intéresser à cet instrument, pour y jouer non seulement Haydn et Mozart, mais aussi Beethoven et Schumann. Bien que difficiles d´accès et exigeant une toute autre technique, j´en imposerais, si cela ne tenait qu´à moi, la pratique à mes collègues.”

C´est avec la Messe en ut que nous attendions le véritable temps fort de la soirée. Une oeuvre, comme on l´a vu, qui fait la part belle aux deux sopranes. Ici, toutes deux absolument irréprochables. Pureté de la voix, délicatesse dans les nuances, aisance tant dans les aigus que dans les graves. Il faut dire qu´elle disposent toutes deux de sérieuses références. Sabine Devieilhe désignée en 2013 „Révélation Artiste Lyrique” aux Victoires de la Musique, puis „Artiste lyrique de l´année” deux années plus tard. Quant à sa partenaire hongroise, Katalin Szutrély, que nous avions déjà eu l´occasion d´entendre et apprécier dans la même oeuvre (1), elle remporta en 2000 le Prix de la Société Wagner lié au Festival de Bayreuth. (Soprane, certes, mais à la voix assez proche du timbre mezzo, la distinguant de sa jeune partenaire française, soprano colorature, ce qui n´en donnait que plus de couleurs à leur passage en duo.) Bien qu´excellents, nous ferons moins de commentaires du côté des hommes en raison de leur rôle plus limité, notament le baryton (Loránt Najbauer, formé aux État-Unis) qui n´intervient qu´à la fin de l´oeuvre. Pour le reste, de l´orchestre ou du choeur, nous ne savons qui louer le plus. Tous. Le choeur, tout d´abord: clarté, pureté des voix, parfaite diction et cette capacité à passer sans transition du forte au pianissimo. Quant à l´orchestre, nous en avons déjà souligné ces mêmes qualités que nous retrouvons ici (fraîcheur, clarté des registres). Le tout sous la direction animée et vive d´un Vashegyi dirigeant sans baguette et sans pupitre.

Une belle soirée, donc. Mais sans surprise, connaissant le niveau, tant du chef que de ses musiciens et solistes. Mozart qui semble être ces temps-ci particulièrement à l´honneur sur les rives du Danube. Tel ce récital de musique de chambre qui lui était consacré le même soir ou encore cette prochaine interprétation du Requiem (le 26 mai) donnée par Iván Fischer et son Orchestre du Festival à la mémoire des victimes du Covid.

Un Mozart à consommer sans modération. Ce dont nul ne se plaindra.

Pierre Waline, 19 mai 2021

(1): Concert Mozart à Budapest: un auditoire envoûté lors d´une soirée qui fera date.”, 16 novembre 2018.

 



 

Bien qu´ayant choisi de présenter des airs de bravoure, ce n´est pas tant la performance physique qui m´attire, que mon souci de restituer le lyrisme, le drame et la passion que recèlent ces morceaux qui offrent des valeurs uniques au plan musical.”

Récemment tombée gravement malade, la soprane colorature hongroise Klára Kolonits avait dû pour un temps quitter la scène. Sans renoncer toutefois à se vouer à son art, nous offrant, tout au long de la pandémie, des récitals à domicile, diffusés sur son site. Soirées de lieder, accompagnées au piano par son mari, genre vers lequel elle a choisi d´élargir sa palette. Une chanteuse que nous avions déjà eu maintes fois l´occasion d´entendre et d´apprécier par le passé. Sans nul doute l´une des plus en vue sur la scène hongroise (1).

Son retour ce soir était donc plus que bienvenu. Retour en force pour un récital consacré à des extraits des répertoires italien (Bellini, Donizetti, Rossini, Verdi) et français (Massenet, Meyerbeer, Charpentier). Entourée de ses partenaires et amis, la mezzosoprano Atala Schöck et le ténor Szabolcs Brickner. Atala Schöck qui figure parmi les meilleures mezzos actuelles en Hongrie et Szabolcs Brickner qui a été à plusieurs reprises son partenaire, notamment dans la Traviata. Le tout, pandémie oblige, accompagné au piano par son mari, le chef et compositeur Dániel Dinyés.

Réputée pour ses interprétations des grands rôles du répertoire, de la Reine de la Nuit à la Traviata en passant par Fiordiligi ou encore Gilda, Mimi, Dona Anna, Luisa Miller, la Norma ou Constanze, sans compter le répertoire contemporain (2), Klára Kolonits a choisi de nous présenter ce soir des morceaux indédits rarement donnés, voire, pour certains, donnés en première à Budapest. Visant, dans le choix de ses héroïnes, à présenter une palette aussi large que possible des sentiments que peut éprouver une femme, de la tendresse à la cruauté.

Morceaux précédés d´une présentation par le jeune musicologue Dániel Mona. Petits topos richement documentés, présentés de façon détaillée, mais jamais ennuyeuse, et non dépourvus par moments d´une petite note d´humour.

           

C´est par Bellini que débutait la soirée, avec l´air de Juliette du premier acte des Capulets et Montaigus. (Dont nous apprenons que le livret est inspiré, non du Roméo de Shakespeare, mais d´une oeuvre qui l´avait précédé.) Suivait un duo extrait du Sémiramide de Rossini (Sémiramide et Arsace) en couple avec Atala Schöck. Deux voix (soprano colorature et mezzo-soprano) qui s´accordaient idéalement et nous ont enchantés. Pour passer ensuite au Lucrèce Borgia de Donizetti (air de Lucrèce) directement enchaîné sur un air de la Favorite (Léonore) par Atala Schöck. Puis ce fut la Norma, non le trop connu Casta diva, mais le duo Norma-Pollione du deuxème acte avec le ténor Szabolcs Brickner, parfait dans le rôle de l´amant dépité. Et, pour terminer en beauté sur le répertoire italien, l´air de Giselda extrait du IVe acte des Lombards de Verdi.

Venait ensuite le répertoire français pour lequel la chanteuse semble avoir une prédilection. A commencer par le Manon de Massenet, avec le duo dit „de Saint Sulpice” extrait du IIIe acte, en partenariat avec Szabolcs Brickner. Le ténor qui allait prendre le relais avec l´air de Vasco de Gama extrait de l´Africaine de Meyerbeer. A noter une parfaite diction de notre langue, léger - mais charmant - accent mis à part. Entre temps Klára Kolonits nous avait servi un air du rôle titre („Depuis le jour...”) extrait du Louise de Charpentier, une révélation. Et pour terminer, un opéra comique qui eut son heure de gloire, tombé aujourd´hui dans l´oubli „L´Étoile du Nord” de Meyerbeer, la soprane (air de Catherine) étant ici accompagnée, outre le piano, par deux flûtistes (János Rácz, Dóra Gjorgjevic). Pour le coup, ce fut, pour teminer en beauté, probablement un des temps forts de la soirée (avec le duo de Manon). Air virtuose où la voix s´entremêle délicieusement avec le chant des flûtes. Un air particulièrement exigeant, visiblement écrit pour mettre en valeur les talents des chanteuses, avec au passage quelques vocalises acrobatiques. Ce dont Klára Kolonits s´est tirée avec aisance et brio.

Que retenir de cette soirée? Tout d´abord cette incroyable aisance et cette maîtrise. Impression de facilité qui n´est pas le fait du hasard, mais le résultat de nombreuses années d´un long travail au cours duquel la chanteuse s´est employée sans relâche à perfectionner son art (2). A noter encore cette pureté de la voix, une voix puissante, mais toujours servie en finesse, même dans les passages les plus forts.

Comblés par une telle soirée, il ne nous reste qu´à formuler un seul désir: celui de la retrouver au plus vite sur scène. Car, outre ses qualités de chanteuse, Klára Kolonits excelle également dans son jeu en scène.

Pierre Waline, 26 avril 2021

Photos: Péter Rákossy

(1): couverte de récompenses, Klára Kolonits s´est notamment vu décerner le prestigieux prix Kossuth. Egalement connue - et reconnue - à l´étranger où elle s´est entre autres produite à Copenhague, Amsterdam, La Haye, Weimar et au festival de Savonlinna en Finlande.

(2): Eötvös, Kurtág, Boulez et son mari pour le répertoire contemporain. Se produisant également dans le répertoire des oratorios (Haendel) et pièces religieuses (Requiem de Verdi).

(3): Klára Kolonits a suivi entre autres des masterclass auprès d´Anna Reynolds, de Walter Berry et d´Ileana Cotrubas.


 


 



 

Au départ, rien ne la prédestinait à la scène. C´est au sport de compétition qu´elle se consacrait, avec succès, d´ailleurs. Jusqu´au jour où un accident vint mettre brutalement fin à sa carrière sportive. Véritable traumatisme dont elle avoue ressentir aujourd´hui encore les effets. Ce n´est alors que progressivement et un peu par hasard qu´elle se tourna vers le monde de la musique pour lequel elle n´avait pas au départ d´attaches particulières. Sinon d´avoir assisté dans son enfance à une représentation de La Flûte enchantée (qui allait par la suite devenir son „opéra fétiche”). Pour se voir aujourd´hui projetée au devant de la scène internationale. Trente après ses débuts. C´était en janvier 1991, au Théâtre Erkel de Budapest, dans le rôle de Papagena. Elle avait alors tout juste vingt ans.

Sa carrière? Chantant occasionnellement dans des fêtes familiales, la jeune lycéenne fut remarquée par une professeure de chant qui la fit entrer au Conservatoire de Szeged. Conservatoire dont elle sauta les quatre années de formation pour en sortir au bout de deux ans. Entre temps, elle s´était présentée à une audition publique organisée par l´Opéra national, en y chantant l´air de la Reine de la Nuit (le second) seul et unique morceau qu´elle connaissait. A sa grande surprise, elle fut engagée pour devenir alors, à dix-neuf ans, la plus jeune chanteuse de la troupe (1). C´est dans le rôle de Papagena qu´elle allait débuter, se voyant en même temps proposer un contrat comme chanteuse permanente sur la scène de la Redoute (Pesti Vigadó). Sur invitation de la chanteuse hongroise Júlia Hamari, elle se produisit dès l´année suivante à Bruxelles dans les Capulets et Montaigus de Bellini (extraits).

Dès lors allait débuter une carrière internationale qui la mena d´abord à New York, puis en Suisse en passant par Leipzig et Cologne. Avant de suivre, sur bourse, une formation à Philadelphie, puis à Milan. Pour se produire jusqu´en 1999 dans la troupe permanente de l´Opéra de Budapest où elle se vit confier les rôles les plus divers, de Haydn à Humperdinck (Hänsel und Gretel) en passant par la Chauve souris (Adèle) et La Flûte enchantée (La Reine de la Nuit). Et se voir proposer en 2004 un contrat de quatre ans par le MET de New York. Revenant sur l´abandon de sa carrière sportive, la soprane colorature hongroise se plaît à dresser une comparaison entre les deux genres: „Tous deux destinés au public, en compagnie de coéquipiers et exigeant endurance pour tenter sans cesse de se perfectionner. Supposant de grands sacrifices. Le chant qui, néanmoins, me procure une existence d´une richesse et variété que je n´aurais pu obtenir ailleurs.”


Sans conteste aujourd´hui l´une des chanteuses les plus en vue du pays. Il n´est donc pas étonnant que l´Opéra lui ait consacré une soirée pour célébrer ses trente ans de carrière. Soirée dite „de gala” au cours de laquelle lui furent confiés les airs les plus célèbres qui ont fait sa notoriété. De La Reine de la Nuit, devenu sa „vitrine”, à l´Enlèvement au Sérail (Konstanze), en passant par Donizetti (Don Pasquale, Lucia de Lamermoore) et Verdi (Rigoletto) sans oublier Johann Strauss (La Chauve souris) et l´opéra français (Lakmé et Carmen). Entourée pour cela de partenaires parmi les plus réputés sur la scène de l´Opéra.

 

Soirée de gala? Pas réellement. Je dirais pluôt une suite d´entretiens en tête à tête avec Szilveszter Okovács, directeur de l´Opéra, entrecoupés d´airs. Ce qui conférait à l´ensemble l´impression d´un puzzle, certes non dépourvu de charme, mais manquant un peu d´unité. Par ailleurs, des airs fort bien chantés, certes, mais où elle ne fut pas dans tous les cas accompagnée de façon absolument irréprochable. Et parfois présentés dans une „mise-en-scène” curieuse, un peu déroutante (Carmen). D´une façon générale, on a beau faire, présenter des airs isolés, de plus accompagnés au piano, ne remplacera jamais le charme des scènes prises „sur le vif”.

Au delà de la partie „musicale” de la soirée, ce qui a surtout retenu notre attention est cette découverte d´une personne particulièrement attachante, naturelle, souriante, voire enjouée, ne manquant pas d´humour, allant même par moments jusqu´à l´autodérision. Preuve d´une grande modestie et simplicité pour la star qu´elle est devnue. De plus, absolument charmante. Nous comblant d´anecdotes parfois cocasses. Tels ses débuts au Théâtre Erkel, où elle n´avait jamais mis les pieds de sa vie, se perdant dans les étages au moment où elle devait se préparer à entrer en scène. A la question „Mais vous deviez être sacrément angoissée”, la réponse: „Non, car au moins, je n´ai pas eu le temps d´avoir le trac” ! Tout le personmage est là !

Une soirée qui nous a procuré l´occasion de redécouvrir une chanteuse que nous avions déjà admirée sur scène, mais se dévoilant ici sous un jour intime, un peu comme une amie. Et nous ayant fait passer un bon moment.

En attendant de la retrouver sur scène.

 

Pierre Waline, 28 mars 2021

Photos: Valter Berecz

(1): une anecdote que la chanteuse se plaît à évoquer: un air assez long dont elle n´avait appris que la première partie. Coup de chance, c´est précisément là, parvenue au beau milieu, qu´elle fut interrompue pour se voir annoncer son engagement… (La Reine de la Nuit qu´elle s´amuse à qualifier aujourd´hui de „rock star”...)

 



 

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